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Pour une architecture et un cadre de vie durables ?

© Cyberarchi 2019

La France aura le cadre de vie qu'elle mérite. Et pourtant, "créer un cadre de vie de qualité dans une perspective de développement durable est possible à condition que le pouvoir politique se décide à raisonner en 'économie globale'", estime François Pélegrin, architecte dplg, urbaniste dp, président du CNC et président d'honneur de l'UNSFA.

 
 
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Le secteur de la construction et du cadre de vie est de loin le plus important des secteurs d'activités : 100 milliards d'e/an, 140 milliards avec les travaux publics : à lui seul il équivaut aux secteurs automobile + équipement mécanique + appareils domestiques ou encore aux secteurs aéronautique + sidérurgie + industrie pharmaceutique + matériel d'armement. Son impact économique, social, environnemental, culturel est donc considérable.

Est-ce parce que l'ensemble des nombreuses professions qui le composent ne savent pas ou plutôt ne veulent pas le valoriser ensemble ? Est-ce parce que le Président de la République, le Premier ministre et le ministre du budget n'ont pas encore analysé les prodigieuses économies que la nation pourrait tirer d'un tel secteur tout en contribuant à résorber certains problèmes majeurs de la société ? Toujours est-il que, faute de volonté commune partagée et de moyens adaptés, ce principal vecteur de l'économie française et de la cohésion sociale affiche, depuis des décennies, des défauts majeurs :
· les constructions consomment 50% de l'énergie nationale,
· elles contribuent pour 28% des émissions de CO2,
· le "mal vivre" de certains ensembles urbains (grands ou petits) est évident,
· les bâtiments malsains engendrent de graves problèmes de santé pour les victimes (amiante) et des dépenses vertigineuses pour la sécurité sociale.

Cette "économie globale" doit être analysée dans toutes ses composantes qui interfèrent évidemment les unes sur les autres :
· le volet environnemental d'intérêt collectif au niveau de la planète,
· l'urbanisme et le foncier, au niveau du territoire,
· l'impact économique et culturel de nos aménagements et de nos constructions : à analyser sur tout le cycle de vie jusqu'à la démolition,
· le coût du mal-vivre, qui peut être le fruit empoisonné des économies mal placées dans les trois premières composantes évoquées ci-dessus, alors que de très sérieuses études démontrent les avantages d'un bon environnement pour bien vivre en société, y compris pour le rendement du travail.

Les récentes et fortes hausses du pétrole ont induit le gouvernement à adopter quelques mesures qui vont dans le bon sens mais faudra-t-il attendre que le baril dépasse les 100 $ pour systématiser enfin le raisonnement en "économie globale" et faire du secteur de la construction et du cadre de vie un secteur exemplaire, sur tous les plans : social, économique, environnemental, culturel ?

Face à la situation condamnable du mode actuel de production de notre cadre bâti, évoquée au chapitre 1 ci-dessous, il faut réagir : quelques propositions de bon sens font l'objet du chapitre 2.

Chapitre 1 :
La médiocrité du système de production de notre cadre bâti

1.1 - Un contexte particulièrement alarmant

L'énergie fossile, en voie d'épuisement est désormais un produit de luxe, enjeu de tensions et de conflits. L'homme, en trois cents ans, aura consommé toutes les ressources fossiles que la planète a produites en quelques centaines de millions d'années.
20% de la population actuelle consomment 80% des ressources fossiles. Sur les 6,1 Ghab de la Planète, 2 Ghab n'ont pas l'électricité ; la population mondiale va doubler dans les 10 à 15 prochaines années, 2/3 seront des citadins.
Il y a actuellement 700 voitures pour mille habitants aux USA et 7 voitures pour mille habitants en Chine. Au rythme de croissance actuel, la Chine, l'Inde vont tendre vers le même niveau de confort mais il n'y a pas les ressources naturelles ni pour construire environ un milliard de voitures ni pour les alimenter (tant que de nouvelles technologies ne seront pas développées).
Le réchauffement climatique semble, en partie tout au moins, dû aux activités humaines. Une élévation de température comprise entre 1,6 et 6°C est attendue pour la fin du siècle ; l'élévation du niveau de la mer, principalement dû à la dilatation de l'eau submergera alors de nombreuses régions et îles.
Les pays occidentaux, jusqu'ici relativement préservés, sont confrontés à de nouveaux problèmes : le vieillissement de la population, l'augmentation de la pauvreté, le chômage des jeunes, la rareté de l'eau, la dégradation de la qualité de l'air, etc.

