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Paris 2012 : un repère flottant lesté de trop lourds bagages

© Cyberarchi 2019

Ce devait être une colonne de 80 mètres de haut composée d'anneaux plus légers que l'air flottants au gré des vents. Les lois de l'apesanteur semblent pourtant avoir imposé leur principe de réalité. En lieu d'objet éthéré, c'est au final un mât sans grâce qui symbolisera la candidature de la ville de Paris au Jeux Olympiques de 2012. Retour sur un projet plein de promesses dont il ne reste que des boudins immobiles.

 
 
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Les superstitieux verront peut-être dans la série de déboires successifs de ce repère le signe d'une future déconvenue. En effet, si les symboles ont un sens, les Parisiens et tous les Français avec eux feraient bien de croiser les doigts car la candidature de la capitale, pourtant donnée comme favorite (Moscou, Madrid, Londres ou New York sont les autres candidates), n'est peut-être pas si bien engagée que cela. Qu'on en juge.

Episode 2 : parmi les 407 projets reçus émanant de 87 pays, dont 279 sont présentés au jury, c'est celui de l'équipe constituée de jeunes architectes français - Yves Pagès et Benoît le Thierry d'Ennequin avec Jean-François Blasset et Henry Bardsley, du cabinet d'ingénieurs RFR- qui est retenu et dévoilé le 27 septembre. Las, il s'avère bientôt que ce projet avait déjà été mentionné lors d'un concours similaire pour... Athènes 2004. Ce qui, soit dit en passant, permet de s'interroger sur l'anonymat supposé du concours. (Lire à ce sujet nos articles 'Paris 2012 : un repère olympique gonflé' et 'Mentionné pour Athènes 2004, lauréat pour Paris 2012').

Mais bon, foin des polémiques, le projet était audacieux et nul ne devait manquer à l'appel pour le soutien à la candidature de Paris.

Las, l'épisode 3, en cours, ne prête pas à l'optimisme. "Le repère s'oriente en fonction du vent, répondant au moindre changement atmosphérique. Ses anneaux flottants dans la nuit, abstraction graphique des Jeux Olympiques, rappellent la disponibilité du site des Batignolles au coeur de la ville", expliquaient alors ses concepteurs. "Haubanée avec des câbles en kevlar, le repère s'élancera d'une plate-forme fixe (le socle d'amarrage), de quinze mètres de hauteur, accessible au public par ascenseur". Il devait ainsi être visible de plus de 10 km à la ronde, de tout Paris en tous cas.

Or, qu'en est-il aujourd'hui? Le repère gracile et léger n'est plus qu'un mât sans grâce auquel des boudins, comme on le dit d'une chambre à air, sont fermement arrimés. La plate-forme a disparu et il faut un phénoménal effort d'imagination pour retrouver dans l'édifice dont la construction est en cours le projet propre à faire rêver qui fut primé au concours. Qui plus est, alors que sa construction était annoncée en janvier, l'inauguration ne devrait avoir lieu que fin février.

"Dans toute entreprise, il y a une part d'aléas. Nous avons opté pour une stratégie d'adaptation, une démarche volontaire et nous en assumons les risques inhérents", assure Essar Gabriel, directeur général adjoint de Paris 2012. "L'esprit général, le souffle initial ont été conservés", dit-il. Lui-même président du jury, il rappelle enfin que ce jury, lors de la désignation du lauréat, avait précisé que le temps viendrait à manquer et, qu'en tout état de cause, le projet devrait être "amendé". Certes...

Pourquoi un système de mât? "La réglementation concernant l'exploitation d'un objet volant imposait de telles contraintes que nous n'aurions pas pu le faire flotter deux jours sur trois", explique Essar Gabriel. "Nous avons donc choisi un système qui permette le fonctionnement du repère tous les jours". Qu'est-il advenu de la plate-forme, l'une des contraintes majeures du cahier des charges du concours? "La problématique en ce qui la concerne est que la hauteur maximum que nous autorisait la réglementation est de 28 mètres, une hauteur à laquelle on ne voit pas très très bien", explique encore M. Gabriel. "Nous avons donc opté pour la 'stratégie du périscope' et placé des caméras à 65 mètres qui projetteront les images dans l'une des salles d'expositions au sol", dit-il. (Une idée d'ailleurs proposée par plusieurs autres candidats au concours. NdR.) La cause du retard apparent? "Nous avons effectivement communiqué pour une construction achevée en janvier lors du concours mais nous nous sommes en réalité calés pour une inauguration lors de la visite de la commission fin février", souligne-t-il. Mais n'a-t-il pas peur que le décalage entre l'image du projet, largement médiatisée et publiée, et sa réalité concrète aujourd'hui ne déçoive le public, sans même parler des membres de la commission? "L'important est de regarder l'intention première. Entre faire oeuvre ou ne pas faire oeuvre, nous assumons nos choix et on n'hésite pas entre quelque chose qui fonctionne tous les jours ou pas".

De fait, nul ne peut présager à ce jour du succès ou non du dispositif et du succès ou non des trois espaces d'expositions prévus. Et sans doute faut-il à ce jour rester prudent face à ce qui n'est encore qu'un chantier. Et sans doute encore les deux architectes concernés, qui n'ont pas souhaité s'exprimer, souffrent-ils de voir leur échapper leur projet, les contraintes de temps et de budget étant par ailleurs connues d'avance. Bref, faisons grâce aux apparences d'être parfois trompeuses.

Cela dit, reste un aspect chagrin. Il est regrettable vis-à-vis des visiteurs de l'exposition, intitulée '454 projets' (inaugurée en grandes pompes en décembre dernier), sans doute sincèrement séduits tant par le projet que par l'idée d'accueillir les jeux olympiques à Paris, que le projet final ne ressemble en rien, ou si peu, aux images exposées. Les concepteurs et maître d'ouvrage du repère pouvaient-ils alors ignorer cette réalité puisque, selon toute vraisemblance, les plans devaient déjà ou sous peu être communiqués aux entreprises pour que celles-ci puissent commander l'acier et réaliser la structure du mât?

La décision des membres de la commission olympique sera connue en juillet prochain. Reste à souhaiter donc que "le symbole de la candidature de la ville de Paris" ne soit pas source d'embarras plus grand qu'il ne l'est déjà. Pour finir, le plus consternant peut-être est que tous ces aléas vont au final donner du grain à moudre aux détracteurs, déjà nombreux, des jeunes architectes, fussent-ils NAJA...

Christophe Leray

Paris 2012 : un repère flottant lesté de trop lourds bagages
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