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Palais de la Culture et des Sciences, Varsovie

Malgré une histoire déjà vieille de 50 ans, 4ème plus haut building d'Europe et 140ème mondial, le Palais de la Culture et des Sciences de Varsovie est un raccourci de géopolitique. Mais il inspire aux Polonais des sentiments ambivalents, mélange de respect et de haine.

 
 
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Un cadeau de Staline

Il n'y a sans doute pas une seule autre tour au monde qui cristallise sur elle autant de contradictions et de paradoxes. Alors qu'il est le 4ème plus haut building en Europe et 140ème dans le monde et, depuis quasiment 50 ans, l'une des structures les plus monumentales jamais érigées, les habitant de Varsovie n'en tirent aucune fierté.

Cadeau de Joseph Staline à la Pologne, les polonais y virent avant même la fin de sa construction le symbole de la main mise soviétique sur le pays - le Palais est visible de n'importe où en ville - alors que sa taille gigantesque, 231m surmontés d'une aiguille de 43m, fut imposée par les Polonais au Russes qui avaient imaginé un immeuble de 120m seulement. D'abord nommé le Palais de Staline, il devient bientôt le Palais de la Culture et des Sciences à une époque (les années 50) où le communisme était porteur d'idéaux - la conquête de l'espace en était à ses balbutiements - et de valeurs humanistes pas encore démentis par l'histoire. Pourtant sa construction fut typique - mais nul ne le savait encore - des pires dérives du régime soviétique.

Pourtant, c'est dans son hall des congrès de 3.000 places qu'en 1967 les Rolling Stones se produisent pour la première fois en Europe de l'Est. Pourtant, alors qu'il était destiné à servir de quartier général au Parti Communiste polonais, il est devenu un lieu de loisirs et de sciences dans lequel se pressent les habitants et les touristes. Quelle autre tour au monde compte des cinémas, des piscines, des boîtes de nuit, un casino en même temps qu'un musée de la technologie et un musée de l'évolution ? L'observatoire est un lieu couru et la tour est parfois appelée Palais de la jeunesse en raison du nombre d'activités offertes aux jeunes.

Un cadeau empoisonné

Dès la fin de la seconde guerre mondiale en 1945, Joseph Staline ordonne de construire «quelque chose» en cadeau des Russes aux Polonais. Pendant plusieurs années, les officiels des deux pays réfléchissent ensemble - sans doute la peur au ventre le sait-on aujourd'hui - sur l'interprétation à donner de la volonté du président des Soviets. En 1951, la décision est prise de construire un gratte-ciel, l'architecte Lev Rudniev est nommé pour le concevoir et l'acte de naissance signé le 5 avril 1952.

Rudniev, aujourd'hui décrié, est pourtant sensible au fait que le cadeau doit quand même posséder des attributs polonais. Il entame donc une vaste tournée dans le pays pour chercher des détails d'architecture typiquement polonaise à intégrer dans le dessin du Palais. C'est la raison pour laquelle les 14 colonnes monumentales de la tour sont inspirées de colonnes des palais moyenâgeux de Cracovie, l'ancienne capitale. Rudniev présente finalement cinq projets et le choix final revient aux Polonais qui imposèrent de quasiment doubler la hauteur. Le cadeau est donc bien soviétique mais son emballage, n'en déplaise aux habitants de Varsovie, était polonais.

Une incroyable organisation

Le 2 mai 1952, la construction débutait selon une organisation qu'on a peine, aujourd'hui, à imaginer. En effet, les 3.500 ouvriers, étaient tous, sans exception, des russes spécialement détachés à Varsovie pour l'occasion. Ils durent vivre dans un quartier spécialement construit pour eux (devenu aujourd'hui un quartier d'étudiants au nord-ouest de la ville) avec ses propres restaurants, bars, piscines, etc. et tout contact avec la population locale leur fut interdit ; titulaires d'un «passeport» (laissez-passer) ils étaient conduits au chantier dans des bus spéciaux. Travaillant jour et nuit, 24 heures sur 24, ils ont construit la tour en à peine trois ans, ne comptant «que» 16 morts sur le chantier.

Ce n'est pas tout. Des usines furent spécialement construites en URSS pour produire les céramiques et les 40 millions de briques utilisées. Les matériaux étaient importés de l'Oural et de Georgie. Des ateliers se consacrèrent exclusivement à la création des statues de scientifiques - et celle de l'architecte - qui ornent encore l'immeuble.

Quand la construction touchait à sa fin, il fut finalement décidé que le Palais serait consacré à la science et la culture et son image fut alors imprimée en Pologne sur tous les supports possibles et inimaginables : timbres, boîtes d'allumettes, paquets de cigarettes, calendriers, etc. Si une partie de la population pris la tour en grippe dès le début, pour d'autres, elle fut effectivement, quelques années encore, la preuve que le progrès et la modernité avaient atteint enfin la Pologne. L'addition viendrait bientôt.

Une armée de chats sauvages

Aujourd'hui le palais inspire toujours autant l'effroi que la stupéfaction. Site touristique le plus visité, support depuis l'an 2000 de l'horloge du siècle de six mètres de diamètre (installée par des Français), soit l'horloge la plus haute dans le monde (l'heure est visible depuis plus de 3km de distance), principal lieu de culture, de sciences et de loisirs de la capitale, le palais a finalement plutôt bien vieilli et sa place dans le top des classements mondiaux et européens n'est pas usurpée.

Mais les légendes urbaines qui courent à son sujet sont moins glorieuses. Ainsi, dans les sous-sols et les fondations, sombres fondements où plus personne ne descend jamais, vivrait une armée de chats sauvages se nourrissant d'une armée de rats. Comme si la légende permettait ainsi de rappeler à chacun, alors qu'aujourd'hui le Palais est couvert de publicités et son intérieur rénové presque entièrement aux normes occidentales, la sinistre histoire de sa création.

Christophe Leray

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