1.2 - La mauvaise économie de la construction

En France, lorsque l'on veut faire un avion, un train ou une voiture, on sait parfaitement investir dans la matière grise (programmation et conception) et dans la qualité de la réalisation, d'où la bonne place mondiale des réalisations faites dans ces secteurs.
En revanche, dans le secteur de la construction et notoirement du logement social, c'est encore bien trop souvent la règle du "moins disant" qui prédomine ; la séparation des budgets d'investissement et des budgets maintenance a des effets pervers, il en résulte :
· l'insuffisance des moyens consacrés par le maître d'ouvrage aux études de faisabilité et à la programmation,
· l'insuffisance des moyens alloués à la maîtrise d'oeuvre ; à l'époque où tout le monde se réclame du développement durable, comment l'expression "surcoût architectural" peut elle encore exister ?
· l'insuffisance fréquente des budgets travaux.
Certains comptent même sur l'assurance construction pour payer ce qu'ils n'ont pas voulu "acheter" directement...

OR, LE SEUL MOYEN POUR RÉALISER DES CONSTRUCTIONS SAINES, DURABLES ET ECONOMES SUR TOUTE LEUR DUREE DE VIE, EST DE BIEN INVESTIR EN AMONT : PROGRAMMATION, CONCEPTION, RÉALISATION. Les chiffres ci-dessous le démontrent :
· la répartition moyenne sur 50 ans des coûts d'un bâtiment d'habitation est de : 3% pour le montage, 2% pour la conception, 20% pour les travaux de construction, 75% pour l'entretien, l'exploitation et la maintenance. (source APOGEE) ;
· les choix opérés à l'issue des études de conception engagent 90% du coût global, alors que seulement 10% des dépenses d'investissement (hors charge foncière) sont elles mêmes engagées (source MIQCP)

Certains pays l'ont compris depuis longtemps, d'où leur avance : en Allemagne ou en Suisse, où la qualité des constructions est excellente parce que l'investissement est à la hauteur des exigences, le coût de construction d'un m² de logement dépasse les 1.500 €HT. En France, il est "plafonné" aux environs de 1.200 €HT. Dès lors, il est facile de parler de surcoût !
Qui n'a jamais vécu ou entendu ce dialogue ubuesque et bien français : (bien sûr, toute ressemblance avec des professionnels ayant existé serait purement fortuite...)

- Le maître d'ouvrage : "c'est bien votre HQE (haute qualité environnementale), mais on ne peut pas la faire parce que le "surcoût" est trop important"
- L'architecte : "surcoût par rapport à quoi ? Par rapport à un budget de construction délibérément bridé ? D'importantes économies en découleront pendant toute la durée de vie du bâtiment, c'est donc une très grosse économie globale"
- Le maître d'ouvrage : "sans doute mais je ne sais pas faire, je dois respecter mes ratios de financement, c'est un autre service qui s'occupe de la gestion"
- L'architecte : ne pourrait-on pas, pour une fois, essayer de raisonner en "économie globale ?"
- Le maître d'ouvrage: "Soyez gentils, faites moi un projet "classique", pas cher et vite, comme cela le maire sera content et on aura d'autres terrains

Et c'est en partie pour cela, qu'en France, on est en train de démolir 200.000 logements sociaux obsolètes alors qu'ils n'ont même pas 30 ans !

