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Organique Simulé

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Promotion Canopée : depuis le 22 avril 2009, en vue de promouvoir le projet architectural, urbain et paysager des architectes Berger, Anziutti et Mangin pour la rénovation des Halles, la Mairie de Paris s'adresse aux Parisiens et aux Franciliens à travers un local d'accueil et d'information in situ, 1 rue Pierre Lescot. Chronique de Jean-Philippe Hugron.

 
 
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Les Halles et sa faune ! Derrière un attroupement, les vitrines, rapidement nettoyées des tags qui les recouvraient, révèlent quelques panneaux d'informations. Une banderole aux couleurs criardes désigne le local présentant le 'projet métropole'. Cependant, personne ne s'y arrête. Nu et vide, le lieu n'invite pas le passant. 

L'accueil est pourtant agréable. Avant de poser toute question à l'hôtesse, l'observation est de mise. Seize panneaux thématiques se chargent de la promotion d'un projet controversé. Une magnifique maquette montre 'la Canopée', nom de code donné au futur carreau des Halles, devant abriter, entre autres, activités commerciales ET culturelles.

Hélas, cette intention se limite à un logo qui, par son sous-titre, rappelle l'enjeu métropolitain du projet. L'exposition se contente alors de décrire un curieux parti architectural aérien : une toiture monumentale en guise de réponse aux problématiques souterraines. L'arbre qui cache la forêt... La Canopée n'est de prime abord pas convaincante. Cette exposition se présentait comme l'opportunité de revoir son jugement.

"Le projet est conçu pour fonctionner de manière permanente. Le bâtiment [...] est un seul centre qui vit le jour comme de nuit, été comme hiver. Le mélange et la situation des divers programmes dans l'espace du bâtiment permettent de créer un élément en continuelle respiration". Les visuels qui accompagnent le propos révèlent l'univers aseptisé des Halles à l'horizon 2013. Une métamorphose incroyable, où les cars de CRS ont disparu, où les regroupements de gothiques n'ont plus lieu, où la foule bruyante et bigarrée est absente. La reprise économique a même eu raison de toute forme de clochardise. A la place, une population jeune, dynamique, de préférence blanche et d'une moyenne d'âge de 17 ans vient tranquillement animer le nouvel espace des Halles, illuminé par un soleil radieux d'un mois de juin devenu perpétuel. Dans ce monde, ni détritus, ni déjection, des arbres toujours verts et des fleurs qui ne fanent jamais. 2013, une année où les pigeons seront autonettoyants à l'instar de la Canopée.

Le parti architectural, me dit-on, est "organique". Une forme molle, "inspirée de la nature", éveille un imaginaire fait de raccourcis. D'une équation simpliste : Centre + Respiration = Poumon, Poumon + HQE (environnement + durable / pollution) + Ecologie + Chlorophylle = Feuille. Hantise de la feuille blanche, elle sera vraisemblablement par ses matériaux verriers de couleurs changeantes... "Or-ga-ni-que", me rappelle-t-on. Cet adjectif qui devrait signifier la réactivité, l'évolution... la vie... est retranscrit par une imagerie idéaliste et figée.

Pour informer, il aurait fallu simuler par l'image le projet architectural habité par ses usagers actuels à différents moments de la journée et de l'année. Que sera la Canopée à 12h00 le mercredi 12 juin, que sera-t-elle le dimanche 6 novembre à 19h30, le 26 décembre à 3h00 du matin ? Il s'agissait de représenter une sociologie en action. Il y avait donc matière à révolutionner l'imagerie architecturale. Simulez ! Simulez !

D'autant plus que, depuis plusieurs années, des changements dans l'esthétique des perspectives apparaissent, faisant notamment de quelques mauvaises conditions météorologiques un éclairage poétique du projet.

En quête de visions nocturnes, il n'y a pour satisfaire que l'esquisse d'un monstroplante aux allures de feuille flottante et fluorescente dans la nuit étoilée de Paris ! Quel réalisme !

Il ne s'agissait pourtant plus de séduire mais d'informer en illustrant la variété des moments. Acte fort de la première mandature, Bertrand Delanoë avait confié un "bureau des temps" à Anne Hidalgo. Aujourd'hui chargée de l'urbanisme parisien, l'Adjointe au Maire aurait pu exporter quelques éléments de réflexion. Que nenni.

A ce problème de représentation s'ajoute la maquette. Aussi belle soit-elle, l'observateur adopte les yeux de Dieu pour apprécier une Canopée luisante. Pas mal. Mais les vues aériennes ne sont pas explicites. Les actuels 'parapluies', de dessus, sont graphiquement superbes quand les yeux du piéton constatent une réalité beaucoup moins esthétique. Une maquette qui présente l'intérieur de la Canopée et ses souterrains aurait été plus parlante et plus immédiate qu'une série de plans format 21x29,7.

Les Halles sont présentées comme n'importe quel programme immobilier de seconde zone dans sa bulle de vente. Je ressors du local d'inform... de séduction, peu séduit d'ailleurs avec, sous le bras, une documentation généreusement offerte, 'Les Halles - Actualité du Projet - décembre 2007'. Cette exposition n'est donc pas à la mesure de l'ambition affichée. Trop nombreuses sont les lacunes qu'une aimable hôtesse, malgré sa bonne volonté et sa précision, ne pourra vraisemblablement compenser.

Jean-Philippe Hugron

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