• Accueil
  •  > 
  • Lycée Kyoto : Le protocole de la SCAU
Rejoignez Cyberarchi : 

Lycée Kyoto : Le protocole de la SCAU

© Cyberarchi 2019

Au coeur d'une ZAC sans âme, le lycée Kyoto contraste par son élégance. Fruit d'une ambition politique régionale, le projet répond aux objectifs du protocole de Kyoto dont il hérite le nom. Réalisation manifeste, elle ne se résume toutefois pas à une démarche environnementale. Découverte.

 
 
A+
 
a-
 

Le paysage et ses saveurs

Le lycée Kyoto, situé dans le quartier Saint-Eloi, à Poitiers, regroupe deux établissements de la Région Poitou-Charentes, le lycée hôtelier de Poitiers et le lycée agricole de Grand-Pont de Chasseneuil. Il accueille 500 élèves et apprentis dans les métiers dits de bouche : hôtellerie, restauration, transformation agroalimentaire, commerces et services.

Le processus de transformation "de la terre à l'assiette" a été le fil conducteur de la réflexion pour faire la synthèse de ce programme auquel s'ajoutait l'objectif particulièrement exigeant et ambitieux de la Région Poitou-Charentes de réduire à zéro la consommation d'énergies fossiles.

L'architecture se devait d'en garder la mémoire en accompagnant et en soulignant la richesse de relations entre le paysage et le bâtiment et, par son ancrage dans le lieu, lui redonner toute sa signification. Créer du sens en architecture, c'est trouver des analogies, des correspondances, des liens entre les différentes dimensions du site et de l'usage, à la fois physiques, symboliques et humaines ; elles jouent sur divers registres : histoire, paysage, société, matières... Le terme 'paysage' recouvre des acceptions très larges allant de l'environnement à la représentation. Il est une combinatoire - géologie, hydrologie, végétal, agriculture, culture, sociologie - à laquelle s'ajoute la mémoire d'objets réels et imaginaires, de tonalités et de souvenirs qui constituent son histoire. C'est ainsi que l'architecture peut alors créer une poétique des lieux.

La volonté de rendre sensible et porteur de sens le tissage entre paysage, architecture et usage, la rencontre opportune d'une ville à construire sur la campagne avec un programme orienté sur le goût nous a conduit à penser la ville par le paysage : "La terre meuble apparaît et, avec elle, la fertilité et enfin les produits de la terre". La démarche environnementale du projet est venue tout naturellement s'inscrire dans la continuité de cette approche. "Quelque chose commença qui était déjà là" écrit Peter Handke.

Organisation spatiale

La proposition s'appuie sur la mise en valeur de la géographie du site en dégageant au sein de la parcelle une 'plaine' qui restera comme un témoignage de sa ruralité, ménageant des points de vue sur l'ondulation des horizons lointains qui perdureront dans le schéma de l'urbanisation future. Des transparences paysagères la relient aux futurs espaces paysagers du quartier.

La Plaine
La plaine fédère les lieux de vie du lycée qui s'alignent en lisière, d'un côté le bâtiment principal avec les espaces d'enseignement et administratifs, les ateliers, le restaurant d'application, de l'autre l'hébergement - internat et logements de fonction - dont l'intimité est protégée par des merlons plantés. Leur implantation, perpendiculaire à la pente de la liaison principale, est soulignée par un soubassement de pierre calcaire caractéristique de la région qui fait apparaître le relief et accentue l'ancrage au terrain. En partie basse de la plaine, un bassin de rétention ainsi que tout un système de noues, de drains, de fossés fleuris ou plantés d'herbacées, permettent la gestion sur site des eaux d'orage. Les eaux pluviales stockées dans une cuve sont réutilisées pour les sanitaires.

Le Parvis
Couvert par le surplomb du bâtiment, le parvis se situe en continuité de l'espace public et participe à une recherche d'urbanité. Il articule l'accueil avec les différentes entités et facilite la perception des pôles du lycée à travers l'atrium tout en transparence : la promenade des métiers vers les ateliers et le restaurant d'application et la plaine. Sa hauteur, limitée, incite à pénétrer dans l'atrium, coeur lumineux du lycée.

La Galerie
Côté plaine, la galerie assure la circulation et distribue les espaces. Elle fait fonction d'abri pour les utilisateurs lorsqu'ils rejoignent les divers secteurs du lycée. Elle se superpose à une galerie technique en vide sanitaire qui innerve l'ensemble et facilite une maintenance aisée.