1.3 - Le coût de la "non-qualité" :

Privés des justes moyens, les acteurs de la construction, malgré leurs efforts, ne peuvent atteindre le "zéro défaut" et la non-qualité coûte très cher :
· 10 milliards d'E HT/an, soit environ 10% du chiffre d'affaires du secteur de la construction ;
· 7 milliards d'E: pour l'assurance dommage-ouvrage et les expertises qu'elle entraîne.
La préoccupation de tous, à commencer par l'Etat, doit être de réduire cet énorme gaspillage annuel.
C'est pourquoi, en 1978, la loi Spinetta a encouragé le recours au bureau de contrôle1. Or, d'année en année, malgré les actions de l'Agence Qualité Construction, la non-qualité ne diminue pas.
Quand s'attaquera-t-on au vrai sujet ? : ce n'est pas en se contentant de renforcer le contrôle a posteriori que l'on réduira la sinistralité mais c'est en accordant aux acteurs majeurs : "maîtrise d'ouvrage, maîtrise d'oeuvre, entreprises" les justes moyens pour "faire bien du premier coup".
En 2002, lors de l'annonce du programme de l'AQC : "réduire la sinistralité de 30% en 5 ans", j'ai suggéré un objectif plus ambitieux : approcher les 100% en 5 ans : c'est simple : il suffit de rémunérer les acteurs à la hauteur des compétences demandées, et d'être plus sévère en cas de manquement ; bien sûr, après avoir renforcé les capacités d'auto-contrôle des acteurs, il faut préserver le contrôle externe (dûment rémunéré)2.
Il faut surtout arrêter de diluer les responsabilités, cesser à chaque nouvelle réglementation d'inventer un nouveau métier au détriment des capacités des acteurs majeurs.
Il faut mettre en place un système vertueux : beaucoup trop de gens "vivent du sinistre", au point que l'on peut se demander si l'on cherche véritablement à le réduire ?

1.4 - Le coût du "mal vivre"

La France commence à peine à prendre conscience de l'enjeu. Les économies attendues sont énormes.
Qu'attendent les ministères concernés (budget, logement, équipement, transport, justice, santé, intérieur, etc...) pour évaluer les économies que l'on pourrait atteindre par de meilleurs choix et investissements ?
Le raisonnement en "coût global" est-il seulement enseigné à l'ENA ? À quoi bon faire de hautes études pour ne pas comprendre qu'en construisant mieux, on réalise durablement d'importantes économies ? 3
Mal concevoir une ville, mal penser les équipements, rejeter les moins fortunés à la périphérie des agglomérations sous prétexte que le foncier y est moins cher, engendre du mal vivre.
Le récent ouvrage "Ouvrages publics et Coût Global" de la MIQCP (Mission Interministérielle pour la Qualité des Constructions Publiques) aborde avec quelques exemples chiffrés cette question fondamentale :
En fait, il s'agit de raisonner, non plus seulement sur les coûts ou la valeur patrimoniale des bâtiments, mais d'avoir beaucoup plus à l'esprit, au cours du processus de décision, l'idée de la valeur de ce qu'ils abriteront pendant leur durée de vie :
· des hommes et des femmes dans leur façon d'habiter, dans leurs activités et leurs conditions de travail,
· mais également, des ensembles de biens corporels et incorporels, parmi lesquels des patrimoines culturels, des matériels ou des équipements parfois coûteux...
...En effet, c'est depuis quelques années seulement qu'est apparue la notion de "syndrome du bâtiment malsain", d'abord aux Etats-Unis, puis progressivement en Europe. Les quelques éléments développés ci-après donnent quelques éclairages à ce sujet :
· 2% de baisse de productivité due au SBS (sick building syndrome), correspondant par exemple à un coût annuel de 9 milliards de dollars pour l'Etat de Californie,
· 250 milliards de dollars par an pouvant résulter de l'amélioration de la qualité de l'air intérieur des bâtiments tertiaires aux Etats-Unis...

1.5 - Le coût environnemental

Le secteur de la construction influence fortement et durablement l'environnement. Il est responsable de 28% des émissions de CO2 et de 50% de la consommation énergétique nationale.
A l'heure du troisième choc pétrolier, à l'heure où les besoins d'aménagement, de renouvellement urbain et de construction sont en forte croissance pour résorber les retards accumulés, la France n'a plus le droit à l'erreur. Nous devons cesser de vivre à crédit aux frais des générations futures.
Les solutions architecturales et techniques sont connues et maîtrisées ; il reste à savoir financer les investissements qui produisent de l'économie durable.
Pourquoi le m² de toiture végétale ou de capteur solaire est il beaucoup plus cher en France qu'ailleurs ?

1.6 - Le coût du risque, le goût du risque ?

