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Métropolisation des territoires : architecte, y es-tu ?

© Cyberarchi 2020

'L'architecture et les métropoles : une architecture responsable pour mieux vivre dans les territoires' : tel était l'intitulé du colloque organisé à l'initiative du CNOA ce mardi 26 janvier au Sénat. Du rôle de l'architecte et du politique. Compte-rendu des tables rondes.

 
 
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Située au sous-sol du 26 rue de Vaugirard, la salle Monnerville du Sénat était pratiquement comble à l'occasion des deux tables rondes organisées par le Conseil National de l'Ordre des Architectes dans le cadre du projet de loi pour la réforme des collectivités territoriales examiné au même moment à quelques mètres de là, au sein du Palais du Luxembourg*.

Objet de la première table ronde : 'Diagnostic du phénomène de métropolisation à l'heure de la réforme des collectivités territoriales'. Un consensus a émergé dès les premières interventions : la Métropole n'est pas (qu')affaire (s) de grande taille et le seuil de référence, 450.000 habitants, n'est sûrement pas condition sine qua non pour conférer l'appellation. Suite à ces considérations relatives à l'échelle métropolitaine, étaient abordés des sujets incontournables tels la gouvernance - Alain Lecomte, président de la troisième section 'aménagement durable des territoires' du Conseil Général de l'environnement et du développement durable, a notamment souligné qu'"il n'y a Métropole que quand il y a gouvernance" - les transports, la lutte contre l'étalement urbain, les outils de planification.

Vincent Feltesse, président de la Communauté Urbaine de Bordeaux, soulignera d'ailleurs, au cours de la deuxième discussion : "Qu'appelle-t-on Métropole ? Il faut savoir que la définition de la Commission des lois n'est plus du tout celle de Balladur".

S'il était question de la première, il faudra donc attendre la fin des discussions au Sénat pour en découvrir la dernière mouture en date.

Une arme contre l'étalement urbain

Jusqu'alors, retenons les acceptions proposées par les intervenants de la deuxième table ronde, selon lesquels la Métropole est à la fois un outil de densification du territoire et de lutte contre l'étalement urbain. Michel Thiollière, sénateur de la Loire : "La métropole peut être un outil de présence plus forte des services de l'Etat sur les territoires péri-urbains où il n'y pas grand monde". A ce titre, Cloud de Grandpré, conseiller national de l'Ordre des architectes et président du Comité de pilotage 'l'architecture et les métropoles', a parlé de "vide juridique". Selon Alain Lecomte, "l'intérêt de la Métropole est qu'elle intègre la périphérie rurale où il y a du travail à mener". Patrice Genet, conseiller national de l'Ordre des architectes et président de la commission développement durable, a parlé d'opération de "haute couture" du territoire par la mise en application de ces nouveaux outils de planification que sont les plans de recomposition territoriale.

Contre toute attente, la pertinence de cette nouvelle strate administrative n'a pas été réellement questionnée par les participants de la première table ronde. Seule Cristina Conrad, Architecte Conseil de l'Etat, a interrogé l'utilité d'une "couche supplémentaire" lors du deuxième tour de discussions. "Il faut d'abord un projet avant de créer la structure et non l'inverse", a-t-elle dit.

Aussi, il a été peu question du Grand Paris. "Réfléchir à la Métropole, ce n'est pas se limiter au Grand Paris mais plutôt partir de cette expérience", a souligné Lionel Dunet, président de l'Ordre des architectes, en ouverture du colloque. Certes. Cette impulsion première a néanmoins été oubliée sitôt citée. Hormis l'intervention de Cristina Conrad à propos du "périmètre dangereux" du projet, exit donc le Grand Paris.

Autre grand absent des discussions, rappelé in extremis par Patrice Genet lors de sa conclusion : le réchauffement climatique et les flux migratoires qui en résultent, lesquels ne manqueront pas "de conditionner l'avenir des métropoles".

En conclusion de la première table-ronde, Gérard Collomb, Sénateur-maire de Lyon et Président de l'Association des Communautés Urbaines de France (ACUF), a souligné : "On ne se décrète pas Métropole, on le constate. Ensuite, il s'agit d'organiser ou pas". Une définition qui rejoint celle proposée par des architectes telle Cristina Conrad, selon laquelle la métropole est un "état de fait". Le phénomène de métropolisation est inéluctable. Quid du rôle des architectes ? La question était abordée au cours de la deuxième table ronde de la matinée qui réunissait des élus connaisseurs de la chose architecturale ; 'La ville franchisée' de David Mangin et 'Alerte' de Nicolas Michelin** ont fait partie des références citées.

L'architecte, discret chef d'orchestre

Ceci expliquant cela ? Les participants de la deuxième partie du colloque ont répondu avec plus de précision à la problématique proposée. Florilège : Michel Thiollière, citant la Cité du design à Saint-Etienne, a souligné que "l'architecte apporte une valeur ajoutée à un territoire en matière d'identité urbaine, culturelle" ; Philippe Saurel, adjoint au maire de Montpellier délégué au projet urbain, à l'urbanisme et à l'aménagement durable, a précisé les prémisses à l'intervention de l'architecte : "Il ne peut y avoir d'intervention architecturale sans maîtrise foncière", laquelle incombe, selon lui, au politique, qui "n'a pas toujours le courage" nécessaire ; Cristina Conrad a par ailleurs noté que les architectes ont un rôle a jouer en matière d'"interface" avec les citoyens.

Le président de la Communauté urbaine de Bordeaux a quant à lui noté "la vision globale" de l'architecte dont peut bénéficier l'élu. Selon Vincent Feltesse, l'architecte participe à la construction de villes "désirables", un terme qui rappelle le thème de "ville sensuelle" développé par l'architecte Jacques Ferrier. Bref, les uns et les autres, du sérail ou au Sénat, semblent voir en l'architecte le garant d'une certaine qualité de ville et le confectionneur d'identités urbaines. "A Montpellier, architecture est le maître mot de l'action urbaine, c'est ce qui donne son identité à la ville", a conclu à cet égard Philippe Saurel.

Ce beau rôle attribué à l'architecte et à l'architecture dans le cadre du processus de métropolisation des territoires ne va pourtant pas de soi. Vincent Feltesse a notamment souligné qu'il n'y a pas eu de "diffusion naturelle" de la dynamique architecturale engendrée à l'échelle de Bordeaux aux 27 communes composant l'agglomération.

Rôle de l'architecte et importance de l'architecture dans la lutte contre l'étalement urbain et le développement des métropoles restent donc non seulement à préciser (ce que prétend faire le récent 'Manifeste pour une architecture responsable dans les métropoles et les tertiaires' de l'Ordre des architectes) mais aussi, semble-t-il, à légitimer. A "la France d'à côté" citée par Michel Thiollière à propos des territoires péri-urbains laissés pour compte dans le processus de métropolisation, fait écho l'architecte d'aparté. D'autant plus semble-t-il depuis la disparition de l'architecture en tant que direction du Ministère de la culture et de la communication, devenue depuis le 13 janvier simple service sous la coupe de la Direction générale des patrimoines (lire à ce sujet notre article '2010 : La Direction de l'Architecture disparaît').

Emmanuelle Borne

* Commencée le 19 janvier 2010, la lecture de ce projet de loi se poursuit jusqu'au 28 janvier 2010.
**La ville franchisée : Formes et structures de la ville contemporaine de David Mangin ; Et si on pensait un peu plus à elle ? Alerte de Nicolas Michelin.

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