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Monuments historiques, Bâtiments de France, les architectes sur la sellette

Le sénateur Yann Gaillard, dans un rapport intitulé " 51 propositions pour le patrimoine monumental " signe une charge violente contre le corps des ACMH. Une charge destinée à justifier un projet de décentralisation et de libéralisation des monuments historiques.

 
 
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" Rien de nouveau ", soupire Lionel Dubois, trésorier de la Compagnie des Architectes en Chef des Monuments Historiques (ACMH). Les critiques sont en effet connues. Mais le sénateur Gaillard (UMP de l'Aube) en remet une couche : " Procédures opaques ", " baronnies jalouses ", " corps puissant et jalousé ", " rente de situation ", " contrôles mutuels " complaisants, " monopole condamné à disparaître ". N'en jetez plus !

De ces réflexions, Lionel Dubois en accepte une volontiers. " Il est vrai qu'il y a des cheminements dans les dossiers qui pourraient être simplifiés, plus transparents ", explique-t-il. Les propriétaires de château par exemple, qui se voient imposer des travaux et des coûts sans contrôle ou sans consultation préalable, lui sauront gré de cet effort de pédagogie.

Pour le reste, Lionel Dubois rappelle que tout propriétaire doit entretenir son bien. Lorsque l'Etat, la mairie ou le particulier ne le font pas, ou ne le font pas bien, les travaux de restauration ou de rénovation sont d'autant plus coûteux, voire indispensables. Et de donner l'exemple des petites églises sans curé et dont le maire ne sait s'occuper ou des cathédrales, qui sont du ressort de l'état, et qui ont le même problème d'entretien. Ici d'ailleurs, le rapport Gaillard pointe du doigt les Architectes des Bâtiments de France (ABF) " chargés de cette tâche peu gratifiante qu'est l'entretien " qu'ils n'ont d'ailleurs " pas toujours le temps de s'en occuper ", leur mission étant pour " l'essentiel absorbée dans les tâches de protection des abords, les fameux 500 mètres qui causent tant de soucis aux élus locaux ".

Ce que sous-tendent ces propositions est en fait une véritable décentralisation et libéralisation des monuments historiques, soit un transfert massif du patrimoine aux régions et aux départements voire, " la gestion privée étant plus heureuse que la gestion publique ", au privé. " Puisqu' est ouverte en France l'ère des expérimentations ", Yann Gaillard ne verrait pas d'un mauvais oeil non plus le clergé récupérer la charge de l'entretien et rénovation des monuments religieux, cathédrales comprises. Une fois ce " patrimoine national " transféré, les régions pourraient établir elles-mêmes leur périmètre de protection. Seule donc resterait régalienne la décision de protection.

Yann Gaillard reconnaît que si les contreparties financières ne sont pas assurées, les régions, malgré leur intérêt pour le patrimoine monumental, " mesurent avec effroi la masse des équipements qui peuvent leur tomber dessus ". Il estime enfin que l'administration des monuments historiques est " peu désireuse de passer sous la coupe d'autorités élues ".

La décentralisation étant un projet phare du gouvernement Raffarin, il est possible que certaines de ces mesures voient le jour à plus ou moins brève échéance. Quelles conséquences pour les architectes ? Ils auront accès beaucoup plus facilement à ce type de chantiers où qu'ils soient situés en France. Mais le marché lui-même risque de se contracter si les administrés, qui verront déjà leurs impôts locaux augmenter avec la décentralisation, deviennent plus circonstanciés dans leur désir de sauvegarde du patrimoine monumental. " Le patrimoine local classé risque d'être moins bien traité qu'autrefois ", assure Lionel Dubois. " L'ACMH traite les gros et les petits projets de façon équivalente. Si on détruit ce système, on va vers un appauvrissement de la qualité du patrimoine ", dit-il.

Christophe Leray

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