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Quinze architectes s’emparent de Macdonald

Cyrille Weiner : Copyright 2018

 

 

 

Christian de Portzamparc, Odile Decq, Kengo Kuma, Julien de Smedt, Marc Mimram, François Leclercq, Nicolas Michelin, Djamel Klouche, Brenac & Gonzalez… ont tous un point commun. Ils font partie des quinze architectes qui ont participé à la reconversion de l’entrepôt Macdonald, le plus long bâtiment de Paris, situé dans le XIXe arrondissement, à proximité de la porte d’Aubervilliers. Une œuvre collective de plus d’un milliard d’euros qui s’achève enfin après cinq ans de travaux.

 
 
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Le bâtiment fait 617 mètres, soit la longueur de l’île Saint-Louis - presque deux tours Eiffel projetées au sol. Son emprise est de 5,5 hectares et il accueille 165 000 m2 de programme mixte. En tout, 3 000 habitants doivent y résider et près d’une dizaine de milliers d’usagers sont amenés à le fréquenter quotidiennement. Bienvenue dans le monde hors norme d’un palimpseste original initié par la SAS ParisNordEst et coordonné par les agences d’architecture FAA et XDGA !

 

L’histoire commence en 2006 lorsque la Sovafim met en vente un entrepôt de 142 000 m2 répondant à l’appellation de Macdonald, un maréchal du Premier Empire qui a donné son nom au boulevard qui le borde. Or, laisser un opérateur lambda en faire l’acquisition, c’est prendre le risque de perpétuer un usage logistique, radicalement opposé à l’ambition du grand projet urbain du nord de Paris qui vise à reconquérir 200 hectares entre la porte de la Chapelle et la porte de la Villette. La Semavip (SEM d’aménagement de la Ville de Paris), la Caisse des Dépôts et le promoteur Icade (filiale de la Caisse des Dépôts) s’organisent. Ils créent la société par actions simplifiée ParisNordEst avec un capital de 7,5 millions d’euros et, dans la foulée, acquièrent le bâtiment le 1er décembre 2006 pour 125 millions d’euros.

 

C’est à l’OMA de Rem Koolhaas que revient la charge de l’étude de faisabilité et de la mise au point d’un Master plan en 2007 (Floris Alkemade, qui a quitté la célèbre agence néerlandaise pour fonder la sienne – FAA -, est ensuite devenu avec l’atelier XDGA de Xaveer de Geyter le coordinateur de la reconversion jusqu’à son aboutissement). En 2008, le projet est scindé en plusieurs lots. Plusieurs opérateurs apparaissent, notamment des bailleurs sociaux (Paris habitat, RIVP, etc.), et le groupe BNP devient le promoteur des bureaux. Quinze architectes sont sélectionnés « pour la diversité de leur écriture architecturale ou leur proximité projectuelle avec la stratégie d’OMA et de Floris Alkemade. » En fait, ce sont surtout de grosses agences d’architecture, connues et reconnues, qui se partagent le « Big Mac ». Leur rôle ? Construire plus de 1000 logements, une pépinière d’entreprises, un collège, une école, un centre sportif, des bureaux… au-dessus du bâtiment existant dont le rez-de-chaussée doit principalement accueillir des surfaces commerciales.

 

Stratification verticale

 

Achevé en 1970, l’entrepôt Macdonald, qui comprend deux niveaux sur un parking souterrain, présente en effet une particularité. Son architecte Marcel Forest l’a conçu comme le socle de constructions futures et a dimensionné sa structure en conséquence. Les auteurs Henri Bresler et Clotilde Joly y voient « un principe de stratification à rapprocher de l’urbanisme vertical des années 1960-1970 où chaque niveau développe une fonction autonome : circuler, travailler, habiter - trois termes empruntés à la Charte d’Athènes -, répartis verticalement et non plus horizontalement. » (1)De leur côté, la SAS ParisNordEst, OMA, FAA et XDGA ont décelé la possibilité de construire la ville sur elle-même et d’inscrire l’histoire logistique du site dans leur stratégie de densification. « Il fallait respecter le bâtiment, sa présence, son image et cette abstraction d’architecture de plus de 600 mètres de long », résume le coordinateur Floris Alkemade.

