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Quel sens donner à la recherche en architecture?

Réunie fin juin 2004 à la Maison de l'Architecture de Paris, une représentation d'architectes à la fois maîtres d'oeuvre et chercheurs s'est interrogée sur la notion même de recherche en architecture et de son avenir au sein de la réforme 'LiMaDo'. Débats.

 
 
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«On veut que nous soyons des critiques d'architecture». Chercheur au laboratoire 'Architecture, Culture, Société' à l'Ecole d'architecture de Paris-Malaquais et, bien sûr, architecte, Yannis Tsiomis n'est pas rassuré concernant l'avenir de son activité de chercheur, vis-à vis de la réforme Licence-Master-Doctorat (LiMaDo) qui devrait se mettre en place dès septembre (c'est le souhait du ministre de la Culture) dans les écoles d'architectures. «Elle aurait pu être intéressante», tempère-t-il avant de sonner la charge. «Elle aboutit à une sorte d'inégalité entre les architectes des pays européens et les diplômés français et une vassalisation vis-à-vis de l'université».

«La redéfinition de l'enseignement de l'architecture est autarciquement centrée sur le projet au point de mettre en cause un système», explique Jean-Louis Cohen, ancien président de l'Institut français d'architecture (IFA), docteur en histoire de l'art et enseignant à l'université Paris VIII. «Paradoxalement, la productivité de ces parcours de recherche trouve son sens car apparaît une recherche non pas sur le projet mais dans le projet».

Des changements qui amènent donc les architectes chercheurs à s'interroger sur la notion même de recherche. Entre Le Corbusier, qui disait que «tout projet est une recherche patiente», et des activités financées par le budget de l'Etat par l'intermédiaire du ministère de l'Equipement ou du CNRS, «existe une recherche qui peut être institutionnelle ou personnelle», estime Jean-Louis Cohen. «On ne peut pas dire que l'architecture est un travail à sommes nulles où la production intellectuelle est sacrifiée à la créativité».

L'opinion est partagée par David Mangin. Enseignant à l'école d'architecture de Marne la vallée et de l'Ecole des Ponts et Chaussées, il a estimé, lors de sa titularisation en tant que professeur, que «donner un cours supposait pouvoir écrire, donc engager une démarche didactique et laisser une trace» (1). D'un autre côté, cette démarche d'écriture ne se limite pas au seul chercheur mais à l'ensemble des professionnels de l'architecture.

L'équation à résoudre consiste alors à réaliser les recherches, les synthétiser par l'écriture et rendre tout cela compatible avec la vie professionnelle dans une agence. «Ce sont des pratiques distinctes qu'il convient de séparer», préconise Agissilaos Pangalos, architecte urbaniste. Plus facile à dire qu'à faire selon Aldric Bekmann, également architecte : «on manque de temps face à ce monde qui met fin aux certitudes dogmatiques qui nous alimentent face à un chaos commercial. Quand Kubrick finissait de tourner '2001 : l'odyssée de l'espace', il commençait déjà à rédiger 'Orange Mécanique'». Conclusion, même si les architectes sont toujours sur la brèche, ils doivent «pouvoir s'organiser, jalonner du temps», conclut l'architecte.

D'autres méthodes de recherches sont possibles. A l'instar de David Fagart, de l'agence Jean Nouvel. «Je crois en l'intuition cultivée», explique-t-il. «Il faut certes savoir ménager son temps mais aussi savoir s'entourer, trouver les personnes capables de les faire à sa place puis d'arbitrer. Nous avons beaucoup de points à mettre en valeur, l'un d'entre eux étant notre capacité à créer un 'intellectuel collectif'».

Yannis Tsiomis souhaite d'ailleurs insister sur cette notion. «Elle peut déboucher sur un collectif institutionnalisé de la recherche», estime-t-il. «En fait, il n'y a jamais eu de scission entre recherche et pratique professionnelle. Tout architecte nourrit son monde de ses propositions, de celles de ses clients qu'il a assimilé de manière syncrétique et forme ainsi un autre monde. En même temps, la recherche n'a pas vocation à être instrumentalisée. Elle peut aider la pratique mais de manière différée. La temporalité est différente».

Pour sa part, Djamel Klouche, architecte et Directeur d'études à l'école de Paris La Villette, ne croit pas au manque de temps. En revanche, il croit fermement à la nécessité d'écrire : «les architectes écrivent peu ou alors invitent des spécialistes à écrire des textes pour des monographies. Or, écrire permet de s'interroger sur son travail, de se demander 'ce que je fais dans ce métier, quel est mon intérêt, ma légitimité et à qui je m'adresse'».

Cette démarche permet aussi de jeter un regard en arrière sur les projets passés et de faire en quelque sorte le point. «L'écriture peut venir avant, pendant et après», témoigne Sylvie Dugasse, associée d' Agissilaos Pangalos. «Cela apporte une relecture, une cohérence que l'on peut réinjecter. Une fois un projet terminé on peut s'interroger de nouveau ; il n'existe pas de cassure nette».

(1) «La ville franchisée, Formes et structures de la ville contemporaine», David Mangin, La Villette Eds De, 432 pages, 17x22 cm, 35 euros, pour le commander, cliquez ici.

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