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Périphériques compose un espace urbain sur des parcelles aléatoires

© Cyberarchi 2020

La Pirotterie, située à Rezé (44), est un lotissement de 200 maisons, dont 30, sous forme de logement social et conçues par les six équipes d'architectes* ayant travaillé avec Périphériques, sont expérimentales. Si les voisins l'ont mauvaise, les locataires de ces maisons se sont au final rapidement appropriés une architecture pourtant résolument contemporaine. Témoignages.

 
 
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"On arrive en Suède". La remarque, proférée dans le bus qui amenait des journalistes pourtant spécialisés pour une visite des 'Jardins de la Pirotterie' à Rezé (44), en dit long quant au décalage en France entre un lotissement 'habituel' (à défaut d'être 'traditionnel') et le travail coordonné par l'agence Périphériques (David Trottin, Anne-Françoise Jumeau, Emmanuelle Marin-Trottin et, lors du concours, Louis Paillard), que l'on ne présente plus (lire à ce sujet nos articles 'Qualité architecturale : A Rezé, un épiphénomène qui dure' et 'L'année 2004 de l'agence Périphériques'). "Allez voir la maison hollandaise". La remarque, qui doit être entendue avec beaucoup d'ironie, est cette fois d'un habitant de la Pirotterie, dont la maison en crépi et en tuile, est 'habituelle', à défaut d'être véritablement, elle non plus, 'traditionnelle'.

"Avec 36 modèles pour une maison (du nom d'une exposition, en 1997, à l'origine du projet. NdR), nous voulions donner envie aux architectes et à leurs clients de prendre des risques pour inventer une maison : belle, efficace, économique, différente, poétique, singulière", écrit David Trottin.

C'est réussi puisque tant les uns que les autres, au premier coup d'oeil, se sentent perdus quelques part en Scandinavie, comme si la vision qui s'offre à eux à Rezé ne pouvait d'emblée s'imaginer en France.

"Nous avons conservé le réseau des cheminements issu des terrains maraîchers et conservé les espaces boisés, un parcellaire aléatoire devant enclencher une dynamique entre voisins", explique Anne-Françoise Jumeau. David Trottin explique pour sa part s'être inspiré des hameaux locaux. Un langage simple, pour une opération audacieuse, qui fut entendu par ceux-là mêmes qui en bénéficient aujourd'hui.

"C'est un petit hameau ; on passe le Stop, on n'est plus dans le même quartier", assure M. Charbonnier, locataire de la M'House (Navarro, Gelpi et Raveau), une maison de bois à la mise en oeuvre industrielle, toute en longueur mais "vigilante à la ventilation, attentive aux vues et à l'ensoleillement" (106m², loyer 570 euros). Par ailleurs, tous les habitants de ce 'hameau' évoquent avec émotion le sentiment de faire partie d'une "communauté" et comment le fait d'avoir aménagé dans ces maisons si étonnantes les a d'emblée rapprochés les uns des autres.

"Au début, nous n'en voulions pas ; c'est l'extérieur qui étonne", explique Mme Broussard (loyer 375 euros), tranquillement attablée sur sa terrasse avec vue sur le bois. Elle habite dans une maison composée de deux rectangles de couleurs franches superposés en porte-à-faux (Jacques Moussafir). "Aujourd'hui, nous ne regrettons pas ; la maison donne l'impression d'être beaucoup plus grande que les 63m² qu'on nous avait annoncé", dit-elle. "Ca estomaque", se marre franchement un autre locataire. "Pour décrire où nous habitons, nous disons" 'là où il y a les maisons bizarres'", dit-il. "Ca surprend mais on apprécie", ajoute son épouse. Même sentiment de bonheur pour un dame et son fils, qui habitent une maison de plain-pied aux volets métalliques (Marin / Trottin), lumineuse et chaleureuse (loyer 420 euros). Pour tous ou presque, effectivement, passé le dépaysement, la joie et la fierté dominent.

Le plus étonnant est donc que ces ouvriers, qui habitaient auparavant, pour les plus nombreux, des appartements en HLM, se soient appropriés rapidement, en moins de deux mois, une architecture contemporaine, inhabituelle pour le moins, qui leur était pourtant imposée. "Maintenant, je lis des revues d'architecture", s'exclame Mme Broussard dont la fille de 11 ans est "très fière" d'habiter là.

Le plus pesant sans doute pour eux reste le regard des autres, surtout pour ceux qui ont 'hérité' d'une maison à bardage métal (La 'Poster House', monolithe d'acier minimaliste inspiré d'Australie, qui offre des espaces généreux et se prolonge par un grand jardin ou 'La maison Icône' de Paillard / Jumeau, réinterprétation de l'image traditionnelle de la maison). "Beaucoup de gens ne l'aiment pas cette maison, le matériau choque. Les gens disent que ça fait usine, hangar. A force, c'est pénible", déplore la locataire d'une maison verte qui s'y sent pourtant "très bien" à l'intérieur. De fait, les locataires qui vivent ensemble séparés du reste du lotissement supportent mieux la différence que ceux dont le vis-à-vis direct est constitué de propriétaires peu amènes. "Je trouve ça très moche, cela va dévaloriser tout le quartier", se plaint l'un d'eux. Les visites de journalistes ou d'architectes arrivant par bus entiers ont d'ailleurs tendance à renforcer ce sentiment d'excentricité et inspirent la méfiance.

Raphaël Picaper, qui a suivi le chantier pour Périphériques, se souvient de la levée de boucliers quand les habitants du lotissement ont découvert qu'il y aurait du 'logement social' face à leurs maisons. Le maire a dû mener des campagnes d'explication, d'autant que, c'est paradoxal, les Jardins de la Pirotterie furent conçus avant La Pirotterie, seuls les aléas de chantier ayant permis la construction du lotissement avant l'achèvement du 'hameau'. Au final, le maire "a tapé du poing sur la table", pour citer David Trottin et l'opération fut menée à son terme. Chacune des maisons a été livrée, comme prévu, pour 100.000 euros l'unité, clef en main. Soit le prix des maisons "traditionnelles" du lotissement, l'architecture en moins.

"Le choc des cultures et des couleurs est actuellement fort mais devrait être digéré par le traitement des espaces collectifs", assure David Trottin. Il a fallu sept ans à Périphériques pour mener à bien cette opération. "Nous allons, mon mari et moi, finir nos jours ici", se réjouit Mme Broussard.

Christophe Leray

* Il s'agit de : Jacques Moussafir (Paris), ACC Stalker (Roma), Marin+Trottin (Paris), Jumeau+Paillard (Paris), l'Australien (Sydney), Actar Architectura (Barcelona), architectes
Assistants D. Graignic, Ramiro, P.E. Loiret

Pour découvrir ces maisons plus en détails, consulter l'album-photo qui leur est consacré en cliquant ici.

Fiche Technique

Maître d'ouvrage aménageur : Terre Océane
Maître d'ouvrage constructeur : Loire-Atlantique Habitations
Instigateur du projet et coordination : Périphériques
Programme : aménagement du lotissement de La Pirotterie, 180 parcelles, Périphériques et Jean Lemoine, architecte-urbaniste / construction de 30 logements PLA du T2 au T5
(5 par équipes) en logement locatifs
Equipe projet : S. Razafindralambo, S. Truchot, M. Tüür, M. Haggarde
Equipe chantier : Raphaël Picaper
Partenaire Puca
Livraisons / 2005

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