De même que l'énergie la moins chère est celle que l'on ne consomme pas, le risque le moins dommageable est celui que l'on ne prend pas...Par l'implantation choisie pour ses constructions, l'homme s'expose à des risques identifiés (inondations, tsunami, avalanches, glissements de terrains, séismes, etc.). Par le traitement qu'il inflige à l'environnement, il les aggrave ou crée de nouveaux risques (déforestation, imperméabilisation des sols, réchauffement climatique...).
Les catastrophes, dont le rythme semble s'accélérer, sont autant de signaux d'alerte à prendre très au sérieux.

1.7 - Le coût du foncier

En quelques décennies, la part du foncier est passée de 10% à 50% du coût de production du logement. Il est indécent de constater que le moindre euro de productivité réalisé par les acteurs (maître d'ouvrage, concepteurs, industriels, entrepreneurs) est instantanément "absorbé" par l'augmentation artificielle du foncier. Ce dernier bénéficie indûment des investissements publics qui l'ont valorisé.

Chapitre 2 :
Quelques propositions de bon sens

2.1 - Repenser l'économie de la construction à l'aune du "développement durable", raisonner en "économie globale"
Les choix en matière d'aménagement et de construction engagent l'avenir sur des siècles. Or, trop souvent, les décisions sont prises à court terme, dans l'urgence.
En édictant les réglementations et les mécanismes de financement, l'Etat, les collectivités locales jouent un rôle primordial en matière de construction et de cadre de vie ; ils rendent possible, freinent ou interdisent l'application du développement durable.
Pour sortir de la spirale de l'échec dans lequel il s'est laissé enfermer, le secteur de la construction et singulièrement celui de l'habitat, un traitement de choc s'impose et c'est possible : la filière dispose de réelles marges de manoeuvre pour s'améliorer et augmenter la qualité4.
Pour mettre les acteurs en position de progresser et de produire de façon durable des bâtiments sains, économes et respectueux de l'environnement, il faut à minima :
· rompre avec les pratiques comptables obsolètes qui privilégient systématiquement l'investissement minimal sans se soucier des conséquences5
· raisonner en économie globale en investissant mieux dans la matière grise (programmation et conception), dans la qualité des travaux et dans la gestion du patrimoine bâti.
· revisiter l'arsenal réglementaire,
· investir massivement dans la recherche et l'innovation
· apprendre au "politique" et au citoyen à conjuguer les quatre volets du développement durable : le social, l'économie, l'environnement et le culturel car tous nos actes marquent durablement le territoire.

Si la France se dotait d'un grand ministère de l'aménagement du cadre de vie et de la cohésion sociale6, les "politiques" y verraient sans doute plus clair.

2.2 - Mettre les citoyens et les décideurs en "appétit de qualité architecturale et environnementale"

Aujourd'hui, l'urbanisme, l'aménagement, la construction ne sont plus seulement l'affaire de spécialistes, mais de tous les citoyens. L'architecture n'est pas l'apanage de l'architecte. Les habitants des villes (les maîtres d'usage) souhaitent participer aux choix de vie et devenir des acteurs actifs. Mais pour que cette "démocratie participative" soit réellement constructive, il faut, par la pédagogie, leur donner un minimum de formation : faire comprendre les enjeux, la différence entre l'intérêt public et les intérêts particuliers, mettre les citoyens en appétit d'architecture dès le plus jeune âge, renforcer le conseil urbain, architectural et paysager auprès des élus.
Mieux éclairés, les citoyens et les élus seront plus actifs et plus exigeants pour la qualité de leur cadre de vie.

