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'Nager sur rue' dans une piscine dessinée par Berger-Anzuitti Architectes

© Cyberarchi 2014

Dans un contexte de chantier contraignant - un site urbain dense, rue Dénoyez à Paris - le Centre sportif Alfred Nakache, conçu par Patrick Berger et Jacques Anzuitti, est relié à la rue d'un seul trait tandis que la disposition des circulations crée des points de vue divers sur le quartier de tous cotés. Les principes du projet, expliqués par Patrick Berger, architecte.

 
 
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La piscine est reliée à la rue d'un seul trait. Son volume parallélépipédique croise le volume parallélépipédique de la rue Dénoyez : dehors, on voit des lignes d'eau se diriger vers la chaussée ; dedans, en nageant on se dirige vers les passants. La tête hors de l'eau est à un mètre au dessus du niveau du trottoir, si bien que les plans aquatiques et le sol urbain se confondent presque, la natation est en ville.

La piscine est une partie d'un complexe sportif ; des sports en salle l'accompagnent. L'ensemble est un projet de salles successives : la piscine est dessinée comme une salle d'eau, au-dessus sont posées trois autres salles pour la danse, la musculation et le fitness ; puis, au dessus de celles-ci, une dernière salle accueille les arts martiaux. Les milieux secs s'empilent sur le milieu aquatique et le protège thermiquement. L'ensemble est agencé pour que l'on puisse passer d'un sport à un autre, des exercices aquatiques aux exercices au sol.

Relations visuelles et physiques

La disposition des circulations crée des points de vue divers sur le quartier de tous cotés : sur le devant, latéralement et à l'arrière. Toutes les salles ont en commun une propriété spatiale spécifique : chaque salle s'ouvre pleinement sur un espace de circulation lui-même dégagé sur l'environnement. Cette mise en relation qui est celle de la piscine, du hall et de la rue est reconduite, au premier étage, entre les salles, la galerie latérale qui les distribue et la vue qu'elle déploie sur les parcelles mitoyennes ; la salle d'arts martiaux enfin à l'arrière et tout en haut, prolonge son espace par une terrasse en plein ciel qui domine les cours arborées à l'intérieur de l'ilot. Ces communications de pleine mesure entre salles, circulations et extérieur sont aussi celles d'une pleine aération naturelle. Les corps en mouvement, la lumière, l'air et le paysage urbain sont assemblés physiquement par ce dispositif.

Préconception du chantier

La situation de la piscine est un quartier du bas Belleville qui rend difficile et contraignant toute opération de construction car ce secteur urbain est constitué de rues très étroites et d'immeubles à l'état souvent vétuste et dégradé. Le projet architectural a donc mis en pensée le chantier dès les premières esquisses : de grandes dispositions du plan d'ensemble architectural ont été induites par cette anticipation sur la mise en oeuvre.

Ainsi, les bassins de la piscine sont situés au centre de la parcelle à la plus grande distance possible des fondations des immeubles mitoyens, par mesure de protection ; le jardin est une reconversion préconçue de l'aire du chantier ; une structure métallique et des éléments préfabriqués pour l'enveloppe ont été choisis pour limiter la durée et la quantité des interventions sur le site.

La combinaison de ces décisions constructives avec les principes architecturaux ont composé le plan d'ensemble : le terrain est divisé en 'trois parcelles d'usage' : les vestiaires, les sports et le jardin. Les vestiaires et le jardin sont aux deux extrémités, les sports sont au milieu dans un volume qui regroupe la piscine et toutes les salles qui lui sont superposées. Seule exception dans cette division fonctionnelle, la pataugeoire pour les enfants dessinée comme un pavillon d'eau dans le jardin.

Les trois entités distinctes et parallèles : Vestiaires, Sport, Nature, confèrent une clarté dans la distinction des valeurs d'usage du complexe sportif. Ces entités sont reliées par le hall et les circulations horizontales et verticales qui constituent l'élévation sur rue. Le hall principal prolonge intégralement le volume intérieur de la piscine ainsi que son sol et son plafond ; les dimensions et la matérialité de la piscine sont visibles depuis la rue.

