• Accueil
  •  > 
  • Prix d'architecture 2003 : l'Académie Fratellini à Saint-Denis par Liliana Motta
Rejoignez Cyberarchi : 

Prix d'architecture 2003 : l'Académie Fratellini à Saint-Denis par Liliana Motta

Liliana Motta, récipiendaire d'une mention au grand prix de l'Equerre d'argent, à l'unanimité du jury, détaille sa réalisation de l'Académie Fratellini à Saint-Denis.

 
 
A+
 
a-
 

Entre l'école et l'atelier, l'académie Fratellini se construit comme un lieu original, à la fois nomade et sédentaire. De plain-pied avec la ville, les constructions sont posées à même le sol, à rez-de-chaussée, sur l'asphalte de l'espace public.

La parcelle qui nous a été attribuée, issue du tissu industriel de la Seine Saint Denis, contient un hangar en charpente bois en partie centrale. Il forme le foyer de l'Académie, sorte de grande galerie ouverte aux élèves et aux publics sous laquelle sont implantées les salles de cours, la bibliothèque et l'administration de l'école.

Le projet a été réalisé dans un temps très court et pour un faible coût en faisant appel aussi souvent que possible au recyclage, à la récupération et au "non fini", sans jamais remettre en cause la qualité des constructions ou du confort d'usage :

- Récupération d'un ancien terrain industriel reconverti provisoirement en parking pour la coupe du monde de football,
- Récupération des talus réalisés par des dépôts de terres polluées des terrains environnants et des fossés formant des bassins d'orage,
- Protection et mise en valeur des plantes déjà en place par la reconquête naturelle des talus et fossés,
- Récupération de tôles de bardage de teintes bronze, aluminium et champagne refusées sur le chantier de l'extension d'Eurodisney,
- Utilisation de troncs écorcés, de bois bruts, de bois d'oeuvre et de lamellés collés non rabotés,
- Chauffage par pompes à chaleur air/air,
- Eau chaude sanitaire produite par capteurs solaires,
- Matériaux de construction non revêtus (briques, bétons, parpaings, bois agglomérés, laines minérales, aciers galvanisés).

Le programme et le projet ont été le fruit d'un travail de longue haleine associant dès l'origine le maître d'ouvrage et le maître d'oeuvre. La complicité des entreprises et de leurs ouvriers a été fortement sollicitée tout au long du chantier.

Eléments botaniques

Un relevé botanique rapide du terrain, situé à l'angle de la rue du Landy et de la rue des Cheminots, à Saint Denis, a permis d'identifier la végétation installée sur les talus et dans le fossé. Beaucoup de ces plantes sont des plantes «rudérales», du latin rudus : décombres.

L'espace «rudéral» désigne les lieux occupés, colonisés, puis abandonnés par l'homme.
Les plantes rudérales occupent des sols dont l'équilibre est fréquemment perturbé (piétinement, labours). Ce sont souvent des plantes à croissance rapide, édifiant une biomasse importante en peu de temps, à grande fécondité, à pouvoir germinatif élevé, et à grande plasticité écologique, résistant à la sécheresse comme à l'excès d'humidité.

Il est passionnant de connaître l'origine de ces végétaux qui sont étroitement liés à notre histoire. Ces «mauvaises herbes» ont été des plantes médicinales ou d'anciens légumes ou encore des plantes utilisées dans l'industrie.

Cette végétation est composée par des plantes indigènes (on dit végétation spontanée) et des plantes étrangères (végétation subspontanée, naturalisée). Comme le Buddleia originaire de Chine, cultivé comme ornement et qui s'est échappé d'abord sur les ruines et les lieux bombardés des villes en 1944, puis qui s'est maintenu sur les vieux murs et les terrains vagues. Aujourd'hui il s'intègre progressivement à la végétation naturelle des falaises maritimes. Le Buddleja davidii a été introduit au XIXe siècle par un missionnaire lazariste, naturaliste, David Armand (1826-1900).

Parmi les plantes indigènes, on trouve un arbrisseau, le Sureau noir, Sambuscus nigra, plante pionnière apte à coloniser rapidement un espace libéré. Il est présent dans presque toute l'Europe, l'Asie mineure, le Caucase, la Sibérie Occidentale et l'Afrique du Nord. Il a des nombreuses utilisations, agricoles, médicinales, alimentaires. Une forte mythologie, des légendes, des superstitions et des contes, existent depuis le Moyen Age autour du Sureau.

La Cardère ou Cabaret des oiseaux (Dipsacus fullonum), du Fenouil (Foeniculum vulgare), des Lilas d'Espagne ou Valériane (Centrathus ruber), sont aussi des plantes médicinales, aromatiques, et complètent cette végétation anthropophile dans les talus. Un naturaliste parisien de la première moitié du 20° siècle, Paul Jouvet, a été précurseur de l'étude de cette flore urbaine. Ma proposition pour l'Académie des Arts du Cirque représente une illustration de cette végétation, en hommage à son travail.

Les végétaux seront plantés en collection, enrichissant l'existant avec des autres espèces botaniques et cultivars sur les talus. Des plantes grimpantes parfumées seront plantées à profusion sur les clôtures et des conteneurs nous permettront d'animer d'autres espaces avec des plantations hors sol. Des étiquettes botaniques et des panneaux d'information ethnobotanique permettront au public de mieux les connaître.

Commentaire du jury

L'Académie est construite selon la même philosophie que Le Lieu Unique à Nantes : l'art de récupération, du recyclage et du non fini a fait naître une petit cité au caractère éphémère, dans laquelle les constructions à ossature bois évoquent la magie des cirques nomades.

Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER