• Accueil
  •  > 
  • Musée Champollion - Les écritures du monde, Figeac (46)
Rejoignez Cyberarchi : 

Musée Champollion - Les écritures du monde, Figeac (46)

© Cyberarchi 2018

Sans cesse "à la recherche de matériaux innovants, originaux, détournés", les architectes Alain Moatti et Henri Rivière aiment à s'intituler "les nouveaux artisans de savoir-faire oubliés et des technologies du futur". Rien n'est plus vrai qu'avec la livraison de ce musée qui allie en effet magie de l'architecture et magie de l'écriture. Découverte d'un lieu exceptionnel.

 
 
A+
 
a-
 

Présentation écrite par Alain Moatti et Henri Riviere, Pascal Payeur pour les principes scénographiques et Pierre di Sciullo pour la typographie
Parti architectural et artistique

"...et trouver le lieu et la formule... " Arthur Rimbaud

Palimpseste ancré dans la ville de Figeac, le nouveau musée Champollion - Les écritures du monde, conserve les stigmates de l'Histoire et leur superpose un vocabulaire contemporain radical.

L'architecture, conçue par l'atelier Alain Moatti et Henri Rivière, confère à cet équipement culturel d'un nouveau type une identité forte. Désormais le musée possède un visage qui suscite curiosité et émotion. Implanté dans le secteur sauvegardé, centre historique de la ville, le musée requalifie le site ancien de la place Champollion. La maison natale de l'égyptologue et deux immeubles médiévaux restructurés, deviennent l'emblème d'une rencontre, d'un thème, de « la » ville. Ici, l'architecture exprime l'Ecriture, son déchiffrement, ses formes multiples, ses codes... Elle prolonge la mémoire du site, s'imprime dans le souvenir, suscite le désir de connaissance et de découverte. Un lieu tellement singulier qu'il s'ancre dans notre imaginaire.

"Figeac, l'éternelle" se décrypte sur la première façade en pierre, existante. Elle assure la continuité urbaine avec les maisons de la ville. Ponctuée de 8 baies au dessin rigoureux, elle laisse apparaître la seconde façade, en retrait d'environ 1 m. Au dernier niveau, elle est surmontée de poteaux et poutres en acier rouillé soutenant le toit du solelho, terrasse couverte autrefois destinée au séchage des céréales, des fruits et des peaux, dans la tradition architecturale et artisanale de la ville.

La seconde façade, d'une surface de 120 m² est constituée de 48 panneaux de verre de 3 m par 1,20 m en moyenne. L'ensemble enserrant une feuille de cuivre percée de 1000 caractères d'écritures. La feuille de cuivre, découpée en panneaux de 14 cm par 14 cm et de 0,5 micron d'épaisseur, est déposée sur un film polymère. Le verre feuilleté comporte le film décor incorporé entre deux intercalaires de PVB (butyral de polyvinyle). La liaison intime des verres et des différents films est réalisée par le procédé classique d'assemblage des verres feuilletés par traitement chimique. Ce verre est alors assemblé avec un autre verre trempé de 8 mm pour composer un double vitrage traditionnel.

Cet entre-deux, d'une hauteur de 13,5 m, qui n'appartient ni au musée ni à l'espace public, permet de créer des circulations en loggias d'environ 1 m de largeur, réservées au visiteur aux niveaux 1, 2 et 3, à ses rencontres, à son repos. Elles ménagent des vues sur la ville, sur les jardins à l'ancienne en contre bas et les collines environnantes. Vivant et animé, il permet, par son épaisseur, de créer une sorte de monumentalité dans la profondeur qui rappelle la nouvelle vocation d'équipement public à une architecture à usage autrefois domestique.

Conciliant travail artisanal et processus industriel, la façade offre une modernité poétique, inspirée par le papillotement de la lumière qui vibre, varie, marque le temps. C'est elle qui façonne le projet, prolonge ses perspectives, structure ses volumes. Elle l'intègre dans la ville tout en l'exhumant de l'existant. Il devient imaginaire et emblématique. Le jour, la lumière est intérieure, la nuit, la façade participe aux lumières de la ville.

