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Recette n° 12 : donner des repères

© Cyberarchi 2020

Depuis janvier 2007 que Dominique Bidou nous offre ses chroniques du développement durable, l'urgence est devenue plus urgente encore. Avant la pause de l'été, il rappelle que, si l'avenir n'est pas écrit, sans une transformation de nos sociétés, il ne sera pas radieux. Et que, comme les singes du conte, ne dire ni ne voir ni entendre n'est pas une alternative.

 
 
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Ce changement de principes de développement, certains diront ce paradigme, n'est pas anodin. Il marque un virage dans l'histoire de l'humanité, avec son côté marche vers l'inconnu, exploration de futurs possibles. Personne ne peut prétendre décrire cet avenir, autrement que comme des hypothèses, des scénarii, des projections bien utiles pour comprendre où l'on va, mais qui ne sont que des représentations. Il s'agit de lancer un vaste mouvement de transformation de nos sociétés, en lui donnant des moteurs, des instruments de pilotage, volant, repères, clignotants et en aidant chacun d'entre nous à trouver son rôle dans cette transition historique qui s'est déjà engagée.

Ce mouvement est forcément une remise en cause de nombreuses certitudes et aussi de situations sociales, de références culturelles. Les intérêts des uns et des autres sont évidemment au coeur des débats, car chacun, dans un tel contexte, mesure la fragilité des héritages. Il n'y a pas d'acquis qui ne puisse être remis en question. Les principes du développement durable assurent à chacun une place dans le monde de demain, avec la satisfaction de ses besoins, mais il va falloir accepter d'abandonner des avantages, certains diront des privilèges, ou supposés tels, qui nous différencient les uns des autres et nous permettent d'affirmer notre identité. Les cartes vont être redistribuées, comme au lendemain de grands cataclysmes, de conflits majeurs, de révolutions.

Cette perspective en effraie plus d'un et comme nous ne sommes pas en crise dure, beaucoup espèrent s'en tirer en faisant le dos rond, en attendant que ça se passe, en changeant le moins possible ses habitudes. Les résistances au changement sont multiples et pour certaines parfaitement légitimes. Comment créer le mouvement dans ces conditions ? Comment éviter que ce soit une crise majeure, violente, qui nous oblige à opérer à chaud, dans les pires conditions, ces transformations que la simple observation de la planète devrait nous convaincre de lancer toutes affaires cessantes ?

Chaque remise en cause d'avantages apparaît comme une régression. Les sondages nous le disent : après une longue période d'amélioration continue, une majorité de nos contemporains craignent que leurs enfants ne vivent plus mal qu'eux. Un retournement de situation qui serait d'ailleurs effectif si notre modèle de développement ne changeait pas. En attendant, chacun défend son métier, ses investissements, mûrement étudiés sur la base du monde d'hier, celui où l'énergie n'était pas chère. Les perspectives d'avenir, lointain comme immédiat, semblent bien sombres. Le résultat est une radicalisation, qui peut rendre violent le plus doux des hommes. Le terrorisme n'est pas loin et on l'a même vu en mode écologique, avec la menace de déverser des produits dangereux dans les rivières. Le désarroi et le désespoir conduisent à des extrémités qu'il serait coupable de ne pas envisager et qu'il faut à tout prix désamorcer. C'est la condition du mouvement.

Il faut offrir de nouvelles perspectives, proposer quelques repères solides pour baliser un futur trop incertain. Le débat politique traditionnel peine à fournir ces repères, la droite, supposée conservatrice, prônant un mouvement souvent considéré comme un retour en arrière et la gauche, en opposition, apparaissant au contraire conservatrice, arc-boutée sur des avantages acquis non défendables à terme.

Il est vrai que proposer le retour en arrière comme perspective de mouvement, n'est pas très emballant et que l'immobilisme nous conduirait dans le mur. C'est un changement de cap qu'il faut proposer, avec des horizons qui à la fois font rêver et apparaissent suffisamment réalisables pour que le jeu en vaille la chandelle. Un mouvement qui, une fois amorcé, se poursuive et s'amplifie de lui-même.

Ce changement de cap est d'autant plus difficile que l'essentiel des dirigeants, politiques et professionnels, que les relais d'opinion, ont jusqu'à une date encore récente flatté les comportements qu'il aurait convenu d'abandonner au plus vite et privilégié des orientations qui se révèlent des impasses. La question de la pêche apporte une parfaite illustration de cette politique à courte vue, poussant des professionnels à investir dans des matériels lourds et gourmands, pour aller achever de tarir la source même de leurs revenus, pour être sûr de bien tuer la poule aux oeufs d'or.

La prise en charge des populations engagées dans des impasses est incontournable, non pour les assister jusqu'à leur disparition totale, mais pour les accompagner dans la recherche d'un autre avenir que celui qu'ils ont toujours eu en tête. La société n'a pas su anticiper et le prix à payer ne peut qu'être supporté par tous, à condition qu'il contribue au mouvement, à la recherche du monde de demain et non au prolongement désespéré de celui d'hier.

Le dossier des retraites illustre également bien la nécessité du mouvement. On peut toujours changer quelques paramètres, taux de cotisation, âge légal, etc. Toutes les décisions annoncées aujourd'hui apparaissent comme des pertes de droits, des régressions sociales. Ce ne sont que de petites mesures comptables, qui ignorent la réalité humaine. Le monde nouveau à construire sera un monde à la fois hyper productif et de vieux. La place du travail ne pourra pas être la même que dans le monde hérité d'un passé laborieux, courbé sur la terre ou sur l'établi. De même que les vieux ne pourront demeurer une catégorie à part, à la fois marginale et terriblement présente. Le nouvel ordre social est à créer, non comme un recul mais comme une nouvelle chance pour l'humanité.

Ce n'est qu'en lançant avec détermination la recherche de ce nouvel ordre social que l'on sortira des marchandages et que des perspectives d'avenir se découvriront. Donner quelques repères simples et faisant consensus, un consensus dur* bien sûr, voilà une bonne recette pour démarrer.

Dominique Bidou

* Lire à ce sujet 'Recette n° 6 du développement durable : consensus dur' .

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