 

Afin de permettre le passage du tramway T3, une traversée piétonne et le désenclavement du quartier, l’entrepôt a été coupé en deux au droit de la nouvelle gare Rosa Parks (RER E). Cette perméabilité acquise, un « immeuble-pont » a été édifié pour rétablir la continuité de la façade sur le boulevard Macdonald où les surélévations sont contiguës entre elles. En façade sud, face à la gare, une grande place a été aménagée. Plus poreuses, les surélévations y prennent la forme de plots de façon à laisser le soleil entrer au centre du bâtiment qui, large de 80 mètres, a été en partie évidé au-dessus du rez-de-chaussée pour constituer des cours.

 

Trame de 8 x 8,50 mètres

 

« Le Master Plan était très flexible. Peu de choses étaient figées », affirme Floris Alkemade. De fait, chaque architecte a pu y imprimer sa marque de fabrique. Kengo Kuma & Associates, lauréats d’un concours Loi MOP, ont hérité de l’extrémité est de l’entrepôt où ils  ont déployé de vastes couvertures de zinc qui coiffent le collège, l’école et le centre sportif. François Leclercq et Marc Mimram, en charge d’un lot chacun, ont uni leurs efforts pour ne réaliser qu’une seule construction avec un bel atrium. Pour un foyer de jeunes travailleurs de 126 chambres, Stéphane Maupin & Partners n’ont pas hésité à dessiner des façades à motifs, ponctuées de trèfles à quatre feuilles, de baies ovales ou en forme de croix. De leur côté, Brenac & Gonzalez ont imaginé de larges balcons suspendus, cernés de grandes parois de verre afin de constituer des espaces supplémentaires à l’abri du vent pour certains de leurs 138 appartements en accession. Quant à Christian de Portzamparc, il a respecté le principe de stratification du plan guide à la lettre et a proposé des logements sociaux à l’extrémité ouest du bâtiment en s’inspirant du tressage qu’il avait mis en œuvre dans son hôtel quatre étoiles de l’avenue de Wagram.

 

Cette collection de surélévations singulières a été largement préparée par ParisNordEst dont la mission est allée bien au-delà de celle d’un aménageur classique. La SAS a pris à sa charge la maîtrise d’ouvrage du tunnel de livraison des commerces, des parkings, de « l’immeuble-pont », de la crèche et des espaces extérieurs, mais aussi de l’infrastructure générale et notamment du renforcement des fondations. Ce qu’elle ne dit qu’à demi-mot, c’est qu’elle a également fait réaliser une immense dalle de répartition à la place d’une grande partie de la toiture de l’entrepôt « historique » de manière à accueillir les 1100 logements pour lesquels la trame originelle de poteaux (8 x 8,50 mètres) s’avérait fort peu commode. Prisonnière des standards des opérateurs, ParisNordEst n’a pas été en mesure de saisir l’opportunité offerte par cette trame originale pour favoriser des typologies atypiques, voire de plus grands appartements. Si séduisante en image, la reconversion de l’entrepôt Macdonald n’est pas tout à fait le laboratoire que d’aucuns escomptaient. Le talent des architectes n’arrive pas à faire oublier que la contrainte essentielle du projet – la structure porteuse d’origine de Marcel Forest – faisait son originalité et présentait l’intérêt d’échapper, au moins une fois, au carcan des règles les mieux partagées par les promoteurs et les bailleurs sociaux.

 

Tristan Cuisinier

 

 

(1) Henri Bresler et Clotilde Joly, Entrepôt Macdonald, Histoire prospective, ParisNordEst, 2007, p.106

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