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Manuelle Gautrand : la Gaîté lyrique doit redevenir un lieu vivant

© Cyberarchi 2020

L'équipe de l'architecte Manuelle Gautrand s'est vue attribuée en décembre 2003 par la Ville de Paris la maîtrise d'oeuvre pour le réaménagement du théâtre de la Gaîté Lyrique. Elle détaille les différentes phases de gestation, ainsi que les principales caractéristiques de son projet, pour une ouverture au public en 2006.

 
 
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Après treize ans de fermeture, un nouveau chapitre de l'histoire de la Gaîté Lyrique de Paris est en train de s'écrire. Pour le vieux théâtre, il s'agit même d'une résurrection, puisque le bâtiment va changer de vocation... pour la troisième fois de son existence agitée. Lorsque les deux architectes, Alphonse Cusin et Jacques-Ignace Hittorf, ont entrepris entre 1861 et 1862 la construction de l'édifice, rien ne laissait présager l'instabilité qui allait caractériser le théâtre. Au début, les lieux étaient consacrés à l'opérette et au ballet. Le théâtre a même connu son heure de gloire sous la direction de Jacques Offenbach de 1873 à 1876, mais aussi avec les comédies de Francis Lopez au sortir de la Seconde guerre mondiale.

Ce n'est qu'après que les choses ont commencé à se gâter. Fermée en 1963, la 'Gaîté' rouvre ses portes en tant... qu'école de cirque. Puis est venue la descente aux enfers entre 1985 et 1989. Le théâtre est transformé en parc d'attraction qui ne reste ouvert que treize jours... C'est donc un théâtre fermé depuis 13 ans que la mairie de Paris a décidé de rouvrir au public en tant que centre dédié aux musiques actuelles et aux arts numériques. A l'architecte Manuelle Gautrand et son équipe, en charge de la maîtrise d'oeuvre depuis décembre 2003, de réaliser ce retour à la vie culturelle.

CyberArchi : Quelles sont les conditions de votre intervention dans ce projet de rénovation du théâtre de la Gaîté Lyrique?

Manuelle Gautrand : La ville de Paris a pour objectif de faire revivre ce bâtiment riche en histoire en créant un centre culturel dédié aux musiques actuelles et aux arts interactifs. Les lieux doivent permettre d'accueillir toutes les musiques actuelles, plus particulièrement les musiques électroniques mais aussi le rock, le hip-hop, etc. Ce projet arrive à point nommé car la capitale accuse un retard dans ce domaine par rapport aux autres grandes villes européennes et mondiales. Les autorités municipales veulent donc rattraper cette lacune le plus rapidement possible.

Pour cela, la municipalité a organisé en 2003 un marché de définition pour évaluer la faisabilité du projet à partir de la Gaîté Lyrique, sachant que cette étude devait se positionner dans le programme artistique et culturel de la ville, ainsi que son programme architectural. Paris a donc présenté aux différents candidats à la consultation une sorte de 'pré-programme', sur lequel nous devions baser nos travaux.

Le document a cerné un certain nombre d'espaces importants à prendre en compte : une salle de spectacle, un théâtre des médias, une salle de conférence, une surface consacrée aux expositions, une médiathèque, un pôle de création pour les artistes et bien sûr les espaces d'accueil du public. A partir de ces demandes, nous avons pu élaborer notre propre projet.

Le projet de la ville de Paris comporte-il des difficultés particulières?

Les contraintes sont quand même énormes car nous sommes dans le cadre d'une réhabilitation et non dans le cadre d'une construction neuve. De plus, il faut intégrer l'histoire mouvementée du bâtiment. Il s'agit d'un ancien et beau théâtre à l'Italienne du XIXe siècle, démoli de l'intérieur dans les années 80 pour faire un parc d'attraction appelé 'la Planète Magique', qui n'a pas du tout fonctionné. Nous héritons aujourd'hui d'un bâtiment qui a perdu une grande partie de son aspect.

A partir de ce constat, il faut à nouveau tout revoir tout en conservant certains aspects de l'existant. Ainsi, le hall et le vestibule de la Gaîté, les derniers éléments d'origine, constituent une toute petite partie de l'ensemble - 400 m² sur les 10.000 au total -. Nous allons les réhabiliter avec la collaboration d'un architecte du patrimoine. N'oublions pas que le théâtre de la Gaîté Lyrique est inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques et nous souhaitons retrouver l'inspiration des deux concepteurs de la Gaîté Lyrique, Alphonse Cusin et Jacques-Ignace Hittorf. Leur travail était très intéressant; nous leur devons également la gare Saint-Lazare.

Nous allons aussi conserver quelques éléments du parc d'attraction... par obligation, comme une partie des planchers et des murs. Nous souhaiterions également maintenir quelques traces du décor pour garder une partie de l'histoire du bâtiment. Nous ne voulons pas tout raser. Notre travail ne doit constituer qu'une couche supplémentaire à cette histoire déjà bien chargée.

Quelles sont les principales caractéristiques de votre projet?

Le constat aujourd'hui est que la destination des lieux et le programme prévu sont plus importants que la capacité et le volume du futur centre. Nous ne savons pas de quoi seront faites les pratiques artistiques de demain. Nous avons donc intégré le fait que ces espaces de respiration prédéterminés puissent évoluer en fonction des besoins à venir. Ainsi, à l'intérieur de ces espaces d'exposition, les fonctions sont flexibles, mobiles et ne sont pas forcément cloisonnées de manière permanente.

