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Mégasuture, ou la haute couture en version béton armé à Arles (13)

© Cyberarchi 2019

Une suture est une couture consistant à rapprocher et lier des tissus. Une mégastructure est un grand édifice pouvant abriter plusieurs fonctions normalement dévolues à des bâtiments séparés. La mégasuture de Billy Guidoni, diplômé d'Etat (PFE) à l'école d'Architecture de Marseille, est une proposition culottée autant que gigantesque pour résoudre les problèmes urbains d'Arles (13).

 
 
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Données

Le centre ville d'Arles possède une richesse patrimoniale qui en fait un lieu touristique important et l'identité intégrale de la ville. Pourtant, ce centre ne représente en réalité qu'une petite partie d'Arles.

Arles n'échappe pas aujourd'hui aux problèmes propres à de nombreuses agglomérations : mitage du territoire, quartiers pavillonnaires et grands ensembles isolés et excentrés, zones industrielles et commerciales rampantes en périphérie, limites physiques, quartiers victimes chroniques des inondations, sont les maux actuels d'Arles.

On peut constater que les équipements commerciaux et industriels occupent une proportion importante de l'ensemble des équipements de la ville et donnent à des quartiers entiers des aspects sinistrés. Les autres équipements, hormis les équipements scolaires, sont localisés à proximité du centre-ville, délaissant par là même les quartiers du péricentre urbain, qui souffrent de sous-équipement.

De plus, la ville dans sa configuration actuelle présente des limites franches en son sein.
- Même si Fourques et Arles semblent appartenir à une même unité, liées par Trinquetaille, en réalité, administrativement, tout les sépare.
- Les digues ne sont aménagées que ponctuellement, au niveau du centre ville.
- Le réseau de chemin de fer issu de la révolution industrielle agit comme une limite physique réelle.
- Le Rhône a longtemps constitué un obstacle infranchissable pour les Arlésiens ; aujourd'hui, seuls deux ponts au sud du centre ville permettent de le franchir.

Axes de projet

1 - La première étape de projet est donc de recréer un troisième pont au Nord (un pont ferroviaire bombardé lors de la seconde guerre mondiale), afin d'offrir au centre-ville un franchissement du Rhône sur toute sa longueur. Un boulevard aménagé s'appuyant sur les tracés existants et empruntant une portion de l'autoroute (transformé en avenue) vient réunifier le centre-ville, tout en en rendant son unité lisible.

2 - Les berges du Rhône peuvent être réaménagées afin de protéger les quartiers au Nord du centre-ville, très exposés.

La reconquête du front du fleuve par ces espaces linéaires est traitée de manière paysagère. Les digues permettent à la population d'Arles de se promener sur les berges du Rhône aménagées, et laissent découvrir l'Ile des sables. Dans l'intérêt d'Arles et de Fourques, un regroupement intercommunal entre les communes permet cette entreprise.

3 - Pour que les quartiers du Nord puissent rejoindre les berges du Rhône, les voies de chemin de fer seront surélevées. L'élément barrière est modifié pour permettre la transversalité des tracés existants jusqu'au Rhône.

La ville trouve par là un potentiel d'accroissement au sein d'elle-même, pouvant passer sous le viaduc créé. Les piles du viaduc, d'orientation et de gabarits différents, viennent marquer les hiérarchies entre les voies et initier les alignements bâtis à venir s'aligner à leur suite.

4 - C'est là que se situe le potentiel de projet ; sous le viaduc, en front de Rhône, viennent se suspendre des équipements et les logements, prolongeant la ville et évoluant selon sa densification : une mégastructure évolutive apparaît.

Au Nord des quartiers d'habitation, prolongeant la contournante à l'est de la ville, un nouveau pont est créé : il vient boucler un système de desserte circulaire autour d'Arles, comprenant Fourques et Trinquetaille, ainsi que la partie de l'Ile des sables en relation avec la ville. La ville est suturée.

Le boulevard constitue en même temps une limite pour la densification à long terme d'Arles. Au sein de ce boulevard, son expansion est contrôlée, et permet de recentrer l'urbanité arlésienne.

La mégastructure se lit comme rayon de la ville, du centre-ville au boulevard extérieur.

Le projet se défini entre deux lignes horizontales fortes : les digues du Rhône en bas, et le tablier du viaduc en haut.

