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Pour un retour de la lande à Carnac

Le ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon a décidé début janvier de suspendre l'application du projet de réaménagement du site de Carnac "tel qu'il était mis en oeuvre". Une Bretonne réagit et offre son point de vue.

 
 
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Bretonne du Finistère, j'ai passé toutes les vacances de mon enfance à proximité du site à Carnac. Plus tard avec mon mari et mes enfants, nous avons continué à y passer nos vacances. Tout le monde y trouvait son compte : nous qui passions des vacances simples et peu coûteuses et les propriétaires du 'champ' car nous nettoyions la parcelle ainsi entretenue et 'habitée' en été. Le site des menhirs était la promenade quotidienne. Le soir au coucher du soleil quand les rayons rougeoyants mettaient le feu à la lande, les reflets orangés donnaient aux pierres dressées ce mystère qui fait l'enchantement du lieu.

En plus de 30 ans, je n'ai pas vu une pierre tombée. Bien sûr, il y avait un piétinement important sur la première partie de Kermario, proche du parking, là où une pierre en forme de siège géant invitait à s'installer pour la photo souvenir. Mais plus loin, quelques sentes d'à peine plus de 60 cm de large traversaient la lande. On s'y promenait à la queue leu leu car la largeur du 'chemin' ne permettait pas le passage à deux. Pourquoi ? Parce que la lande pique et on ne risquait pas de s'aventurer dans ce tapis défensif naturel.

Et puis, un jour, la lande a été fauchée partout. On pouvait piétiner sur tout le site : fini les petits chemins dans le parfum de miel dégagé par la lande, fini le jaune de la lande fleurie au printemps d'où émergeaient les pierres dressées mille fois photographiées.

Ensuite sont arrivés de biens curieux personnages. Ils ont délimité un carré puis un autre... Ils ont rasé la lande dans un carré, l'ont arraché dans un autre, ont semé du gazon aussi... A ce moment, des panneaux nous ont prévenus que les pierres se déchaussaient du fait du piétinement, qu'il fallait les protéger. On les a emprisonné derrière un grillage robuste, à mailles soudées ! On a construit un premier 'réverbère' hideux mais d'où l'on pouvait observer l'alignement... de loin comme une bête curieuse. Les intellectuels n'ont pas compris que l'intérêt des menhirs n'est pas de les observer mais de les vivre.

Lorsque nous accueillions des étrangers lors d'échanges scolaires ou autres, notre fierté, avant, était de faire découvrir ce site enchanteur. Depuis la pose de grillage, nous en avons honte. L'humour des visiteurs nous fait mal : ah, les bretons, vous avez peur qu'on vous vole vos pierres ! Cette aberration ce sont les têtes bien faites de la capitale qui l'ont décidée, ils pensaient tellement bien qu'ils voulaient faire de ce haut lieu de vie, un sanctuaire pour touristes-moutons. Et tant pis pour les gens qui y sont nés, qui y travaillent...

Le projet de 'Menhirland' a commencé. Le petit champ où nous campions a été 'réquisitionné' et les autres alentours en prévision de la mise en place d'un circuit découverte où les tourismes-moutons ne s'égareraient pas et n'auraient le droit de visiter que ce que l'on a décidé de leur faire voir moyennant un droit d'entrée. Depuis, la friche gagne. La vie s'éteint.

On s'est aperçu que le 'réverbère' était laid, on l'a démoli pour en construire un autre, pas moins laid mais où les touristes peuvent s'interroger et méditer du mystère des menhirs... sur maquette. A défaut de marcher au milieu de la lande et des menhirs, ils en acquièrent le souvenir au travers d'une carte postale prise d'avant les grillages. En contrepartie d'un droit d'entrée, ils ont le droit d'aller piétiner... avec un guide. A force d'être rasée à l'engin mécanique, la lande a disparu et laissé la place à la fougère. La fougère n'est pas défensive car sans épines et donc permet le piétinement et en plus... ne fleurit pas. Les engins qui fauchent tous les ans le site rasent au plus près les menhirs... c'est cela, la protection du site ! On y a même vu des moutons parqués, c'est bien un mouton ça tond tout à ras... et permet encore le piétinement partout.

Des choses simples peuvent effectivement être faites. Tout d'abord, laisser pousser cette chère lande bretonne, l'entretenir pour qu'elle reste belle et fleurie. Garder quelques sentes bordées de cordage par exemple. Informer le public du respect qu'il doit au site. Les gens contrairement à ce que l'on veut faire croire, sont dans l'ensemble intelligents et respectueux, ils le seront d'autant plus qu'on les aura respecté et non pris que pour des porte-monnaies.

Merci à ce nouveau gouvernement d'entendre enfin la voix des gens du terroir, ceux qui font vivre une région par leur travail, leur savoir-faire, leur générosité, leur accueil... et surtout leur bon sens.

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