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Petites structures, dignes ambitions

© Cyberarchi 2020

Face au désespoir, l'ingéniosité apporte souvent les solutions les plus adaptées, même si elles voient rarement le jour. Découverte de deux projets imaginés pour abriter SDF et sinistrés de catastrophes naturelles, l'un signé Encore heureux+G studio, l'autre conçu par les architectes Stéphane et Bathilde Millet.

 
 
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Conçu par le collectif Encore heureux en partenariat avec G studio, le module 'room-room' a été élaboré dans le cadre d'une exposition sur l'architecture d'urgence. "Il y a un an, le NAMOC (National Art Museum of China) avait invité 14 équipes d'architectes composées de spécialistes, dont les Architectes de l'urgence et Shigeru Ban et de plus jeunes, comme nous, en vue d'une exposition commémorant le tremblement de terre du Sichuan, survenu le 12 mai 2008", raconte Nicola Delon, l'un des fondateurs du collectif Encore heureux.

Après un aller-retour à Pékin avec les collaborateurs de G studio pour prendre connaissance de la commande, les jeunes architectes décident d'élargir la commande à toutes les situations d'urgence et de concevoir une structure destinée à tous les sans-abris, sans exception.

"Qu'on soit sinistré ou SDF, l'état d'insécurité est le même", estime Nicola Delon.


Créé par les architectes Bathilde et Stéphane Millet en 2007, le 'module de solidarité' procède de la logique inverse. "Au départ conçu pour les SDF, nous avons élargi le projet à tout ce qui est habitat d'urgence", souligne Bathilde Millet. A l'instar de 'room-room', le module de solidarité fait écho à l'actualité, en l'occurrence "celle de l'époque des Enfants Don Quichotte". Travaillant alors avec le constructeur de maisons préfabriquées à ossature bois Modulex international, Millet père et fille sont contactés par une maîtrise d'ouvrage privée dont le cahier des charges est sommaire. "Nous avions pour consigne de concevoir des préfabriqués bois transportables par camion".

Des modules dignes

Ludique, léger et simple à monter, 'room-room' est avant tout mobile. D'une superficie de 2,5m² "c'est un projet qui se décline en trois états", explique Nicola Delon. Premier état : 'move' : arrimé à un vélo, 'room-room' se déplace. Deuxième état : 'sleep' : "le module est à l'arrêt pour y dormir". Troisième état : 'stay' : "la structure est retournée pour devenir une vraie pièce habitable".

"L'idée à l'origine de 'room-room' était de concilier le plus petit habitat possible, pour la mobilité, au plus grand habitacle possible", poursuit le collaborateur d'Encore heureux. En clair, "il est possible d'y dormir à deux". Les concepteurs de 'room-room' voulaient d'un objet non pas solitaire mais solidaire. Et surtout d'un projet digne, loin de tout misérabilisme. "Nous voulions créer un objet de désir", précise Nicola Delon.

La dignité est également au coeur des propos de Bathilde Millet. "Tout en adoptant la logique du préfabriqué, nous avions un souci esthétique car il est important de concevoir un habitat digne afin que, où qu'il soit implanté, les SDF se fassent accepter", dit-elle. D'une superficie de 15m², tout de bois vêtu et composé, le module de solidarité présente une autonomie d'appoint qui peut être renforcée si nécessaire. Doté de capteurs solaires et d'un système de récupération de l'eau de pluie, le module a aussi des qualités thermiques "du niveau passivhaus". "Nous sommes en sur-isolation : une personne et une bougie suffisent à chauffer le module", précise Bathilde Millet. Autre particularité : le module de solidarité a été conçu de façon à satisfaire la problématique de l'hygiène. "Nous avons externalisé ce qui doit être entretenu, telles les citernes et les locaux de déchets".

Une faisabilité tributaire de la mobilité ?

A l'instar de 'room-room', "qui pourrait être la première pièce d'une future extension", le module solidaire peut être démultiplié. Posés sur des dés en béton ou des traverses filantes, "différents modules peuvent être juxtaposés". D'ailleurs, "la forme atypique, en décroché, répond à une exigence d'intimité une fois les modules assemblés les uns aux autres", précise Bathilde Millet.

Pour autant, l'architecte insiste : "Le module de solidarité est une structure temporaire". Le soin esthétique apporté au projet ne vise pas à pérenniser une situation "à vocation provisoire". La précision est importante : l'assemblage de modules de solidarité implique une mobilisation foncière et confère ainsi "un enjeu politique" au projet. Coûtant autour de 10.000 euros l'unité, "on me dit souvent que c'est un projet qui pourrait intéresser la ville de Paris", rapporte Bathilde Millet laquelle n'a, pour l'instant, pas encore trouvé preneur.

Est-ce parce qu'il est plus mobile que 'room-room' peine moins à se concrétiser ? Présenté à Pékin en mai 2009 puis au 104 sous l'aspect de prototype, le module cyclable fait actuellement l'objet de discussion avec des industriels. "Nous avons rencontré les collaborateurs d'un fabricant de panneaux très légers à haute performances thermiques afin de travailler cet aspect et créer un prototype commercialisable", souligne Nicola Delon. Sans avoir pour l'instant "ciblé de véritables débouchés", les concepteurs de 'room-room' prévoient a priori une commercialisation à 1.000€ l'unité.

Emmanuelle Borne

Lire également notre article 'Architecture(s) de l'urgence, de l'expertise à la formation' et consulter notre album-photos 'Modules sans domiciles fixes pour personnes sans-abris'.

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