Le passage des infrastructures à la mégastructure se fait par la suspension des éléments de programme (équipements culturels, sportifs, ludiques, sanitaires, commerciaux, et logements) au système structurel existant.

Son visage est donc évolutif : les équipements qui répondent aux besoins de la ville sont traités comme des événements, des émergences qui servent de points de repère et découpent en négatif un nouveau 'skyline' de la ville sur le front de Rhône. Les systèmes de protections aux intempéries, amovibles et articulés, redéfinissent constamment l'aspect de la mégastructure.

Située à l'emplacement des anciens moulins, et donc très exposée aux vents, la structure utilise sa géométrie pour capter la force de portance de l'énergie éolienne, et se transformer en générateur géant.

L'ensemble répond par son gabarit aux grandes échelles qui l'entourent, et interroge la ville, le Rhône, et le territoire.

La mégastructure se développe comme un élément horizontal ; cette morphologie est à l'encontre de celle de la tour (verticale, symbole de hiérarchie), et place ses utilisateurs au même niveau - une cohabitation horizontale en somme.

Le premier à avoir théorisé clairement sur la mégastructure est Reyner Banham. La définition qu'il en donne est : "de grande taille, la Mégastructure était construite d'unités modulaires ; elles étaient capables d'extensions grandes, voir illimitées ; un réseau structurel à l'intérieur duquel de plus petites unités structurelles (par exemple des pièces, des maisons, ou de petits bâtiments, entre autres) peuvent être construites - ou même 'pluggées' ou 'clippées' après avoir été préfabriquées ailleurs ; une trame structurelle prévue pour atteindre une durée de vie bien plus longue que les petits éléments qu'elle peut supporter". (in Banham, Reyner. Mega structure : urban futures of the recent past, Thames and Hudson (1976)).

Resté au rang d'utopie dans les années 60 et même avant, la mégastructure possédait tout de même un vocabulaire architectural très spécifique, dont la définition de Banham est un excellent résumé. Lorsqu'elle voulait s'y confronter, la mégastructure choisissait quasiment toujours un site à son échelle, souvent en front de mer ou de fleuve. En ces sens, le projet projeté répond réellement aux critères canoniques de la mégastructure.

L'ensemble n'est pas considéré comme un bâtiment fermé mais bien comme un prolongement de la ville. Les accès, qui se font par les piles du viaduc, sont donc intégralement publics. Les coursives, qui font alors office de rues (croisement entre les concepts Smithsoniens et Corbuséens), profitent des redents et des ouvertures libérées par les équipements et les logements pour offrir des percées et des accidents, lieux potentiels d'événements et de petits équipements.

C'est dans ces interstices que se développe la vie de la structure, comme dans la ville - avec ses places, ses squares, ses cafés, ses bancs publics et son facteur faisant sa tournée en vélo.

La mégastructure comprend en son sein un pont à chacune de ses extrémités, une clinique de jour, une crèche, un bowling, un théâtre, un jardin suspendu, une école de créations graphiques et de stylisme, une piscine, une bibliothèque, un cinéma, des logements étudiants, une gare, et des halles de commerce qui assurent la transition avec la ville.

Les logements répondent aux besoins évolutifs de la population arlésienne. Ils reprennent le thème de la mégastructure à leur échelle : les appartements sont constitués de meubles-fonctions préfabriqués qui viennent se poser sur les planchers suspendus libres et regroupent les équipements électroménagers et sanitaires, ainsi que l'ensemble des réseaux. Suspendus entre ciel et terre, ces appartements peuvent protéger leurs habitants des intempéries violentes, devenant alors des véritables cocons. Mais leurs protections peuvent aussi disparaître complètement, et laisser soleil, vent et humains cohabiter - s'ils le souhaitent.

Une mégasuture est un grand édifice pouvant abriter plusieurs fonctions normalement dévolues à des bâtiments séparés, agissant sur la ville comme une couture consistant à rapprocher et lier des tissus.

Consulter également notre album-photo 'Megasuture, potentiel d'accroissement de la ville au sein d'elle-même'

MÉGASUTURE, PFE Billy GUIDONI 05/07/2007
Directeur d'études : Jacques Sbriglio
JURY : Sbriglio (architecte enseignant), Chancel (architecte enseignant), Delafoye (ingénieur structure enseignant), Duverger (architecte enseignant - patrimoine), Guedj (architecte enseignant invité), Poitevin (architecte invité)

Mégasuture, ou la haute couture en version béton armé à Arles (13)
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