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Marc Barani, au-delà de l'architecture

© Cyberarchi 2019

L'architecture qu'affectionne Marc Barani est celle qui va au-delà d'elle-même, celle qui ne se contente pas de dégager une forme et une esthétique mais qui place les hommes au centre de son projet, et les relie entre eux et à leur environnement.

 
 
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Une formation éclectique

Né en 1957 à Menton, Marc Barani commence à la fin des années 1970 ses études à l'Ecole Nationale d'Architecture de Marseille (ENSA). Très vite, il ressent la nécessité de mieux comprendre cette discipline protéiforme qui fait appel aussi bien à des connaissances scientifiques (mathématique et géométrie) qu'humanistes (sociologie, histoire, philosophie...). Il fait alors le choix de suivre un cursus parallèle en anthropologie qui le mènera très loin de la Méditerranée.

En 1982, un an avant l'obtention de son diplôme, le jeune homme de 25 ans part avec une équipe du CNRS au Népal étudier la ville de Kirtipur. Une expérience dont, bien sûr, il revient changé. L'architecture désormais n'a plus le même sens pour lui. Elle n'est plus seulement un jeu de formes visant à une esthétique, elle est d'abord un art de vivre, la mise en forme d'une relation au monde, replaçant en cela l'homme et ses contradictions au centre de sa vision. Il fait sienne la définition hindouiste de l'architecture comme « la science des correspondances subtiles ».

Pour approfondir cette idée forte de l'architecture comme mise en relation (des hommes entre eux, des hommes avec leur environnement, et des environnements entre eux), Marc Barani entame des études de scénographie à la Villa Arson (école nationale supérieure d'art, située à Nice). Une étape décisive puisqu'il y rencontre Birgitte Fryland, étudiante elle aussi, qui deviendra son épouse et son associée lors de la création de leur agence d'architecture, l'atelier Barani, en 1989, à Nice.

Trouver le « centre de gravité » du projet

Le premier projet sur lequel se lance Marc Barani avec sa toute jeune agence est l'extension du cimetière Saint-Pancrace, à Roquebrune-Cap-Martin, tout près de son Menton natal. Pour démarrer la vie de son agence, il s'agit là, en un sens, d'un projet étonnant, mais qui passionne Marc Barani. Celui-ci s'interroge alors sur la façon de mettre en scène et en forme l'innommable, la mort elle-même, devenue si taboue dans nos sociétés contemporaines, à travers l'ordonnancement de monuments qui parlent de la vie passée. Une réflexion qu'il mènera en collaboration avec un philosophe, Jean-Marc Ghitti, et qu'il poursuit encore, vingt ans plus tard, après avoir étudié le crématorium de Pamiers et construit le cimetière de Sophia-Antipolis, et surtout en travaillant aujourd'hui sur la tombe qui va être construite à Beyrouth en la mémoire de Rafic Hariri, l'ancien premier ministre du Liban.

N'allez pas croire pour autant que l'atelier Barani s'est fait une spécialité des constructions funéraires. En 2008, Marc Barani a reçu le prix de l'équerre d'argent pour la réalisation du pôle multimodal du tramway de Nice, avec un projet incarnant au mieux sa définition de l'architecture comme « lien entre les vivants ». Obéissant à ce but premier, un bâtiment, selon Marc Barani doit faire corps avec son environnement et laisser toute la place à sa fonctionnalité ; capter des forces avant de s'occuper de formes pour trouver le « centre de gravité » du projet. De cet effacement volontaire une esthétique se dégage, au service de la vie du bâtiment, et non l'inverse. Le pôle multimodal, qui s'est heurté à de nombreuses difficultés, notamment techniques en raison de la difficulté à trouver un site permettant de l'accueillir matériellement, répond parfaitement à cette exigence. En effet, il s'enroule autour des infrastructures déjà présentes en reliant par paliers successifs ville et colline. En ayant permis de redynamiser un quartier isolé, notamment grâce à l'implantation de commerces, elle est l'exemple même d'une architecture qui dépasse sa finalité première pour aller au-delà d'elle-même.

Relier les hommes

Relier les hommes, c'est la fonction exacte des ponts. Il était donc naturel que Marc Barani s'attelle à en construire. Son atelier en a déjà conçu trois. Le premier en 2001, la passerelle du Millénaire, pour la ville de Contes dans les Alpes Maritimes, a été réfléchi en collaboration avec le sculpteur Bernard Pagès. Toujours cette obsession du lien et de la transversalité. En 2009, c'est le pont Renault, reliant l'île Seguin à la rive de Billancourt, long de 205 m, qui est inauguré. Un chantier de 12,5 millions d'euros. Et depuis juin 2011, le pont Eric Tabarly relie l'Ile de Nantes au centre-ville. Une réalisation dont le coût est chiffré à 30 millions d'euros et qui a incité Marc Barani à ouvrir de nouveaux locaux, à Paris. C'est que l'atelier Barani, qui avait la plupart de ses clients dans le sud-est, sur les bords de la Méditerranée, a vu en raison de son succès son champ d'intervention s'accroître.

Parmi les multiples projets de l'agence qui compte désormais une vingtaine de collaborateurs, on trouve un centre de congrès à Nancy, la Fondation Culturel Rafic Hariri à Beyrouth (en plus du mémorial), Agora 2012 à Bordeaux (un commissariat général), un parking aérien de 450 places à Lille, un autre de 3000 places à l'aéroport de Nice, des logements sociaux à Nice, un pôle d'échange à Marseille et un Auditorium de 400 places sur le site de l'Institut de France à Paris.

« Où que je sois, a pu dire Marc Barani, je cherche un horizon même s'il n'y a pas la mer. L'horizon est à la fois un socle et le lieu de l'indéterminé ». Pas sûr qu'il puisse voir l'horizon du développement de son atelier au vu de ses succès. De quoi se rappeler avec émotion la restauration qu'il a faite pour 38 000 euros en 1994 du cabanon de moins de 13 m², sans chauffage ni climatisation, que Le Corbusier s'était fait construire et qu'il appelait « son palais » alors qu'il était, comme se plait à le rappeler Marc Barani, « au sommet de sa gloire ».

Marie-Clarté Mougeot

(Copyright Atelier Marc Barani Architectes)

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