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Patrimoine du XXème : une sauvegarde qui coûte cher

© Cyberarchi 2019

Avec plus de 1300 édifices inscrits ou classés, l'architecture du XXème Asiècle prend peu à peu sa place dans l'histoire. Mais elle pose des problèmes spécifiques comparée aux architectures antérieures. Des problèmes qui se posent à nouveau au XXIème siècle

 
 
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Dans un article remarqué intitulé "Menace sur le patrimoine" publié par le quotidien Libération le 15 mars dernier, l'auteur, Vincent Noce, écrivait que selon une étude interne du ministère de la culture "les édifices du Moyen Age et du XXème siècle sont les plus abîmés, ce qui, soit dit en passant, en dit long sur l'architecture contemporaine". L'architecture serait-elle ainsi passée au XXème siècle du durable à l'éphémère ? Les architectes auraient-ils construit des édifices moins solides ? En fait, Vincent Noce se basait sur le coût d'entretien et de restauration de ces immeubles et si l'architecture classée du XXe est coûteuse à maintenir, ce n'est pas nécessairement parce qu'elle est particulièrement abîmée. Explications.

En premier lieu, comme le rappelle François Goven, sous-directeur des monuments historiques à la Direction de l'Architecture et du Patrimoine (DAPA) et personnellement investi dans l'architecture du XXème siècle, les monuments historiques du siècle dernier ne représentent qu'environ 3% des 40.000 monuments classés ou inscrits, soit environ 1.300 monuments. "Le poids des urgences A sanitaires de ces monuments est donc extrêmement faible comparé aux milliers d'édifices du Moyen Age", dit-il. Et encore, parmi ces rares monuments, très peu sont déliquescents assure-t-il.

Les matériaux

Il reste vrai cependant que l'architecture du XXème offre des problèmes particuliers liés aux matériaux de construction utilisés - le béton notamment - qui ne se restaurent pas aisément. "On a beaucoup utilisé de béton au début du XXème alors que l'on ne possédait pas les adjuvants disponibles d'aujourd'hui", explique l'architecte Charles Kradjian-Vernier de la DRAC du Limousin. Quand un édifice en pierre est corrodé par la pollution atmosphérique par exemple, il suffit de remplacer les pierres. Dans le cas d'un immeuble en béton, c'est une autre affaire, même si on commence à maîtriser aujourd'hui les techniques de restauration du béton. "Il s'agissait de produits nouveaux et, à l'échelle historique, on n'avait pas bien mesuré leur capacité de vieillissement", explique Catherine Hervé-Commereuc, chargée d'inspection des monuments historiques de Bretagne.

L'usage

Les édifices du XXème siècle apparaissent également particulièrement dégradés dans l'étude à cause de leur usage. En effet, il s'agit pour beaucoup de monuments qui sont encore occupés aujourd'hui et qui doivent donc répondre à des normes très strictes. A Epinal par exemple, un immeuble "Ecole de Nancy" classé est occupé par une famille tandis qu'une Folie, copie d'une maison romaine et rachetée par la ville dès 1905, fait office aujourd'hui de bibliothèque municipale. Il faut donc dans ces cas trouver des compromis entre les normes et la conservation du patrimoine. Quitte à parfois ne garder que la façade, ou une porte d'entrée ; des traces qui témoigneront encore d'une architecture exceptionnelle quand l'essentiel A d'un bâtiment aura disparu. C'est ce type de problématique qui se fait déjà jour par exemple lors de la restauration des tours de la Défense.
Parfois, c'est l'usage même qui garantit la sauvegarde de l'édifice. C'est ce qu'explique Jacques Grasser, chargé des affaires culturelles à Epinal, qui rappelle que les régiments qui y sont installés permettent de maintenir en état des ouvrages militaires remarquables. Parfois au contraire, c'est l'usage qui condamne l'ouvrage. Ainsi, le préventorium de Dinan, construit dans les années 30, fut démoli malgré l'avis contraire de la DRAC et l'avis favorable au classement de la commission régionale des monuments historiques car l'édifice n'était plus adapté aux besoins hospitaliers.

L'Inscription

C'est un peu la roulette russe car l'inscription est fonction de l'intérêt que les élus locaux portent à l'architecture en général, à l'architecture du XXème siècle en particulier. Selon Bernard Toulier, conservateur du patrimoine et auteur de l'ouvrage Mille monuments du XXème siècle en France. Le patrimoine protégé au titre des monuments historiques (1997, éditions du Patrimoine), près de 43% des édifices protégés du XXème siècle ont été construits entre 1900 et 1913 et 33% entre 1919 et 1939. Le corpus des édifices protégés construits après 1946 ne représente que 9%.

A Si les édifices du XXème sont si peu nombreux en terme de monuments classés, c'est d'abord parce qu'il est difficile de mobiliser l'attention des élus, voire des associations sur de tels bâtiments. "Un ouvrage en béton brutal, la majorité de la population le trouve moche alors que personne ne conteste la valeur d'une petite église romane du Xème", résume, brutalement, François Goven. "Même les propriétaires ne sont pas facile à convaincre", renchérit Jacques Grasser d'Epinal.

Un autre aspect est la gestion de la pléthore tant il faut également se garder de l'excès de zèle. Le XXème siècle a énormément construit et il est difficile de faire la part des choses. "Il y a beaucoup au XXème de propositions intéressantes d'un modèle courant ; faut-il tenter de sauvegarder le plus possible ou ne choisir qu'un seul exemplaire représentatif en fonction de la ville, de l'architecte, de l'ingéniosité de l'ingénieur voire du propriétaire", s'interroge Charles Kradjian-Vernier qui avoue regretter n'avoir pas de maison Art Déco à Limoges. Ou faut-il laisser le temps faire oeuvre de sélection et attendre que le mécanisme d'appropriation sociale - 50, 60 ans plus tard - fasse son oeuvre ? Au risque de laisser détruire des monuments remarquables plus tard regrettés, telles les Halles de Baltard ?

Patrimoine industriel

L'association Bassin minier Unesco 2005 a annoncé fin janvier la candidature au classement du patrimoine mondial du bassin minier du Nord/Pas-de-Calais. Le classement du complexe industriel de la mine de charbon de Zollverein, à Essen (Allemagne), avait montré la voie en 2001. Délibérément ambitieux, le projet nordiste englobe un territoire d'un million d'habitants, qui s'étale sur une bande de 120 km de long d'ouest en est, large d'une dizaine de kilomètres.

Si cette démarche s'inscrit bien dans une volonté légitime de préservation du patrimoine du XXème, elle ne va qu'amplifier encore la difficulté de maintenir en état ce patrimoine soulevée par Vincent Noce. D'autant, comme le souligne François Goven, que ce patrimoine n'a plus de fonction (ou d'usage) et que la question du choix sera prépondérante. Que garder ? Pourquoi ? Comment ?

"Préserver le patrimoine industriel est lourd et coûteux avec de très grands bâtiments difficiles à exploiter", explique Jacques Grasser dont la région autour d'Epinal regorge de ces usines textiles devenues friches industrielles. Il offre un exemple de la façon dont ces choix peuvent s'opérer. En effet, dans le cadre de la sauvegarde de ce patrimoine industriel, la commune de Thaon les Vosges, près d'Epinal, avec la communauté A de commune, le département, la région et l'Etat a conçu un projet culturel qui doit permettre de sauver une immense rotonde de 1.100 places et ses annexes, symbole de l'architecture paternaliste quand les patrons se targuaient d'offrir la culture à leurs ouvriers.

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