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Recette n° 2 : La gestion différenciée

© Cyberarchi 2018

Le principe de cette deuxième recette est simple : la vie est complexe, c'est d'ailleurs ce qui en fait le charme, et il serait bien maladroit de lui imposer un traitement uniforme. Le développement durable demande une gestion différenciée, des Hommes et des espaces. Chroniques du développement durable signée Dominique Bidou.

 
 
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Evidemment, ce serait bien plus simple de "ne voir qu'une seule tête", ou encore qu'un seul modèle de développement. Les instructions seraient les mêmes pour tout le monde, et on ferait l'économie d'une analyse fine, préalable aux projets et aux interventions. Ne peut-on pas dire, très schématiquement, et avec de nombreuses exceptions, que les procédures organisées autour de cases à remplir, conçues comme un questionnaire à choix multiple, et que l'on connaît bien en matière d'urbanisme, conduisent à une gestion indifférenciée des espaces ?

Il s'agit bien sûr d'une mauvaise perception des dites procédures, qui doivent permettre de se poser les bonnes questions, et non d'une grille "prête à porter", reproductible à l'infini sous réserve de quelques aménagements. Pour qu'il en soit ainsi, il faut de la volonté et des moyens. Il faut accorder à la réflexion sur l'urbanisme une attention à la hauteur des enjeux, et non pas la prendre pour une étape obligée, une formalité, un mal nécessaire. L'élaboration d'un plan d'urbanisme exige un travail préalable d'analyse, d'enquête, de dialogue, et pour cela des moyens financiers et humains à mobiliser bien avant que les travaux ne se profilent, bien avant que tout retour d'investissement ne se manifeste. Il faut bien le dire, il n'y a pas eu d'enthousiasme pour les études préalables, notamment celles sur l'environnement, pourtant explicitement citées comme obligatoires dans l'élaboration des POS, autrefois... Comment, dans ces conditions, espérer une gestion différenciée des espaces ?

La nature dans la ville

Ici, les pelouses classiques tondues très fréquemment sont transformées en pelouses fleuries hautes, tondues uniquement quand l'herbe dépasse 30 cm. Là, dans des zones de loisir, des prairies maigres sont coupées 3 à 4 fois par an. Ailleurs, des couvre-sols sont implantés au pied des arbres. Le bon sens, auquel il est fait souvent référence quand on tente de trouver les voies du développement durable, prouve ici tout son intérêt. Quoi de commun entre des espaces de prestige, dont la fonction est avant tout visuelle, et des espaces verts de lotissements, destinés aux jeux des enfants. La gestion différenciée permet à la fois de mieux répondre aux besoins, de faire des économies, et de préserver l'environnement : par exemple, à Rennes, si au Thabor le sol d'un massif d'arbustes est balayé de ses feuilles tous les automnes, cela justifie-t-il que par analogie un boisement soit dégarni de sa litière chaque année ? Pour obtenir cette gestion différenciée, il faut savoir dépasser des cloisonnements et des rigidités trop souvent en vigueur.

C'est dès la conception de ces espaces qu'il faut prendre leur usage en considération, et à Rennes, on parle aujourd'hui de conception différenciée, la gestion n'en étant que le complément logique. Inventaire des espaces existants, diagnostic sur leur place dans le paysage urbain et leur usage actuel et potentiel, participation à la gestion urbaine de proximité incluant bien d'autres préoccupations, figurent parmi les conditions à remplir pour faire vivre utilement la gestion différenciée, qui doit s'adapter en permanence aux usages.

Le paysage sonore

Au delà de la gestion des espaces publics, c'est toute la diversité des espaces de nature qui doit être prise en charge, avec une gamme d'instruments allant de l'acquisition par la puissance publique au règlement, en passant par la sensibilisation des acteurs, et un enrichissement de l'offre de services aux particuliers pour l'entretien des jardins.

Présentée à partir de l'expérience sur les espaces verts de l'agglomération Rennaise, la recette de la gestion différenciée trouve bien d'autres applications.

La notion de paysage sonore, par exemple, se substitue à la recherche uniforme du silence. La succession de zones calmes et animées, constituée en fonction des usages et des morphologies urbaines, est un exemple d'une gestion différenciée à intégrer dès la conception d'un quartier, ou à l'occasion de travaux importants. Accepter le bruit de rues passantes et commerçantes, tout en assurant le calme pour les populations riveraines, ne s'improvise pas, et demande un travail fin le plus en amont possible. La même réflexion vaut à l'intérieur d'un logement, ou d'un bâtiment à usage professionnel, où l'existence de zones animées, acceptant un certain niveau de bruit, ne doit pas empêcher le repos ou la concentration. L'uniformité alignée sur les exigences les plus fortes n'est pas une bonne solution, ni en matière de qualité de vie, ni financière. De même que tous les espaces verts ne doivent pas devenir des gazons anglais, toutes les rues, toutes les pièces d'une maison ne doivent pas sacrifier à un silence absolu qui deviendrait vite insupportable.

Ombre et lumière

Autre exemple : la lumière. L'éclairage public, notamment, permet d'illustrer cette recherche de différenciation. Selon les horaires, qui eux-mêmes sont fortement liés aux usages, ou selon les lieux, de grand passage ou de passage occasionnel. Le concept d'urbanisme lumière prend ainsi toute sa force, car il s'agit de créer un paysage nocturne avec du relief, au lieu d'un éclairage uniforme, et par suite surdimensionné pour la plus grande partie des espaces. Qualité de vie, qualité du paysage urbain de nuit et mise en valeur de sites et de points singuliers, fontaine ou monument, économies d'énergie, la gestion différenciée de l'éclairage public se révèle productive sur de nombreux plans. Elle nécessite un travail de conception, d'intelligence, fondée sur l'analyse des lieux et l'écoute des habitants. Les cloisonnements entre disciplines doivent, là encore, être dépassés, le concepteur lumière devant réunir autour de lui, outre les services municipaux qui auront à gérer au quotidien ses installations, des architectes, des urbanistes, des sociologues, des coloristes, des bureaux d'études électricité, voire des historiens et les services de sécurité.

Accepter que le monde soit plein de différences, et les cultiver, en tirer parti, pour faire des économies tout en répondant mieux aux attentes et en respectant l'environnement. Il semble qu'on soit bien dans l'esprit du développement durable. La gestion différenciée semble s'imposer au bon sens, mais dans la pratique, le poids des habitudes, des cloisonnements, et le besoin légitime de contrôler et d'évaluer, qui entraîne souvent l'adoption de grilles bâties sur le même modèle, la rende bien difficile à mettre en place. Choisir la gestion différenciée, qui entraîne celle de la conception différenciée, n'est pas chose simple, c'est une volonté qu'il faut manifester, et qui ouvre la piste du développement durable.

Dominique Bidou
(http://developpement-durable.over-blog.org)

(1) Ces pratiques sont décrites dans le bilan 1988-1991 du protocole Environnement de l'agglomération Rennaise, Pour l'environnement une action concertée, DRAE Bretagne et AUDIAR, 1991.

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