• Accueil
  •  > 
  • Odile Decq veut réinventer la ville
Rejoignez Cyberarchi : 

Odile Decq veut réinventer la ville

On ne la présente plus. Son look néo-punk fait d'elle une architecte que l'on reconnaît. Mais la connaît-on vraiment ?

 
 
A+
 
a-
 

A 56 ans, Odile Decq, directrice de l'ESA, directrice de l'agence ODBC, Chevalier de la Légion d'Honneur et Commandeur de l'Ordre des Arts et Lettres n'a plus rien à prouver. Pourtant sa fierté d'aujourd'hui, c'est cette extension du Musée des arts contemporains de Rome, inaugurée il y a quelques mois. Elle s'en explique. « Nous ne pouvons plus nous passer des villes, c'est en ville que nous passons la plupart de notre temps. La ville est devenue notre nouveau milieu naturel. Pourtant, tout reste encore à inventer pour la rendre plus « vivable ». Dans ce sens, l'architecture doit jouer un rôle social et politique. Avec cette extension du Macro, j'ai voulu montrer comment la ville pouvait rentrer dans le musée. Et je me réjouis quand je constate que le café du musée avec sa terrasse ouverte sur l'extérieur s'impose comme une invitation à découvrir les collections qui se trouvent à l'intérieur ».

Fabriquer la collectivité

La ville, c'est l'art, mais c'est aussi et avant tout le logement. « Nous devons nous reposer les bonnes questions, poursuit Odile Decq. Pour moi, un logement n'est pas un produit immobilier. Il doit être une fabrique de vie collective, il doit donc offrir des espaces de services et de convivialité où les habitants se rencontrent régulièrement et peuvent ainsi nouer des liens. Nous avons perdu cette dimension de convivialité ». En parallèle, l'architecte pointe du doigt la nécessité de conserver son espace d'intimité, cela devant passer nécessairement par des logements totalement isolées en termes de nuisances sonores. « Ces conditions sont indispensables pour générer de la mixité, souligne-t-elle. Une mixité sociale créée par le logement et qui, de fait, se poursuivrait dans l'espace public. Les promoteurs ont bien du mal aujourd'hui à raisonner de cette manière, d'autant plus qu'ils sont rarement soutenus par les maires, et par une volonté politique forte. Trop peu de projets malheureusement aboutissent dans ce sens ».

Gagner notre liberté

Odile Decq, l'enfant rebelle, numéro 3 d'une fratrie de 7, tient aussi à sa liberté individuelle. Un concept qui revêt chez elle une dimension particulière quand elle évoque son travail. « Pour créer de la collectivité, il faut aussi savoir créer les moyens de circuler pour s'en échapper et y revenir au gré de ses envies, explique-t-elle. Au-delà des bâtiments, il y a la circulation autour et les transports qui s'y rattachent. Ils doivent être partie prenante de la ville, et non être subis comme une contrainte, voire comme une forme d'asservissement. Trop d'urbanistes adoptent une vision totalitaire de l'espace public qui finit par entamer la liberté d'expression de chacun. En faisant entrer l'art dans la ville, on regagne un peu de cette liberté ».

Depuis la mort en 1998 dans un accident de voiture de son compagnon Benoît Cornette, co-fondateur de l'agence ODBC, qui porte d'ailleurs toujours ses initiales, Odile Decq a connu quelques années de galère, elle ne s'en cache pas. Mais l'actualité de ces dernières semaines lui a rappelé une chose : « la révolte, c'est le début de l'espoir ».

Agnès Delcourt

Mot clefs
Catégories
CYBER