Aménagement intérieur : la lumière et la couleur comme principe architectural

Le projet d'aménagement intérieur est régi par trois idées fortes :
· S'enrichir de la complexité et de l'histoire de l'existant en conservant tous les éléments et vestiges d'intérêt archéologique. Ils sont étudiés, restaurés et mis en valeur. Les limites et murs anciens redécouverts gagnent ainsi en authenticité et en surface.
· Un parti pris résolument contemporain redonne lisibilité et cohérence aux bâtiments anciens par une habile restructuration des sols, par le choix de matériaux - verre, bois et acier - qui mettent en exergue la mémoire du lieu et créent des ambiances chaleureuses.
· Ce parti est renforcé par l'omniprésence de la couleur et par l'action de la lumière qui en exalte les potentialités jusqu'à la virtualité.

Chaque salle possède une unité thématique, une peinture monochrome, noire, rouge, orange, bleue, jaune, qui relie le sol, le plafond et les signes peints sur les cimaises de verre. Les niveaux et secteurs thématiques sont ainsi différenciés par des ambiances colorées franches et contrastées qui renforcent l'impression d'écrin pour les objets et soulignent la muséographie. Le visiteur suit un parcours coloré et se trouve plongé dans un univers intime et varié.

A partir du mur-rideau, la lumière irradie sur toute la longueur du niveau (45 m) en créant de profondes perspectives qui repoussent les murs. Elles sont amplifiées par les éclats de la diffraction de la lumière, teintée des reflets et halos de couleur, sur les cimaises de verre à la manière d'un Kaléidoscope. La trajectoire de la lumière n'est interrompue que par les différents seuils qui signifient un changement de monde et d'époque. Les parties communes sont rouge brique, un dérivé des murs de Figeac transposé à l'intérieur du musée. Un salon de consultation multimedia clôt le parcours.

Fonctionnalité

L'îlot Champollion abrite la salle d'accueil et l'ensemble des collections permanentes. Les quatre larges portes d'entrée, totalement repliables, font le lien avec la place et sont un appel pour les visiteurs. Elles s'ouvrent sur une loggia conviviale, à l'échelle du musée, salle d'accueil, billetterie et vitrines de ventes d'objets et de livres liés à la thématique du musée. La banque d'accueil a été conçue par l'atelier Moatti et Rivière.

La cage d'escalier et d'ascenseur, centralisée, dirige le public vers les salles d'expositions permanentes qui s'étendent sur les quatre niveaux du bâtiment. La structure métallique de l'escalier, accrochée à la cage de l'ascenseur, habillée d'acier, se couvre d'un tapis de bois, pour les marches, qui conduit à des passerelles. Celles-ci aboutissent à des seuils de bois rouges en continuité avec l'entourage "en portique" des ouvertures sur les espaces muséographiques.

Une volonté de simplification permet d'organiser confortablement la circulation du public. Elle permet en particulier de rendre accessibles aux personnes à mobilité réduite tous les niveaux par un ascenseur et de conserver la cohérence du propos muséographique

Principe scénographique - Pascal Payeur

Le parcours : enchaîner des espaces aux ambiances et fonctions remarquables
Le parcours muséographique est composé de 7 salles distinctes distribuées sur 4 niveaux. Si l'escalier principal, situé au centre du bâtiment, permet de les atteindre toutes directement, le parcours muséographique suggère de les enchaîner dans une continuité logique.

Depuis les origines de l'écriture jusqu'aux nouveaux territoires des réseaux télématiques, le parcours propose plusieurs entrées : le graphisme avec le dessin et la création des signes, leurs évolutions, la part du support, l'écriture manuelle, la composition ; la grammaire et les systèmes d'écriture : la construction des mots et des phrases, le rapport à la langue, la phonétique ; enfin les usages : les fonctions et le pouvoir de l'écriture, les civilisations et la société.

