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Olivier Brochet : une architecture du contexte au service de l’humain

© Cyberarchi 2017

L’architecte bordelais Olivier Brochet vient d’inaugurer le musée de l’Homme à Paris en octobre dernier. En cette période trouble pour l’humanité, rencontre avec un architecte qui n’a rien perdu de la sienne, œuvrant à donner une place à la jeunesse bordelaise dans des projets à l’architecture contextuelle.

 
 
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Quartier des Bassins à flots. Les ouvriers et les grues s’affairent alentours. Sur le quai Armand Lalande, un grand bâtiment industriel gris, barré de l’inscription Hangar G2, semble être le seul bâtiment achevé au milieu des chantiers. 

 

C’est là, au premier étage, qu’en l’an 2000 Olivier Brochet a installé son agence d’architecture avec deux associés, après avoir réhabilité les 9 000 m2 de surface du bâtiment. Au milieu des dossiers et des livres, dans une ambiance studieuse, l’homme qui  s’apprête à me parler de sa carrière est d’un naturel calme, posé. Il n’aura de cesse cependant, durant l’interview, de dessiner des formes géométriques sur une feuille de papier volante, comme si son esprit créatif ne trouvait jamais vraiment le repos.

 

Pionnier dans son genre, il a été l’un des rares à miser sur ce quartier de Bordeaux, défiguré par les ruines portuaires et gangréné par la prostitution. Un quartier qui est aujourd’hui en pleine restructuration, et symbolise à lui seul l’effort entrepris par les architectes de Bordeaux et d’ailleurs, pour valoriser le patrimoine local.

 

Aucun regret architectural

 

L’agence Brochet-Lajus-Pueyo – du nom des trois associés qui l’ont fondée – a débuté son histoire par la reconversion de bâtiments historiques comme le couvent de l’Annonciade qui abrite aujourd’hui la DRAC Aquitaine, le cloître des Jacobins aménagé pour la Cour des Comptes ou encore la réhabilitation d’un entrepôt pour le théâtre national du Port de la Lune de Bordeaux. Viendront ensuite les musées : le musée de L’Orangerie à Paris, projet prestigieux où l’équipe a dû composer avec l’œuvre majeure de Claude Monet, le musée Fabre de Montpellier et plus récemment, le musée de l’Homme à Paris, inauguré le 17 octobre dernier.

 

Pour l’architecte, qui n’a aucun regret architectural, ni préférence parmi ses créations, chaque projet comporte son lot d’excitation, de satisfaction et de déception. Mais chacun s’est développé grâce à un même terreau architectural, celui d’une rencontre positive entre les différents acteurs.

 

Car l’architecture ne peut être orpheline, ni autarcique. Elle a besoin de rencontres et de maîtres pour évoluer. Des maîtres qui n’occupent pas toute la phase de la réflexion de l’architecte mais qui restent convocables, en fonction de la situation. Renzo Piano, pour les questions techniques. Jean Nouvel, pour la réflexion et l’ouverture culturelle. Plus généralement, le théâtre et la scénographie aident à la construction du récit fondateur d’un projet, sans oublier l’amour du métier et le respect de la déontologie en toile de fond.

 

Une réflexion sur l’humanité

 

Le musée de l’Homme est né de cette même envie, fondamentale, de s’enrichir mutuellement, de laisser mûrir les idées de tous, architectes et chercheurs, pour que le projet fasse sens. Si l’architecte avoue sans complexe que ce travail a pompé beaucoup d’énergie à son équipe pendant 9 ans, il en garde néanmoins un souvenir formidable dont le résultat le satisfait. Bien plus qu’un musée d’objets, le musée de l’Homme est un laboratoire qui offre aux chercheurs des espaces de travail et d’enseignement réordonnancés, vastes, éclairés naturellement. Ouvert au public, il entend montrer l’Homme dans toute l’acception du terme, ses origines, son actualité. Un centre de recherche et de réflexion sur l’humanité, dont on a bien besoin aujourd’hui selon l’architecte. Un lieu complet sur l’homme d’aujourd’hui et l’homme de demain, son devenir.

 

Olivier Brochet, lui, pense déjà à son avenir et aux projets suivants. L’agence bordelaise en gère une dizaine en même temps, grâce à une équipe de 40 personnes. De Bordeaux, il impose sa patte, ou plutôt son écriture architecturale comme il préfère l’appeler, notamment en région parisienne où il a implanté une petite antenne à Ris-Orangis, et jusqu’à l’étranger. Son agence livrera notamment au mois de février prochain le mémorial de Verdun, qui sera inauguré en mai 2016 par François Hollande et Angela Merkel.

 

Place à la jeunesse

 

Mais ce Bordelais de souche reste très attaché à sa région. Son agence veut prendre part au renouveau de l’esprit du logement dans la capitale girondine et aider la jeune génération d’architectes bordelais à se faire connaître.

De la rive droite (Bastide, Floirac) à la rive gauche (éco-quartier Ginko), Olivier Brochet et ses associés imposent leur style, à une époque où le geste architectural compte désormais autant dans un bâtiment privé que dans un bâtiment public. Cette écriture de projet singulière entre en synergie avec le contexte, et se met au service des usages, notamment dans leur dernier projet. L’agence est en lice sur le concours du quartier Belvédère de Bordeaux Euratlantique, face des concurrents suisse et  parisien. 

 

Reste à savoir si les habitants de ces nouveaux quartiers veulent une identité régionale, partageable et compréhensible, ou si les gens veulent une identité venue de l’extérieur, générique, et répétitive.

 

Quant à l’égo, il n’a surtout pas sa place dans l’architecture du quotidien selon Olivier Brochet. L’écriture égotique ne fabrique finalement que des catastrophes architecturales, cachées derrière l’apparence de projets extraordinaires. Mais un objet raté n’est pas un drame : en architecture, on démolit beaucoup pour reconstruire. En revanche, rater l’esprit d’un quartier s'avère être beaucoup plus grave.

 

 

Claire Thibault

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