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Qui aime l'urbanisme contemporain ? Le rêve étonnant du maire du Plessis-Robinson

© Cyberarchi 2019

Nous n'imaginons pas le président de Citroën rouler dans une vieille DS alors que nous voyons constamment nos urbanistes les plus novateurs se loger ou travailler dans les quartiers les plus anciens. Nous aimerions bien savoir à qui plaisent les nouveaux quartiers s'ils ne séduisent pas ceux qui les imaginent. Une tribune signée Isabelle Coste & David Orbach.

 
 
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Si on leur pose la question, certains nous assurent parfois qu'ils aiment vraiment tel ou tel endroit nouvellement créé mais, curieusement, ils n'y habitent pas. Et si nous interrogeons directement les habitants fraîchement arrivés dans leur ZAC toute neuve et qui semblent contents, ils vous vantent le prêt immobilier avantageux qui leur a permis d'acquérir leur logement, ou bien la proximité des transports, mais jamais le charme du lieu. Il y a un problème. Qui aime l'urbanisme d'aujourd'hui ?

Nous n'allons pas nous faire des amis. Le Plessis-Robinson (92) construit ex-nihilo et en neuf un morceau de ville dont l'architecture la plus avancée ne dépasse pas ici..., disons, le XIXème siècle pour faire court. Une architecture 'à l'ancienne' ! Le pastiche est de rigueur.

Pourquoi nous parlons-vous du Plessis-Robinson ?

Nous nous penchons sur cette ville parce que si la véritable modernité est aujourd'hui de reprendre le vélo, de revenir au tramway et d'arrêter la clim, on peut légitimement se demander s'il ne faut pas faire la même chose en urbanisme et cesser d'aménager ces nouvelles ZAC qui ne plaisent pas pour revenir aux anciennes solutions que l'on avait cru dépassées. Le Plessis-Robinson constitue un modèle urbain français, à grande échelle, cohérent et complet de 'New Urbanism', ce mouvement américain créé en réaction à la Charte d'Athènes moderniste, prônant de revenir à des quartiers d'architecture néo-traditionnelle où les activités domestiques quotidiennes s'effectuent dans un périmètre accessible à pied (nous simplifions)*.

Le maire du Plessis-Robinson, Philippe Pemezec, se réclame de cette sensibilité qu'il a découverte après coup comme il le dit dans le livre qu'il a publié sur sa nouvelle ville (Bonheur de ville). Nous suivons sa pensée dans son livre : en accédant à la direction de la mairie, il a chassé (électoralement s'entend) les communistes aux responsabilités de la ville depuis longtemps. Et parce que le communisme du XXème siècle représente à ses yeux une erreur de l'histoire, il l'étend aussi à l'architecture de cette époque. En poursuivant et déformant peut-être sa vision, il renie les architectures d'aujourd'hui nées au XXème siècle, comme les peuples ont abandonné les mouvements politiques communautaristes extrémistes du même siècle (stalinisme, maoïsme, fascisme, etc.). Elles en ont le même esprit et ont échoué comme ces derniers, alors pourquoi les garder ? Bref, le Plessis-Robinson liquide l'urbanisme contemporain.

Nous prêtons attention à cette ville parce que d'habitude, quand une municipalité refuse l'architecture contemporaine et veut du 'local', elle obtient en général ça... (et la photo ci-dessous) :

...Bon.

Mais au Plessis-Robinson, le maire a fait construire ceci...

... Ce qui, du point de vue urbain, n'est tout de même pas la même chose.

Le chantier du Plessis-Robinson est immense. Il n'est aujourd'hui pas encore terminé mais déjà des rues entières sont livrées. Le pittoresque est de rigueur. Les détails sont soignés, autant que le budget le permet.

S'il y a des endroits que ne renierait pas Walt Disney,...

... Il y a aussi des lieux réellement doux.

A gauche de la photo, une entrée de parking presque invisible. Certains de ces immeubles sont des HLM. Si l'on n'est pas trop pointilleux sur certains détails, en plissant les yeux on pourra y tourner des films d'époque (mais laquelle ?).

Le quartier quoique dense est agréable et abondamment végétalisé. Il n'y a pas de voiture.