Chaque salle correspond à une unité thématique et est enveloppée d'une couleur différente, qui relie le sol, le plafond, et les signes peints sur les cimaises de verre. Les niveaux et secteurs thématiques sont ainsi différenciés par des ambiances colorées franches et contrastées.

La première salle est une "invitation au musée", dédiée au génie de Champollion. C'est un espace mémoriel sensible, sombre et mystérieux, où les collections de l'Egypte ancienne et les signes flottent en suspension dans les reflets du verre noir.
La deuxième est une introduction au thème de l'écriture. Il s'agit là de révéler la nature de l'écriture et de ses enjeux, par le biais de manipulations multimédias qui mettent en jeu les signes, les codes, et les usages. C'est un espace contemporain neutre et blanc où les cimaises de verre transparent sont habitées d'animations infographiques.
Les salles suivantes nous entraînent dans le récit de l'aventure des grandes écritures du monde, depuis le cunéiforme en Mésopotamie jusqu'aux alphabets méditerranéens, les plus proches de nous. Sur ce parcours, la première expérience est celle des objets abrités derrière les cimaises de verre. Ils sont cadrés, identifiés, interprétés et déchiffrés.

Au parcours historique, succède une septième et dernière salle, claire, lumineuse, haute de plafond et ouverte sur la ville. Ce "salon de lectures électroniques" nous entraîne dans l'actualité et la modernité de l'écriture, par le biais de programmes multimédias choisis, de sites de création graphique. En ouvrant et en reliant le musée au monde contemporain, ce salon conclut la visite.

L'expérience offerte aux publics

Ici toute chose est inscrite : les objets sont dépositaires de messages qu'ils nous transmettent. Mais ils sont cryptés. Il faut donc déchiffrer, sur les pas de Jean-François Champollion, faire de la lecture un jeu et écouter des récits. Pour cela, nous proposons d'associer à l'exposition des objets les outils nécessaires à leur traduction en recherchant et en conservant intacte l'émotion de l'objet, enrichie de l'émotion des mots. Ainsi, le dispositif scénographique invente une page d'écriture : une même surface d'expression, à la fois réceptacle de l'objet et support de lecture et d'interprétation et de jeu, avec laquelle on construit des environnements, des cimaises, des vitrines verticales toute hauteur et de grandes tables.

Le verre en est le matériau exclusif : matière durable inaltérable dont on veut exploiter toutes les qualités : le reflet, pour ouvrir les espaces étroits; la transparence pour révéler les vieux murs; et l'opacité du dépoli pour isoler les signes et assurer leur lisibilité. Sur toutes les surfaces de vitrage s'applique un tracé régulateur comme sur une page avec ses marges et ses repères. Mais à l'instar des rouleaux (volumen), la surface d'expression peut se développer horizontalement, sans limites.
Les repères horizontaux restent donc constants. Les repères verticaux sont mobiles comme des curseurs : ils définissent les unités thématiques, isolent les éléments récurrents, par exemple : les "points déchiffrement".

Tous les éléments graphiques, tableaux de signes, images et textes viennent se caler sur ces repères : marge des légendes, marge des images, marge des écrans de multimédia, etc. Si l'écriture prend ainsi possession de l'espace et s'étend librement, c'est pour être captée, relevée, emportée par le public. Le choix du verre couplé à celui des éclairages à contre jour permettra à chacun de décalquer les signes, de constituer au gré de sa visite et à la mesure de ses découvertes, son propre porte folio d'écritures dumonde entier.

Le Moucharabieh typographique polyglotte - Pierre di Sciullo

La façade est constituée de deux plans. Au premier plan, la façade historique percée de portes en ogive et de fenêtres. Un mètre en arrière, une lame de verre sur toute la hauteur du bâtiment monte jusqu'au soleilo, la terrasse couverte et se replie sur son angle. Cette lame est constituée de panneaux fixes et de deux panneaux ouvrants par étage. Le verre feuilleté contient une âme de cuivre percée par les lettres. Une coursive en caillebotis métallique permet au visiteur de circuler entre les deux plans de la façade.

La façade aux 1000 lettres du musée Champollion est un moucharabieh typographique polyglotte. Un moucharabieh, c'est-à-dire une fine dentelle de verre et de cuivre qui filtre doucement la lumière et enveloppe le musée comme un écrin. De l'intérieur, on plonge son regard au dehors par ces fines ouvertures que sont les lettres. Typographique, car la façade et son retour latéral forment une casse monumentale -- la casse est le réservoir de lettres de l'ouvrier typographe, chaque lettre ayant sa case. C'est comme si cet ouvrier parlait de nombreuses langues, savait composer les signes du passé et du présent. Ce qui nous vaut une invitation d'étage en étage à parcourir le monde des écritures, une libre pérégrination sur cette surface où se frottent les époques, les continents, les peuples et les civilisations. Pour cela on a interprété des signes tracés dans la pierre, gravés sur le métal, incrustés dans l'os, allumés sur l'écran ou inscrits sur le papier. On a mélangé les systèmes disparus à ceux qui perdurent et confronté des représentants de plusieurs familles. Les pictographiques côtoient les alphabétiques, les idéographiques, les symboliques, les énigmatiques et les magiques, les sacrés et les profanes. Leur conjonction forme un grand signe de la passion d'écrire qui exprime la vocation du musée. Cette exploration proposée au curieux rend hommage à Champollion, le grand déchiffreur.

Quelques écritures présentes dans la façade aux 1000 lettres : Devanagari, Tibétain, hiéroglyphes égyptiens, pictogrammes mayas, Étrusque, Géorgien, symboles Dogon, Tifinagh, Chinois, marques Kadinéo, Araméen, Bamun, Japonais, Nathan (Hébreu), arabe coufique, Minimum lettrines, Ordinaire, sustème Sol-Air, lettrines onciales, Minimum contreforme, Runes, Brahmi, Japonais, Coréen, lettres peintes par Dûrer...

Parmi les caractères contemporains, il faut noter l'Ordinaire, inspiré des noms de stations du métro parisien en faïence, créé par David Poullard; l'Ambroise, une interprétation du Didot par J. F. Porchez; le Nathan, caractère hébreu dessiné par Sylvie Chokroun; le Géorgien, adapté par Andréa Tinnes; les Minimum lettrines, le 3 par 3 et l'Amanar des Touaregs, dessinés par Pierre di Sciullo.

Fiche technique

Concours : projet lauréat, octobre 2001
Livraison : juillet 2007
Surface SHON : 1.300 m²
Coût : 4,1 M € HT
Maîtrise d'ouvrage : Ville de Figeac (Lot)
Maîtrise d'oeuvre
Agence Moatti et Rivière, architectes
Valérie de Vincelles, chef de projet
Frédéric Rat, études de projet
Pascal Payeur, scénographe
Pierre di Sciullo, graphiste, typographe
François Gaunand, éclairagiste : Seulsoleil
Bureaux d'étude
Bétom Ingénierie, Toulouse et Paris (BET TCE et OPC)

Musée Champollion - Les écritures du monde, Figeac (46)
Musée Champollion - Les écritures du monde, Figeac (46)
Musée Champollion - Les écritures du monde, Figeac (46)
Musée Champollion - Les écritures du monde, Figeac (46)
Musée Champollion - Les écritures du monde, Figeac (46)
Musée Champollion - Les écritures du monde, Figeac (46)
Musée Champollion - Les écritures du monde, Figeac (46)
Musée Champollion - Les écritures du monde, Figeac (46)
Musée Champollion - Les écritures du monde, Figeac (46)
Musée Champollion - Les écritures du monde, Figeac (46)
Musée Champollion - Les écritures du monde, Figeac (46)
Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  

Recevez la newsletter

CYBER