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Pour durer, encore faut-il que le développement soit engagé

© Cyberarchi 2020

Le développement durable est le thème du salon Batimat 2005 ce qui traduit la prise de conscience, réelle mais récente, des efforts à fournir en France dans ce domaine. Ce n'est pas gagné tant, entre incantation et efficacité, c'est la première qui semble privilégiée. Explications des intéressés sur le salon.

 
 
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Lors de sa première conférence de presse du salon, le lundi midi, Dominique Tarrin, directeur de Batimat, revenant sur le thème du salon cette année a eu cette phrase. "Vu ce qui se passe dans les pays voisins, il va se passer des choses en France dans les prochaines années", dit-il. Il venait involontairement de montrer à quel point la France est en retard dans ce domaine. Retard d'autant plus accentué que la première réaction dans ce domaine des industriels et des politiques fut incantatoire, c'est-à-dire essentiellement tournée vers la communication.

Pour preuve, un exemple édifiant. "Si l'on doit mettre en exergue une seule grande tendance à ce sujet, il faut alors parler du photovoltaïque", a expliqué Dominique Tarrin. Pourtant, il y a un an à peine, Patrick Devedjian, alors ministre de l'industrie, faisait part, sans rire, de ses "doutes" concernant le système photovoltaïque, y préférant l'éolien. De fait, lundi soir, lors du traditionnel palmarès du concours de l'innovation, le Batimat d'or (la plus haute récompense) était attribuée à une membrane d'étanchéité synthétique pour toitures-terrasses sur laquelle sont intégrés en usine des modules photovoltaïques souples produisant de l'électricité avec des rendements supérieurs à 20% (ALWITRA ; Hall : 7.2 - Stand : l5). Par ailleurs, dans la catégorie 'Menuiseries, fermeture et protection solaire', la médaille d'Or était attribuée à 'TEMOTION', un système de façade double peau prêt à poser, autonome en énergie grâce à ses panneaux photovoltaïques, constitué de modules préfabriqués intégrant toutes les fonctionnalités nécessaires au confort des usagers (WICONA - Hall : 3 - Stand : E46). Dans ces conditions, la volonté de ces industriels de s'engager en R&D dans ce domaine tient donc du missionnariat.

La même ambiguïté est perceptible sur le salon. Nombreux sont les industriels qui, de bonne foi, se réclament de la Haute Qualité Environnementale (HQE). D'ailleurs Dominique Bidou, président de l'Association HQE, tenait conférence dès ce lundi à 13h30 sur le thème Certification : une valeur ajoutée à la démarche HQE. La conférence a fait salle comble. Or cette démarche, présentée en France comme originale en ce sens qu'elle se démarque de ce qui se fait à l'étranger, est de plus en plus remise en cause. Au point que le Conseil National de l'Ordre des Architectes en a claqué la porte et qu'y adhérer ou non est l'un des points majeurs de désaccord entre les architectes de l'UNSFA, ceux de PACA en ayant fait un casus belli (toute proportions gardées).

Ambiguïté également lorsque le thème est repris à toutes les sauces au point qu'il est désormais difficile de faire la part des choses entre communication et réalité concrète. Quel sens donner par exemple à la découverte d'une "cheminée bio" ? Que penser quand des fabricants de sols PVC éditent une brochure où n'apparaissent aucun de leurs produits mais offrant une analyse détaillée du cycle de vie des matières premières ? S'agit-il d'une démarche d'anticipation ou de défense ? Et si un industriel ne mentionne ni développement durable ni écologie ; faut-il s'en inquiéter ?

Ambiguïté enfin quand le stand de l'ADEME (Hall 7.2, stand L34) présente deux réalisations de maison individuelle à ossature bois, l'une en paille, l'autre en chanvre à 1.527 euros le m². Chanvre et paille sont super, sans doute mais sont-ils adaptés aux besoins gigantesques en la matière dans ce pays ? Certes ce stand a été réalisé en eco-conception (tous les matériaux sont en ressources renouvelables et recyclables, la consommation d'électricité est réduite, même l'encre des imprimantes est sans solvant), certes il présente également une solution de capteur solaire thermique vertical, certes l'un de ses responsables aime à expliquer l'intérêt des particuliers autour de ces questions.

Mais Jean Jauré, architecte bioclimaticien, aujourd'hui coordinateur principal des projets européens dans le secteur du logement, douche l'enthousiasme - sur le stand même de l'ADEME - quand il explique, parlant des maîtres d'ouvrage à Paris ou Montpellier (lire en France ; cf la remarque de Dominique Tarrin), que "les mots leurs suffisent". Dit autrement, "je suis coincé, je me fais gicler de tous les concours car, pour le moment, ce type d'architecture n'a pas voix au chapitre". Il a pourtant, il y a dix ans déjà, battu à plates coutures OVE ARUP sur un projet européen (cela fait donc dix ans qu'ailleurs en Europe des maîtres d'ouvrages exigent du développement durable). Il est pourtant en train de réaliser pour l'OPAC 38 de Grenoble, l'un des plus en pointe dans ce domaine dans le pays (il se passe d'ailleurs plein de choses intéressantes en Isère soi dit en passant), la réhabilitation de 354 logement sociaux qu'il a truffé d'innovations de bon sens à 22.500 euros le logement, honoraires compris.

Très au fait, et pour cause, de ce qui se fait ailleurs, Jean Jauré rigole tristement. "Une des raisons pour lesquelles, selon moi, Paris a perdu les Jeux Olympiques est que leur projet était peu ambitieux. Ils ont eu l'impression de faire des choses innovantes, ce n'était que de la poudre aux yeux". Une défaite qui reste en travers de la gorge d'un grand nombre de participants au salon, qui n'auraient pas été malheureux d'avoir l'opportunité de montrer leur savoir-faire. "A cet égard, les Jeux Olympiques à Paris auraient révélé l'incurie bien française en ce domaine. Imaginez les milliers de touristes étrangers, souvent un peu âgés, dans le métro parisien ! Ce serait de la folie. Même à Budapest, en Hongrie, qui n'est pourtant pas une ville modèle à ce sujet à bien des égards, chaque station de métro est dotée d'un escalator. Installer au moins un escalator dans chaque station de métro, ce n'est quand même pas une tâche incommensurable... De fait Paris est aujourd'hui l'une des dernières villes au monde en matière d'accessibilité", explique ainsi Roland Dreyfus, président d' "Handicap et Intégration".

Reste donc à espérer, qu'au travers de ce salon, la phrase de Dominique Tarrin prenne tout son sens car, semble-t-il, ce ne serait pas trop tôt.

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