Si, si ! Des colonnes grecques toutes neuves ! Mais aussi un parc et son étang. De l'eau ! Un architecte qui met de l'eau dans sa ville ne peut pas être entièrement mauvais.

Tout ceci est neuf. Riez si vous voulez mais l'urbanisme, dans son style, est ici réellement bien fait. Dans son drôle de style.

Si le style d'architecture est une copie de l'ancien, les matériaux ne sont eux pas factices. Les bornes, les pavés sont en vrais granit (ou en grès). 20% des bâtiments sont en pierre de taille, formant de vrais murs de 20 à 23cm d'épaisseur. Les ardoises sont naturelles. Les tuiles sont petites comme celles d'autrefois. Les toitures sont omniprésentes. Il y a du PVC en façade mais les prestations ne sont pas bâclées. Par moment des lumières provençales témoignent des ambiances que l'architecte François Spoerry aimait tant. Mais quand même, qu'ont-elles à faire en Ile-de-France ?

On peut visiter le Plessis-Robinson en ricanant mais force est d'admettre que les espaces sont réussis (dans leur style). Sauf à certains endroits, ces pastiches sont plutôt bien faits. Il n'y a pas (trop) de ces frontons grecs prétentieux qui montrent à tous le cynisme de l'architecte flattant l'habitant. Au Plessis-Robinson, l'architecture est voulue simplement vernaculaire et l'est en effet, c'est déjà ça.

L'ensemble de l'opération a été initié par l'architecte du village très controversé de Port Grimaud, François Spoerry, aujourd'hui décédé et dont Xavier Bohl était l'ancien chef d'agence.

Rencontre avec Xavier Bohl, architecte urbaniste du Plessis-Robinson. En voyant arriver cet homme souriant et plutôt bonhomme, je m'étais vaguement imaginé un homme fantasque avec queue de cheval, veste brillante et cravate claire. Oublions, l'homme est 'normal'. Il n'a pas réalisé les bâtiments (sauf quelques îlots, les plus 'grecs' et l'horloge !), mais est chargé de la 'cohérence' urbanistique entre les architectures des édifices.

D'emblée nos question sont très chaudes :
"Ce retour sur le passé, n'est-ce pas régressif ?"
"Comment justifiez-vous ces pastiches ?"
"Vous avez reproduit au Plessis-robinson des architectures d'un peu toutes les régions de France. Quelle différence avec Disneyland ?"

Surprise, il connaît tous les courants d'urbanisme et nous montre même sur la maquette un 'îlot ouvert à la Porzamparc', qu'il s'est plu à composer avec des transparences entre les bâtiments, des promenades intérieures (mais revisité bien entendu, par son architecture). Sa composition urbaine se réclame d'une "architecture douce". Elle est d'inspiration "classique" (c'est-à-dire grecque) : perspectives. Ponctuation architecturale des moments forts de la ville. Echelle humaine. Une place doit être fermée comme une pièce d'un appartement, etc. Et les toits ? C'est l'architecture de l'Ile-de-France. Elle est fondamentale.

C'est dur, nous le savons, mais essayez d'oublier les toitures et regardez cette perspective (ci-dessous).

La cité-jardin du XXIème siècle est là ! Voici la séquence urbaine qu'affectionne particulièrement Xavier Bohl. Elle est pour lui complètement novatrice et s'il doit être jugé c'est sur ceci : à gauche la rue et son front bâti de maisons accolées, puis de l'autre coté, les jardins et encore une bande de jardins familiaux et enfin des promenades, des bassins, des rivières et cours d'eau, réminiscence sans doute de Port-Grimaud. L'ensemble est un jardin public qui chemine au milieu de l'ilot : Le résidentiel est ouvert sur ce parc. L'architecte raconte son urbanisme comme similaire à un arbre, avec son tronc, ses branches, ses feuilles, ses nervures. Et, pour une fois, pour une fois, le construit correspond au discours, cela nous a fait plaisir, excusez-nous, mais nous n'avions plus l'habitude. Tout est folklorique d'accord, mais nous demandons : quel urbanisme proposons-nous aujourd'hui en échange ?

