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Patrick Mauger : pour une architecture « à façon »

© Cyberarchi 2019

C'est au coeur du Marais que l'agence de Patrick Mauger a emménagé l'été dernier après l'abandon du projet d'installation sur le toit des anciens Magasins généraux... qu'elle réhabilite actuellement. Ce déménagement a permis de faire le point sur dix années d'une pratique exigeante et variée. Rencontre avec un architecte féru de littérature et soucieux que ses bâtiments, à la manière de vêtements de haute couture, « tombent juste ».

 
 
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Entre classicisme et liberté

Après un double cursus (Ecole d'architecture de Marseille et 3e cycle de communication multimédia à Nantes), Patrick Mauger s'envole en 1988, bourse de l'Académie française en poche, pour les Etats-Unis. De ce séjour d'un an, durant lequel il suit des cours à l'université Columbia (New York), il retient les réalisations de Louis Khan et de Frank Lloyd Wright, mais surtout les premiers bâtiments de l'agence Morphosis et Fran Lesk Ghery à Los Angeles : « Il y avait une joie de vivre, une liberté que nous, sous le poids de l'Histoire, n'avions pas. Ce qui m'a marqué, c'est la façon dont ces manifestes d'architecture ont été si vite copiés, assimilés. Je me souviens en particulier de la Norton Residence de Ghery avec sa cabane de gardien s'ouvrant sur la mer qui tranchait avec les villas chics qui l'entouraient. »
« A mon retour, je suis rentré chez Wilmotte, où j'ai appris l'esprit classique de l'architecture française, et cette expérience a tué la liberté vécue aux Etats-Unis. Depuis, je suis en train de la retrouver. Mais c'est bien d'avoir les deux ! »
Patrick Mauger fonde son agence en 1999 et c'est pour cet « esprit français acquis chez Wilmotte » qu'on vient le chercher tout d'abord pour la restauration d'un manoir appartenant au Conservatoire du littoral (nommé pour le Prix de la première oeuvre aux Editions du Moniteur), puis pour la restauration d'un bâtiment de ventes aux enchères à New York (salle des ventes Phillips).

Généraliste contre vents et marées

Depuis, l'agence réhabilite et construit tous azimuts : des bureaux (Ports de Paris dans les anciens docks des Magasins généraux), des centres culturels (Archives de la Nièvre à Nevers, Médiathèque de Terrasson en Dordogne), des logements (lofts rue de Turgot au-dessus d'un ancien garage), des espaces d'enseignement et de recherche (lycée Marc Bloch au Val de Reuil dans l'Eure, bâtiments sur le site Arts et Métiers ParisTech)...
« Rester généraliste est un combat de tous les instants, ouvrir des horizons nouveaux est compliqué car les décideurs ont besoin d'être rassurés. Il faut avoir construit cinq ou dix hôpitaux pour qu'on vous commande spontanément un hôpital ! » L'objectif de l'agence est avant tout d'étendre son champ de compétences. « Pour la médiathèque d'Auneau (Eure-et-Loir), nous avons poussé pour la première fois la réflexion jusqu'à des questions d'urbanisme : ainsi, le bâtiment a été volontairement reculé pour laisser une grande place sur le devant. »

Un travail de grand couturier

« Je suis de plus en plus convaincu que l'architecture, c'est de la haute couture à des prix modestes ! Un bon architecte ne construit jamais deux fois le même bâtiment : il le conçoit en fonction d'un client, d'un contexte, il fait son bâtiment « à façon » pour employer un terme de couture. Le bâtiment, c'est comme un habit, il doit tomber... juste ! Pour moi, le contexte est très important. Sur ce point, je suis aux antipodes du « fuck the context » de Rem Koolhaas, mais bien dans la lignée de Jean Nouvel et de son credo : « L'architecture doit être conceptuelle et contextuelle. » Et quand on lui demande de quel bâtiment il est le plus fier, Patrick Mauger répond sans hésiter dans un sourire malicieux : « Le Centre national d'entraînement commando (CNEC) à Collioure, qui est à fois... conceptuel et contextuel ! C'est un bâtiment militaire en bord de mer clairement inscrit dans son site. On a prolongé le Fort Vauban à la manière même de Vauban, en utilisant la pierre sèche et le verre. Les commanditaires en sont très satisfaits ! »

« Derrière le mur, il y a le bruit de la mer »

Cette citation de Marguerite Duras extraite du roman Les Yeux Bleux cheveux noirs accompagnait la maquette de son premier concours. Depuis lors, Patrick Mauger, passionné de littérature, tente d'associer un texte à chacun de ses projets. « On nous avait commandé une médiathèque dans un site sans âme, nous l'avons imaginée circonscrite par une île plantée de pins. A ce moment-là, Michel Houellebecq sortait La possibilité d'une île. Nous lui avons emprunté son titre et nous avons gagné le concours ! Pour l'extension du Fort Vauban, l'avancée sur la mer sans aucun garde-fou, ainsi que certains passages étroits où l'on se frotte au béton, m'ont été inspirés par le Traité de la Guerre de Sun Tzu : « Pour que des armées soient efficaces, il faut les garder en état de vigilance ». Nous travaillons actuellement à une médiathèque en région parisienne au bord d'une nationale. De même que l'art de l'écrivain pousse le lecteur à rentrer dans son oeuvre, nous nous demandons comment donner envie aux gens d'aller voir ce qu'il y a derrière le mur. C'est pourquoi j'imagine la façade de cette médiathèque comme une ouverture d'opéra ou comme l'incipit très rythmé des Petits de Christine Angot. »

Et l'avenir, alors ? « Je le rêve avec des projets à l'architecture plus puissante. J'aimerais revenir à davantage de liberté de conception et de réflexion. Il faut avoir en effet beaucoup de personnalité pour ne pas se laisser écraser par le nombre incroyable de normes que l'on impose aux architectes aujourd'hui... et pour rester créatif ! »


Marie-Clarté Mougeot

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