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Pourquoi ne pas perdre son temps à essayer de devenir NAJA

© Cyberarchi 2019

L'exposition* présentant les lauréats des Nouveaux Albums des Jeunes Architectes nous donne l'occasion de revenir sur cette opération du Ministère de la Culture et de raconter ce qu'il s'y passe réellement (1). Si vous êtes Naja, vous pouvez éviter cet article sans inconvénient, il ne vous apprendra rien. Une chronique signée Coste&Orbach.

 
 
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Amis jeunes architectes ! Vous êtes jeunes, vous adorez l'architecture et souhaitez la promouvoir, la partager. Vous avez passé des jours et des nuits à réaliser des projets réels et/ou virtuels. Vous vous êtes battu comme un lion pour en faire construire un et vous aimeriez le faire savoir. Vous vous inscrivez donc aux Nouveaux Albums des jeunes architectes (NAJA). Le 'concours' est organisé par votre ministère de tutelle. Cela devrait le faire. Il est là en principe pour vous aider.

L'enjeu est d'importance. La qualification permet d'accéder directement à d'immenses concours aux budgets considérables (Le Louvre Lens par exemple) et de se retrouver de plain-pied dans des short-lists prestigieuses à côtoyer les plus grands sans avoir montré autre chose que son badge NAJA. C'est sympa. C'est TRÈS sympa.

Alors, comme vous correspondez aux critères de sélection des NAJA, vous avez préparé un chouette dossier. Et bien, votre dossier, oubliez le. Tout en effet se passe ailleurs :
Tous les architectes des NAJA étaient peu ou prou déjà connus avant d'être choisis. Vous pouvez le vérifier ici par vous-même, mais pas là (http://www2.culture.gouv.fr/nouveaux-albums-architectes/fr/laureats/session2006.php?id_rubrique=2&id_sous_rubrique=4&id_chapitre=1).

L'observation des parcours des NAJA de cette année montre en effet :
. soit qu'ils ont travaillé chez les architectes ministériels, ou célèbres,
. soit qu'ils ont reçus déjà des distinctions incroyables pour leur âge,
. soit qu'ils sont déjà enseignants (mais quelle expérience peuvent-ils transmettre à leur âge?)
Ils sont donc déjà dans les circuits. C'est le dénominateur commun de leur parcours. Quel est alors l'intérêt de les sacrer NAJA si ce n'est pour remercier quelqu'un d'autre, ailleurs, qui en a besoin?

Inutile donc de regarder leur travail. Celui-ci ne compte pas. L'important pour le Ministère est que le futur NAJA soit déjà connu par quelqu'un, nous sommes donc en plein MANDARINAT (2) !

Et j'ajouterais une chose étonnante : Comme vous le savez, le jour de l'annonce des NAJAS de l'année au ministère de la Culture se fait le même jour de réunion du jury pour "choisir" les futurs NAJAS. L'annonce officielle des choix du jury se fait immédiatement dans la foulée de sa réunion.
Tous les jeunes architectes prétendants sont bien entendu invités à cet après-midi au Ministère. Certains viennent, mais d'autres pas, ce qui se comprend puisqu'il est compliqué pour certains architectes de se déplacer, s'ils sont en province ou à l'étranger, et surtout lorsqu'il pressentent fort justement qu'ils ne seront pas retenus.

Et bien avez vous remarqué que les FUTURS NAJAS SONT TOUS PRÉSENTS A L'INAUGURATION, même ceux qui viennent de l'étranger? Il n'y a jamais de couacs, on les voit tous sur la photo. Cette année, ils étaient encore tous là, attendant les résultats en souriant au premier plan, quand le fond du public était plus tendu. Tout se passe comme si les futurs NAJAS "savaient", avant même que le jury ne se réunisse, qu'ils allaient être choisis. Si le jury avait vraiment fait son choix quelques minutes auparavant, comment se fait-il que les futurs Najas soient tous là à coup sûr sur la photo ? Etonnant, non ?

Alors aujourd'hui, pour le respect de l'architecture en particulier et de la Démocratie en général, NOUS EXIGEONS que les NAJA soient choisis sur la valeur de leur travail, et donc de leur dossier, et non pas parce qu'ils ont travaillé chez tel ou tel.

NOUS EXIGEONS de supprimer ce "comité d'expert" formant la première commission technique chargée de donner une note aux projets et qui est d'une rigoureuse inutilité puisque ses avis ne sont pas suivis par le jury suivant. Son unique but est d'inviter à cette commission des personnalités du monde de l'architecture pour les flatter et leur donner une importance qui ne sera pas respectée par la suite.

NOUS EXIGEONS que le "jury" assurant le choix final soit composé désormais d'architectes choisis dans le monde entier après un APPEL D'OFFRE TRANSPARENT, INTERNATIONAL, PUBLIC ET JUSTIFIÉ.

NOUS EXIGEONS L'INTERDICTION qu'un membre du jury choisisse un de ses poulains ayant travaillé chez lui.

En regard de cette histoire, et au vu du peu de cas que le Ministère de la Culture fait de l'Architecture, nous nous surprenons à nous demander si nous, architectes, ne serions pas mieux sous la tutelle du Ministère de l'Équipement. Qu'en pensez-vous? ;-)

Coste-Orbach architectes

(1) Isabelle Coste a présenté sa candidature aux Nouveaux Albums des Jeunes Architectes.
S'attachant à réaliser ses projets et à constituer son dossier de candidature, alors qu'il fallait faire tout autre chose, elle n'a bien sûr pas été retenue. Cet article est l'aventure de cette mauvaise expérience.

(2) MANDARINAT : n. m. XVIIIe siècle. Dérivé de mandarin. 1. Dans l'Empire chinois, dignité, charge de mandarin, à laquelle on accédait par concours. Par méton. Le corps des mandarins. 2. Fig. et souvent péj. Autorité exclusive qu'exerce dans un domaine, un milieu donné, une personne qui, du fait de ses titres, ses diplômes, occupe une fonction importante. Par méton. Ensemble des personnes détenant cette autorité et tendant à former une caste privilégiée.

* Pour en savoir plus sur l'expo, cliquez ici.

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