Mais les pastiches d'architecture ? A chaque fois que nous l'interrogeons sur l'architecture, il répond sur l'urbanisme. Nous insistons impoliment : pourquoi reconstruire de l'ancien ? Votre propre voiture ressemble-t-elle à un carrosse ? Sincère, il ne défend pas son style d'architecture du passé en nous expliquant qu'elle correspond à la demande du marché mais, plus humblement, parce qu'avec ce style de modénature il est "sûr que cela fonctionne". En architecture il ne se "sent pas capable d'inventer". Pressé par nos questions, il reconnaît lui-même qu'il aimerait faire "évoluer l'architecture" dont il va s'occuper dans les phases suivantes d'extension de la ville, mais qu'entend-il par là ?

Cette architecture est-elle post-moderniste ? Pour le savoir nous lisons à Xavier Bohl le passage du livre Le langage de l'architecture postmoderne de Charles Jencks traitant de Port Grimaud construit par François Spoerry (p. 95) : "Le plaisir d'arriver en voilier au pied de sa pelouse dans un village de pêcheurs provençal en béton armé. Il n'y a pas deux maisons pareilles et la diversité des expériences spatiales bat tous les équivalents modernistes. Port Grimaud est devenu le prototype des stations balnéaires méditerranéennes. Plusieurs variantes sont prévues pour l'Extrême-Orient..." ... Qui ne verront jamais le jour. Il n'en construira finalement pas en Extrême-Orient mais en Orient.

Xavier Bohl ne veut pas être post-moderniste, il trouve ce mouvement trop formel et n'aime de toute façon pas les '-iste' qui enferment. Il se sent par contre plus proche du 'New Urbanism' même s'il trouve quand même ce courant trop américain, parce qu'il ne voit finalement moins de l'urbanisme, aux Etats-Unis, que du landscape.

Si on traite son architecture de "village de Schtroumpfs", cela l'énerve. Et de "Disneyland" ? Tout pareil, il se sent "insulté". Bon, bon, bon. Est-il passéiste ? Mais non ! Le passé pour lui, c'est les tours et les barres des quartiers qu'il voit partout et a vu pousser dans sa jeunesse. Son architecture, c'est son demain. On lui reproche de faire une architecture de décor. Ce dernier n'est pas pour lui un élément négatif de l'architecture. Il ne voit d'ailleurs pas de différence entre ses modénatures et l'architecture de Ricciotti par exemple, plaçant sur les façades de ses bâtiments une résille de branches métalliques. Il n'y voit qu'une différence de style. Dans les deux cas, c'est de l'architecture de façade.

Si vous trouvez tout ceci ridicule, nous vous invitons à comparer utilement cet urbanisme avec celui de l'avenue de France au niveau de la rue de Tolbiac à Paris par exemple. Alors lequel préférez-vous ? Ou plutôt, où habitez-vous en ce moment ? Dans un quartier ancien ou contemporain ? Est-ce que vous voyez le problème ?

Vous comprenez maintenant le sens de notre article : il y a une vraie leçon au Plessis-Robinson. Si nous fermons les yeux un instant sur cette enfilade de copies de façades mais en gardons un ouvert sur ses règles d'urbanisme, on perçoit une intéressante méthode de composition issue du passé : la variété. La variété des couleurs, des différences de hauteurs, des dimensions, des niveaux, des matériaux, des styles. Ces idées sont bonnes, pourquoi ne les conserverions-nous pas encore maintenant ? Alors, oui vraiment, construisons des Plessis-Robinson, mais avec de l'architecture d'aujourd'hui !

Evidemment à la longue en arpentant les rues, cette variété devient monotone, parce que l'on sent quand même revenir les mêmes effets de couleur, de détails, de reliefs. C'est un peu tout le temps la même fenêtre, séjour ou chambre, un peu les mêmes toitures et le même enduit (même si les teintes varient). C'est inévitable : une même agence d'urbanisme ne peut pas se renouveler autant que la taille de cette nouvelle ville le réclame. C'est le problème du "cohérent". Un urbanisme "cohérent" supprime l'imprévu, l'imprévu vraiment imprévisible. Et l'ennui, comme le serpent de la Bible, réapparaît.

Coste-Orbach architectes

* Deux liens pour approfondir sur le 'New Urbanism' (anglais). Attention certaines images font mal. Nous vous avons prévenu :
www.newurbancommunities.com/newurban/
www.smartgrowthamerica.org/

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