2.3 - Démolir ne suffit pas, il faut savoir reconstruire autrement

Les Schémas de COhérence Territoriale (SCOT), Plans Locaux d'Urbanisme (PLU), Plan d'Aménagement du Développement Durable (PADD) sont autant d'outils permettant de programmer et réaliser la ville selon un mode raisonné et concerté.
En vertu du principe du développement durable, la majeure partie des villes ne pourra plus élargir ses frontières, mais devra trouver ses ressources "intra muros". Le problème n'est pas de s'étendre mais de se renouveler, de requalifier d'où la nécessaire réflexion sur la densité et la mixité sociale et fonctionnelle, les transports urbains, les services, la gestion des déchets. Autant de réflexions à mener localement.
· Sait-on quel est le vrai coût environnemental, social, économique et culturel de l'étalement urbain ?
· Sait-on qu'à densité égale (40 à 50 logements à l'hectare) il est possible de réaliser deux "formes urbaines" totalement opposées : soit un "grand ensemble" soit un ensemble de "maisons de ville" et des petits immeubles ?
· Sait-on qu'il est plus économique pour tous : propriétaire, collectivité locale, banquier, planète, etc. de financer une maison à 120.000 euros dans le village plutôt qu'une maison à 100.000 euros à 10 km de tout service ?
· Connaît-on l'impact du "mitage urbain" : infrastructures et services payés par la collectivité (transport, collecte des déchets) pour une qualité de vie souvent discutable et coûteuse (importance du temps et du coût des trajets domicile - travail, seconde ou troisième voiture, éloignement des activités culturelles et de loisirs, etc.) ?

Nous recommandons la réalisation et la diffusion à tous les décideurs et professionnels de l'aménagement du cadre de vie, d'un ouvrage abondamment illustré pour expliquer l'économie globale des formes urbaines.

2.4 - Agir sur le patrimoine existant

Le récent appel à projet de la FONDATION BATIMENT ENERGIE7 s'attaque à la requalification thermique des maisons construites avant 1975. L'enjeu est de taille : 13,7 millions de maisons, qui, avec l'envolée inéluctable du prix de l'énergie risquent fort de ne plus être économiquement "chauffables". L'enjeu social est considérable car ceux qui habitent ces maisons ne sont pas les plus fortunés.

La FONDATION BÂTIMENT ÉNERGIE vient de lancer (mai 2006) un nouvel appel à idées sur la réhabilitation thermique des bureaux et la performance thermique des bureaux.
Il reste à mener une action vigoureuse de réhabilitation thermique et architecturale des immeubles collectifs.

2.5 - Encourager la performance thermique et l'usage des énergies renouvelables

Nous saluons l'initiative prise par les régions : Alsace, Franche-Comté, Languedoc Roussillon) en créant EFFINERGIE pour introduire en France l'équivalent des "labels" suisse (MINERGIE) ou allemand (PASSIVHAUS). C'est important de le souligner : l'impulsion ne vient plus d'en haut mais des territoires.
Notons également que le Gouvernement, devant l'envolée des prix du pétrole, a adopté ces dernières semaines un certain nombre de mesures positives en faveur des énergies renouvelables.
Grâce à l'affichage énergétique, le locataire ou le propriétaire va connaître précisément le niveau de performance de son logement.

2.5 - Financer les investissements "développement durable"

Mobiliser le milieu bancaire, développer les solutions pour financer la qualité architecturale et environnementale comme piliers de la valeur patrimoniale, facteurs d'économies durables et d'évitement du surendettement des ménages. Mettre en place des prêts hypothécaires de longue durée.8

2.6 - Doper la recherche et l'expérimentation pour "moderniser" le secteur de la construction,
par exemple :

· Exploiter le potentiel de la construction avec des produits industrialisés : "la filière sèche"
Il est temps de sortir le bâtiment de "l'âge de pierre" en se tournant vers des modes de conception et de réalisation porteurs de grands progrès. N'excluant aucun matériau, acier, béton, bois, la filière sèche vise à rapprocher concepteurs, industriels et entreprises pour réaliser des projets "sur mesure"9 selon des processus industriels dans un rapport qualité/prix remarquable comme le démontre le récent appel à proposition du PUCA10.
· Revaloriser les métiers du bâtiment en créant des emplois plus attractifs ; mais il faudra convaincre les entreprises qui n'aiment pas trop voir augmenter la part du poste "achat" (même s'il s'agit de produits industriels à valeur ajoutée) ;
· Concevoir, expérimenter et construire des bâtiments à énergie positive
La France peut et doit rattraper son retard : elle dispose de toute la matière grise nécessaire et les produits sont déjà sur le marché. Il nous reste seulement à inventer l'ingénierie financière pour en assurer le financement.
Au début des années 80, des architectes militants ont beaucoup fait pour promouvoir l'architecture "bio-climatique", ils y croyaient, mais dès que le prix de l'énergie a chuté, la demande a disparue. Ils y croient encore. "Avis aux élus, avis aux maîtres d'ouvrages sociaux, avis aux établissements publics des villes nouvelles qui, par le passé, ont toujours été pionniers en matière d'innovation".