Par exemple, la médiathèque peut être séparée de l'espace d'exposition situé juste à côté ou, au contraire, les deux peuvent s'amalgamer, de même qu'ils peuvent s'ouvrir aux différents cafés qui seront installés sur place. Supposons par ailleurs qu'une exposition ait besoin de 1.000 m² de surface au lieu des 500 qui lui sont alloués, il sera possible de la laisser se développer sur les autres lieux, voire sur un niveau inférieur ou supérieur. Rien n'est figé. Cette malléabilité des espaces doit convenir à l'évolution artistique mais elle peut également être saisonnière.

Les trois salles que vous avez évoquées plus haut vont-elles connaître cette même malléabilité que vos espaces de respiration ou au contraire vont-elles rester figées?

Elles possèderont également un certain degré de flexibilité. La grande salle ne sera pas orientée, c'est-à-dire qu'il n'y aura pas de rapport prédéterminé avec la scène. Cette dernière elle-même ne sera pas disposée de manière fixe. En fonction des spectacles qui auront lieu à l'intérieur, les spectateurs ou les musiciens auront la possibilité d'être soit assis, soit debouts. Pour l'instant la capacité exacte de la salle n'a pas encore été totalement définie mais elle devrait être établie dans les prochaines semaines.

Même situation pour le théâtre des médias. Il n'y a que peu de choses à dire le concernant car, en fait, il reprend les caractéristiques de la salle de spectacle à une échelle plus petite.

Nous n'avons pas, par contre, adopté cette vision pour la salle de conférence. Il s'agit d'un espace plus figé dans ses usages, avec des gradins et une petite scène qui est facilement appropriable. Bref, deux salles sur trois peuvent également connaître une certaine mobilité, accueillir toutes formes de spectacle d'arts numériques ou de musique actuelle, voire même servir de lieux d'exposition. La seule différence avec les espaces de respiration est que leurs contours restent définitifs.

Toujours sur cet aspect de flexibilité, existe-il d'autres options dans votre projet qui s'inscrivent dans cette démarche?

Pour compléter ces idées de permissivité des espaces de respiration, nous avons imaginé de petits modules, que nous appelons des 'éclaireuses', de sept à huit mètres carrés qui peuvent se promener dans le bâtiment. Là encore, leur destination peut varier en fonction des besoins.

Par exemple, elles peuvent servir de vestiaires, d'espaces abritant une installation, de bureaux, de lieux de réunion, d'espaces de repos pour les artistes (loges par exemple), etc. Leur habillage et leur assemblage varieront en fonction de leur usage du moment. Elles permettent aussi bien de s'isoler du reste du centre ou, au contraire, de s'ouvrir sur l'extérieur.

Cette apparente forme de liberté et d'évolution des espaces nécessite un travail important sur la circulation du public à l'intérieur du bâtiment. Avez vous étudié cet aspect, pour que les visiteurs ne se sentent pas perdus ?

Effectivement nous sommes actuellement en train de travailler en détail cette option, sur la gestion des flux du public, tout en veillant aux questions de sécurité ou de billetterie. Nous devons nous assurer qu'à l'ouverture une personne sans billet ne puisse entrer dans un espace payant. Toutefois, cette situation se gère. L'essentiel du projet consiste en son appropriation par les artistes, d'où cette vision de flexibilité qui ne préfigure pas de fonction à long terme. Aujourd'hui, nous pouvons imaginer la réduction ou l'agrandissement de la médiathèque par exemple. Il est important d'assurer une durée de vie énorme, sans compter qu'un tel aménagement n'a pas d'équivalent en France et assez peu en Europe.

Pourtant des exemples existent. Vous en êtes-vous inspiré ?

La maîtrise d'ouvrage, c'est à dire la ville de Paris, veut un centre dédié aux musiques actuelles et aux arts interactifs en s'inspirant de certains modèles tels que le ZKM de Karlsruhe en Allemagne, le centre ars electronica de Linz en Autriche ou le centre pour l'image contemporaine de Genève en Suisse. Nous nous en sommes bien sûr inspirés pour ce qui est de leur programmation et de leurs usages, moins pour ce qui est de leur architecture : on ne peut pas appliquer les recettes d'un bâtiment existant à un autre.

Nous avons profité des caractéristiques de la Gaîté Lyrique pour construire notre propre projet. L'objectif de la consultation par un marché de définition était justement d'établir un vrai travail où nous devions prendre conscience par nous-mêmes des techniques à employer. La mairie de Paris nous a confié en quelque sorte une maîtrise d'oeuvre élargie. De mon point de vue, c'est un avantage car nous devions avoir une démarche transversale pour obtenir un projet cohérent.

Aujourd'hui vous êtes le maître d'oeuvre du futur centre dédié aux musiques actuelles et aux arts numériques. Il s'agit toutefois d'un travail d'équipe. Qui sont vos partenaires dans ce projet et quelles sont leurs attributions ?

L'équipe lauréate de la consultation, dont je suis l'architecte mandataire, est composée d'une dizaine de partenaires. Parmi les principaux intervenants, on peut citer le scénographe Jean-Paul Schabert, l'acousticien Alain Tisseyre pour l'acoustique, élément très important dans ce projet, Roger Labeyrie, qui prend en charge toute la partie multimédia du futur centre, le bureau OTH, pour la structure et les lots techniques du bâtiment, le programmiste Pro-Développement, qui nous ont aidés à la programmation, des consultants en musique et arts numériques que sont Isabelle Chaigne et Mathieu Marguerin, plus d'autres parties prenantes pour l'aspect économique ou encore la sécurité. Sans parler de l'équipe interne à mon agence composée pour le moment de six architectes.

Quand la Gaîté Lyrique sera-elle de nouveau ouverte au public ?

Selon le calendrier prévu par la direction du Patrimoine et de l'Architecture de la ville de Paris, les études ont démarré le 15 février et les travaux commenceront début 2005. Le chantier doit être terminé fin août 2006 et l'ouverture au public intervenir en septembre 2006.

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