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NZ architecture : les longs détours de chemins pourtant tracés

© Cyberarchi 2019

Fariba Nourdeh et Michèle Zaoui n'ont jamais, chacune de son côté, marchandé ni leur liberté ni leur libre arbitre. Ce qui ne leur a pas simplifié la vie ni permis d'assouvir leur véritable vocation. Jusqu'à ce que leurs chemins se croisent. Deux pour une et une pour deux : portrait d'architectes que l'ambition de construire a réunies.

 
 
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Ce fut une vraie rencontre, lors d'une formation - elles travaillaient chacune à mi-temps en libéral et à mi-temps dans un CAUE -, mais elles ne s'en sont pas rendues compte immédiatement. Toutes les deux cherchaient un local et dans le cadre de cette recherche, ayant fait un peu mieux connaissance, elles se montrent leur travail respectif ; "j'ai découvert une sensibilité commune et des visions convergentes", dit Michèle, 43 ans "et une complémentarité due à nos parcours et expériences préalables" précise Fariba Nourdeh, 48 ans. "En voyant le travail de l'autre nous avons su immédiatement que nous pourrions fonder une structure commune basée sur un enrichissement mutuel...", dit Fariba, "... et nous sommes rapidement passées de la recherche d'un local à la mise en commun de notre book", poursuit Michèle. Quelques mois plus tard, elles trouvaient ce local, dans le 20ème arrondissement de Paris, dans un lieu nommé 'Villa des Nymphéas'. Leur agence était née. C'était il y a huit ans.

Lors du premier appel du journaliste, en mars 2006, c'est Fariba qui décroche : "Je vous passe Michèle", dit-elle en s'empressant de passer la patate chaude. Plus tard, lors de la rencontre dans leurs bureaux spacieux, ensoleillées et parfaitement organisés, alors que le journaliste s'étonne de cette réaction initiale, Fariba explique : "C'est Michèle qui avait établi le contact, c'était naturel que je lui passe l'appel. Michèle s'occupe plus de la communication". Michèle (en riant) : "C'est ça l'équilibre. Elle est concentrée, elle n'oublie rien. Moi, je virevolte, je brasse de l'air. On se définit très bien en miroir".

Au fil de la conversation, même quand elles parlent avec un infini sérieux, les rires ne cesseront plus. La complicité est manifeste mais il y a plus que de la complicité et du respect, plus que le plaisir de travailler ensemble, il y a la satisfaction d'être parvenues à enchaîner des projets de natures très diverses allant du projet urbain à la conception de mobilier en passant par la construction d'équipements publics. Seul le hasard pouvait les réunir et comme il fait parfois bien les choses, il a réuni deux musiciennes, deux pianistes. "On s'échange les partitions", disent-elles.

Fariba, d'origine iranienne, est née à Isphahan mais a grandi à Téhéran, dans un quartier de ville nouvelle et de lotissements. "C'étaient des maisons avec un toit-terrasse, R+2 avec un jardin. Tout était grand et ces maisons m'ont passionnée parce qu'elles offraient beaucoup d'endroits avec des vues différentes (une cour arrière, une cour centrale, etc.), autant d'endroits que l'on pouvait privatiser. Le quartier était en construction et sur les terrains vagues, il y a avait des morceaux de brique, de céramique, de la laine de mouton avec lesquels j'ai appris à me fabriquer des maisons de poupée en faisant le ciment avec de la terre et de l'eau. A dix ans, je voulais être architecte ou pianiste et apprendre le français", explique Fariba. Ce sera l'anglais dans le cadre d'une éducation laïque, auquel son père tenait.

Michèle, quant à elle, retient de sa jeunesse au Maroc "un éblouissement des sens, de la lumière, des odeurs". "Des poncifs", dit-elle, "mais j'ai encore toutes ces sensations en tête ; j'ai été très fortement marquée par les paysages exceptionnels et la générosité de la nature marocaine". C'est pourquoi elle veut être paysagiste. Sauf que dans le cadre de la formation préalable, elle décide de faire "deux ans d'archi". "Dès le premier jour, j'ai su alors que je serais architecte".

