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Michel Roulleau, un Nantais à l'épreuve de Byzance

© Cyberarchi 2019

Michel Roulleau est le nouveau président de l'UNSFA. Nantais et seul candidat, il cache sous une personnalité affable et discrète une détermination à défendre ses convictions et un caractère fédérateur qui n'en feront pas un président si facile à manoeuvrer, même s'il se tient loin des paillettes parisiennes. Rencontre.

 
 
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Son programme n'est pas encore arrêté mais il ne faut pas se fier à la bonhomie apparente de Michel Roulleau, nouveau président de l'UNSFA (Union nationale des syndicats français d'architecture). Non plus faut-il se fier au fait qu'il était seul candidat au poste lors du Congrès du syndicat à Paris du 7 au 9 octobre dernier. A cette occasion, les congressistes furent cette fois conviés à une balade en bateau sur la Seine comme autant de touristes lambda. Il y a deux ans, lors du Congrès à Nantes, dans le fief de Michel Rouleau, les mêmes avaient effectués une balade sur l'Erdre autrement mystérieuse avant une visite aux ateliers de la compagnie de théâtre de rue Royal de Luxe qui témoigne d'une subtile ouverture aux arts vivants (sans compter qu'il fallait nécessairement passer devant le Palais de justice de Jean Nouvel pour s'y rendre). Bref, Michel Roulleau n'est pas devenu président par défaut mais bien porté par des convictions que sa nature amicale ne cacheront pas longtemps.

Qu'il va devoir expérimenter rapidement en PACA. En effet, à quelques jours de cette élection, les syndicats d'Architectes de la région P.A.C.A. ruaient dans les brancards au travers d'un communiqué de presse au vitriol. "L'unique candidat n'a fait valoir aucun programme, n'a donné aucune indication sur la composition de son futur bureau, et n'a exprimé dans les dernières semaines aucune opinion claire et précise sur les sujets abordés dans les derniers mois. Il n'a pas non plus manifesté la moindre attention à nos propositions. Pour ces raisons, et parce qu'à l'avenir les modes de fonctionnement et les conditions du débat au sein de l'U.N.S.F.A. s'annoncent hélas identiques à ceux du passé, les syndicats de Provence Alpes Cotes d'Azur, forts de leur attachement à la défense des intérêts des Architectes Français, ont décidé à l'unanimité lors de leur réunion du 13 septembre dernier : de ne pas participer au congrès U.N.S.F.A. de Paris d'octobre 2005 ; de ne pas présenter de candidats au conseil national ; de se mettre dès à présent en congé de l'U.N.S.F.A". Bref, l'un des plus gros contingents de troupes du syndicat, après des menaces réitérées, prend la tangente.

Certes Michel Roulleau "n'a exprimé aucune opinion claire et précise sur les sujets abordés" mais c'est justement parce qu'il ne "part pas avec des dogmes dans la tête" et "avec des idées arrêtées qui ne servent à rien". Dans sa bouche, le mot 'discuter' revient constamment. "J'irai en PACA pour les rencontrer. Je considère que les liens ne sont pas brisés, qu'il y a nécessité de communiquer, d'échanger, que nous avons suffisamment de points communs pour être ensemble", dit-il. Premier test pour le nouveau président mais aussi première opportunité de se démarquer de son prédécesseur. Les architectes de PACA refusaient en effet la 'charte de bonne conduite' élaborée par l'UNSFA dans le cadre des PPP ? (Cette charte empoisonnait également les relations entre l'UNSFA et leurs partenaires au CNOA et au Syndicat de l'Architecture. Lire à ce sujet notre article 'PPP : les archis se font tailler un portrait de l'avenir dans un cadre «moins pire»'). Pour Michel Roulleau, qui n'en semble guère attristé, la charte est nulle et non avenue puisqu'elle n'a pas été signée par le Conseil national de l'UNSFA. CQFD.

De même son histoire personnelle - il fut à l'initiative (pas seul) de la création du Syndicat de l'Architecture à Nantes en 1982 et également un élu de l'Ordre - fait qu'il sera à même de parfaitement comprendre la culture des uns et des autres afin d'élaborer son programme dans le cadre plus vaste d'une "défense de l'architecture et, par voie de conséquence, de la place des architectes" dont il estime que l'UNSFA n'est pas seul dépositaire. François Pélegrin avait noué des liens entre les différentes organisations professionnelles représentatives, Michel Roulleau devrait donc les solidifier et les fluidifier. Voire regarder au-delà : "c'est à l'échelle européenne qu'il faut réfléchir à l'évolution du métier", dit-il.

En réalité, si d'aucun cherche un programme, c'est dans les combats qu'il s'apprête à mener qu'il faut le chercher. Le premier a trait à la réforme de l'enseignement et la fameuse licence d'exercice. Histoire ancienne puisque les textes sont passés ? Ce n'est pas l'avis de Michel Roulleau. "Ce ne sont que des décrets, ce sera difficile mais on doit engager cette bataille, on peut revenir et faire évoluer les choses", assure-t-il. "Je ne veux pas que les jeunes pâtissent de l'attitude du gouvernement. Je suis persuadé que ce que nous avions proposé, avec le CNOA et SA, a été retraduit et dénoncé. J'expliquerai ce que nous offrons et j'exposerai les responsabilités de ceux qui ont choisi de faire ce qu'ils ont fait". Suffisamment sibyllin pour ne déjà froisser quiconque, suffisamment clair pour que quiconque sache à quoi s'attendre. Michel Roulleau est-il capable d'être Byzantin (sachant que François Pélegrin l'était peut-être trop) ? Il rit. "Je vais essayer. De toutes façons, quand je vois la façon dont est perçu l'architecte, je sais déjà que je vais être déçu", dit-il.

Autre combat à l'horizon proche, "faire en sorte que les confrères comprennent que la véritable dimension d'une entreprise d'architecture est d'intégrer des compétences qui ont été abandonnées". Il s'émeut en effet des habitudes (voire d'une culture naissante) en cours qui concourent au "saucissonnage" des projets. "En divisant, l'architecte perd de la qualité et de la cohérence. Il doit pouvoir rassembler autour de lui, et non déléguer, les compétences nécessaires". C'est l'un des moyens, selon lui, qui permettra aux jeunes entreprises d'architecture qui font de la qualité d'émerger. Dans les deux cas la priorité de son action concerne les jeunes (étudiants ou professionnels) ; de quoi donner des indications sur ses intentions.

Militant et curieux (en l'occurrence les deux termes ne sont pas antinomiques), Michel Roulleau était jusqu'à son élection un observateur de la société plus fin qu'il n'aime à le laisser paraître. Voilà un homme qui par exemple peut se targuer d'amitiés anciennes avec les mouvements blacks américains - il adore Chicago - et capable d'analyses sans concessions sur ce que fut le communisme dans les ex-pays de l'Est. Il en reste un profond humanisme - le congrès de Nantes était placé sous le signe de l'architecture citoyenne - qui ne sera pas de trop pour son nouveau mandat. Cela sera-t-il suffisant tant Byzance est un terrain miné ?

Christophe Leray

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