En matière de qualité de production du cadre bâti, la France peut et doit rattraper son retard à condition que :
· le politique se décide à raisonner en "économie globale",
· les élus organisent la réflexion au plan local pour systématiser des PLU (Plans Locaux d'Urbanisme) empreints de développement durable,
· les citoyens expriment une plus grande exigence en matière d'architecture et de cadre de vie,
· les nombreuses "professions du cadre de vie", cessant de prêcher chacune pour leur paroisse, osent revendiquer ensemble les mesures et les justes moyens permettant d'offrir aux concitoyens et aux générations futures un cadre de vie de qualité, facteur de paix sociale et d'économies tant pour le contribuable que pour la planète. C

François Pélegrin

[1] Ce système bien "franco français" revient à dire aux concepteurs et aux entrepreneurs : "comme vous n'êtes pas très compétents, on fait appel au bureau de contrôle, ainsi nous sommes bien assurés contre les bêtises que vous ne manquerez pas de faire vu la faible rémunération que je vous ai alloué".
[2] L'indécente rémunération des bureaux de contrôle leur interdit d'exercer sérieusement leur mission. Tout le monde le sait, personne ne dit rien, l'assurance paiera (c'est-à-dire l'acquéreur ou le locataire). Faudra t il quelques sérieuses catastrophes pour repenser le "jeu des acteurs" ?
[3] Combien de milliards d'économie sur le budget de la sécurité sociale si les bâtiments permettent le maintien des personnes handicapés à domicile ?
[4] le coût annuel de non qualité est évalué à 10 milliards d'E
[5] certains "maîtres d'ouvrage" se glorifient d'avoir "réussi" à économiser le programmiste, réduit de façon "significative" les honoraires de la maîtrise d'oeuvre, et obtenu de l'entreprise un ultime rabais lors de la négociation finale. Quand réaliseront-ils qu'ils jouent contre leur camp : moins de rémunération = moins d'heures de travail = moins d'encadrement = moins de personnel qualifié = moins de qualité
[6] Ministère auquel serait rattaché les architectes. Les maintenir sous la tutelle du ministère de la Culture est un bien mauvais plan : les architectes ne sont pas des "artistes" réservés à une élite mais des professionnels, "compositeurs" d'espaces aux côtés des citoyens. Ils inscrivent le projet dans le triptyque "coût-délai-qualité".
[7] L'UNSFA appartient à l'une des 3 équipes lauréates (équipe MITECH : TBC, mandataire, CSTB , UNSFA et 8 industriels). MITECH propose d'apporter des solutions pour requalifier sur le plan thermique et architecturale les 4,7 millions de maisons construites entre 1945 et 1975. Objectif : économiser chaque année 40 milliards de KWh (soit environ 4 milliards d'e) et éviter de produire 1,2 milliards de tonnes de CO2
[8] Imaginons une maison avant travaux dont la valeur vénale est de 200 000 e, si on y réalise 50.000 e pour la requalifier totalement en lui donnant une nouvelle jeunesse ; sa valeur patrimoniale, n'est pas de 250.000 e mais d'au moins 300.000 e.
[9] Il ne saurait être question de retour aux "modèles"
[10] la consultation CQFD (Coût Qualité Fiabilité Délai) organisée par le PUCA (Plan Urbanisme Construction et Environnement) a révèlé 16 projets (sur 111 proposés) dont la majorité relève de la "filière sèche".

Bibliographie :
> Passion Architecture : la revue de l'UNSFA
> Metiers de l'architecture et du cadre de vie : les architectes en peril
Y. Dauge commission des affaires culturelles du sénat (nov. 2004)
> Le logement de demain, pour une meilleure qualité de vie, rapport du Conseil Economique et Social (2005)
> La qualite du logement neuf : diagnostic et propositions FNSCHlm + UNSFA (oct. 2006)
> Ouvrages publics et Coût Global MIQCP : Mission Interministérielle pour la Qualité des Constructions Publiques (2006)
> Le livre blanc des architectes Ordre des architectes UNSFA et SA

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