"Mon père m'a mis en garde : 'C'est une épouvantable erreur de démarrer immédiatement en libéral'". Michèle a fait comme elle l'entendait. "J'étais touche-à-tout", dit-elle. Elle a construit un programme de bureaux, réalisés de petits projets privés, dirigé une collection d'ouvrages sur les villes nouvelles, a aménagé un centre pour personnes dépendantes et s'est plus souvent qu'à son tour embarquée dans "des choses formidables". "Je n'ai jamais été salariée, j'étais précaire dès le début", dit-elle. Fariba a exercé en tant que salariée dès la seconde année de ses études puis, en tant qu'architecte libérale pendant deux ans en Grèce et ensuite en France où elle réalise notamment des aménagements d'espaces publics ayant reçu entre temps une formation en paysage. En se rencontrant, elles se sont découvert des caractères de libres penseurs - "Nous avons juste notre liberté mais c'est énorme", insiste Michèle avec force - et, surtout, ont trouvé ensemble la voie menant à leur ambition.

"Je ne faisais pas d'architecture publique, maintenant nous ne faisons que ça", dit-elle. "On en a bavé, l'accès à la maîtrise d'oeuvre en architecture publique est très difficile", précise Fariba. "Heureusement que nous avions fait beaucoup de choses avant, nous avions appris la ténacité, il ne fallait surtout pas se désespérer tout de suite", dit l'une. "Avec le recul, nous étions bien trop timides et n'avions jamais le temps de 'communiquer'", dit l'autre. "Au début, nous faisions surtout de la réhabilitation et des projets urbains", dit Michèle, "mais aujourd'hui nos nouveaux projets touchent à des domaines plus larges", dit Fariba. "Nous avons un book riche et éclectique avec ce que nous avons fait ensemble", disent-elles avec une fierté de maquignon.

Le nom de l'agence a évolué en même temps qu'elles. Elles avaient choisi au début Nourdeh-Zaoui. Ce n'était pas gagné. De deux choses l'une, ou leurs interlocuteurs pensaient que Nourdeh était un prénom, auquel cas ils demandaient à parler avec Monsieur Nourdeh Zaoui ou, pire, ils demandaient à parler à leur époux, Monsieur Nourdeh ou Monsieur Zaoui. "Ca devenait délirant", s'esclaffent Michèle et Fariba. Elles ont réglé le problème en optant pour NZ, le Z n'étant rien d'autre qu'un N couché.

"Notre ambition était - outre la pratique et l'évolution d'une réflexion exigeante sur différents thèmes, la ville, l'architecture et le paysage - de cumuler une expérience - c'est fait - afin que les maîtres d'ouvrage nous confient des projets plus importants et plus variés", explique Fariba qui raconte comment le système français pousse les architectes à se spécialiser et comment elles ont failli se laisser enfermer dans les seuls projets de crèche ou de centres de santé. "Tenaces et très polyvalentes, ce qu'on adore est de gérer l'intégralité de la mission, de l'image mentale à la livraison", dit-elle."Nous passons à la vitesse supérieure au niveau de l'importance des projets, que nous abordons sereinement", constate Michèle

Elles ont gardé de leur expérience des petits projets avec des budgets ric-rac une boîte à outil qui déconcerte désormais les maîtres d'ouvrage, un travail sur le volume, la lumière, la matière et notamment la couleur, parce que "la couleur permet de s'amuser, même sans budget". Elles rient et Michèle se sent soudain tenue de se justifier, "la mise en couleur est pour nous un élément important de conception et de perception", dit-elle et Fariba redevient à son tour grave et sérieuse. "Nous n'avons jamais conçu un bâtiment pour être à la mode, pour être publiées. Nous sommes attachées à la situation, au contexte humain, à la géographie, au paysage, au cadre bâti, au bien-être des usagers et c'est à partir de ça que nous faisons émerger un projet", dit-elle.

"Nous misons désormais sur ce que nous sommes...", commence Michèle. "... Nous sommes avant tout des architectes", conclut Fariba.

Christophe Leray

Lire également notre article 'NZ Architecture : zélatrices, inspirées, du bien-être des usagers d'un CMP à Meaux' et consulter notre album-photos 'NZ Architecture : Nous avons juste notre liberté mais c'est énorme'.

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