Le matériau de l'extérieur est le matériau de l'intérieur

Le volume intérieur de la piscine est revêtu de fibre de verre. La résistance à l'humidité de ce matériau, une fois traité, compatible avec des perforations permettant de lui associer un isolant acoustique sont des propriétés qui répondaient en qualité de confort sonore et d'hygiène qui sont les deux partis pris physiques de l'architecture intérieure.

C'est également au regard de l'hygiène que les bassins sont en inox car cette facture limite considérablement le linéaire de joints. La fibre de verre est le matériau d'expression du complexe sportif. Ici, la matérialité des façades nait de la matérialité de l'intérieur de la piscine, c'est la matière du dedans qui génère celle du dehors : les revêtements intérieurs et extérieurs sont ainsi des surfaces d'éléments en fibre de verre.

L'ensemble est fabriqué à partir de deux seuls types d'éléments issus chacun d'un seul moule. Leur assemblage s'effectue à chant ou debout selon les façades : debout pour la façade sur rue afin d'exprimer les flux d'aération naturelle qui ventilent les espaces intérieurs, à chant sur les autres façades présentant des surfaces murales.

La fibre de verre, déjà présente dans l'univers des équipements sportifs, s'inscrit ici dans l'architecture. Elle a ici choisi une couleur qui devient celle de l'édifice : jaune.

Patrick Berger

Consulter également l'album-photos 'Centre sportif Alfred Nakache, à Paris, signé Berger / Anzuitti'.

Fiche technique

Maîtrise d'oeuvre
Architectes : Patrick Berger et Jacques Anziutti architectes
Assistant (projet) : Julien Abinal
Assistant (réalisation) : Boris Bastianelli

Ingénierie
Structure : Coyne & Bellier
Fluides : BET L. Choulet
Acoustique : ACV
HQE : Sophie Brindel Beth architecte
Paysage : Technivert
Economiste : Bureau Michel Forgue
Signalétique : François-Xavier Delarue ; Nicolas Hubert
Intervention artistique 1% : Melik Ohanian
Consultant couleurs : Gregorio Cuartas

Maîtrise d'ouvrage : Ville de Paris - Direction de la Jeunesse et des Sports
Maîtrise d'ouvrage déléguée : Direction du Patrimoine et de l'Architecture

Lauréat du concours sur projet : 2004 Patrick Berger architecte
Mission de maîtrise d'oeuvre : 2005 Patrick Berger et Jacques Anziutti architectes
Programme et situation : Construction d'un complexe sportif, rue Denoyez, Paris 20ème ; Piscine 3 bains, 4 salles de sports, 1 jardin

Dimensions piscine
Surface terrain : 52m x 41m soit 2.132m²
Surface hall des bassins : 44m x 18,60m soit 818,40m²
Surface bassin sportif : 25m x 12,50m soit 312,50m²
Profondeur bassin sportif : 1,30m → 2,00m
Surface bassin d'apprentissage : 12,50m x 9,60m soit 120m²
Profondeur bassin d'apprentissage : 0,70m → 1,30m
Surface pataugeoire : 16m x 5,5m/7,5m soit 100m²
Surface bassin pataugeoire : 12,20m x 3,20m soit 39m²
Profondeur bassin pataugeoire : 0,05m → 0,30m

Dimensions distribution
Surface hall entrée : 7m x 18,6m soit 130,20m²
Hauteur hall entrée : 6,10m → 6,70m

Dimensions salles de sports
Surface salle sports : 150m² chacune

Surface
SU : 3.500m²
SHON : 5.200m²

Montant des travaux
17 millions d'€ HT (valeur février 2004)

'Nager sur rue' dans une piscine dessinée par Berger-Anzuitti Architectes
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