Les ateliers d'enseignement professionnel
Chaque bâtiment abrite une fonction :

  • les ateliers d'enseignement professionnel sont clairement identifiés en bâtiments séparés pour une meilleure gestion autonome des flux, des nuisances et des énergies ;
  • les circulations sont différenciées, élèves et enseignants accédant aux ateliers par la galerie principale alors que le public y arrive par la 'promenade des métiers' qui longe le boulevard dans la continuité de l'espace urbain. En entre-deux des ateliers, des jardins thématiques aromatiques viennent rythmer le passage d'une spécialité à l'autre. Intégrés aux ateliers, avec un partage commun des ressources alimentaires, les espaces de la demi-pension s'ouvrent sur la plaine et les lointains et disposent d'une terrasse spacieuse.
Le bâtiment d'externat

L'internat
L'internat est situé en partie haute du terrain pour privilégier la proximité avec le bâtiment principal et avec le pôle sportif. Le haut de la plaine devient ainsi un lieu de vie animé tout au long de la journée. Des modules prévus pour environ quarante élèves s'agencent autour de circulations qui s'élargissent pour créer des espaces éclairés naturellement. L'agencement et les meubles des chambres des internes ont été dessinés en concertation avec les élèves.

Les logements de fonction
Les logements de fonction sont conçus sur le modèle de l'habitat individuel en bande. Ils bénéficient du calme et de l'intimité offerts par la respiration de la plaine en recul par rapport à l'établissement. Les jardins individuels et le rideau d'arbre, lisière de la plaine, constituent autant de filtres entre les maisons et le lycée. Les toitures végétalisées des bâtiments sur simple rez-de-chaussée renforcent ce traitement paysager.

Mutualisation d'équipements à l'échelle du quartier
Une salle omnisport, construite par la communauté urbaine, jouxte le terrain en contrebas. Selon les horaires, elle est partagée avec le lycée. Son parking, indispensable aux manifestations sportives, est également mutualisé évitant la création de places de parking supplémentaires sur le site.

Traitement paysager
Le traitement paysager s'inspire des grands traits des paysages poitevins. La plaine est traitée comme une prairie rustique d'herbacées et de graminées de sol calcaire. Sur la plaine, des massifs d'arbres ponctuent les cheminements et procurent des haltes ombragées sur les parcours à l'image des chênes isolés dans les plaines. En lisière sud-est de la plaine, un alignement brisé de merlons, d'arbres et de haies du type haies bocagères du pays de brandes - genêts, bruyères rustiques, etc. - constitue un filtre entre l'établissement et les hébergements.

Vocabulaire architectural, matériaux, couleurs

L'économie de moyens et une certaine sobriété du vocabulaire architectural ont été des guides forts de la conception. En réduisant le nombre de matériaux, de couleurs, de dispositifs d'éclairage par exemple, l'architecte a privilégié la qualité des ambiances et le sentiment de sérénité des lieux.

Le bardage de bois ajouré fait référence aux greniers et séchoirs à tabac avec leurs claies en châtaignier dont subsistent quelques vestiges dans la région, ainsi que les chapelles de type horticole de la verrière de l'atrium. La pierre sèche en calcaire blond caractéristique de la région, utilisée pour certains murs et soubassements s'apparente à la plastique des blocs de pierre dans les sites des carrières environnantes et du sous-sol.

Les couleurs jaune et rouge utilisées en intérieur se retrouvent dans les paysages hivernaux des plaines agricoles du seuil poitevin et dans les fresques de l'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe.

La continuité de matériaux et de couleurs confère son unité à l'ensemble et crée une façade urbaine qui égrène les différents volumes des bâtiments, le long des rues qui le bordent.

Zéro énergie fossile

La conception du projet du lycée Kyoto a été déterminée par l'objectif zéro énergie fossile. Compte tenu de la taille du projet, de sa conception, de l'ambition de ses objectifs, la sélection des matériaux et leur mise en oeuvre ont fait l'objet d'études réunissant toute une équipe de spécialistes en économie d'énergie et haute qualité environnementale. Indispensable, un travail de concertation a été mené avec les usagers afin de connaître, voire par la suite de modifier, les comportements.

L'équipe a cherché à optimiser les critères de pérennité des ouvrages, la réduction des coûts de maintenance, l'adéquation avec les normes et réglementations en vigueur, l'économie du projet en cohérence avec le savoir faire des entreprises locales. Elle a aussi réalisé un écobilan pour estimer notamment l'énergie dépensée à la fabrication et à l'acheminement sur le chantier. Pour atteindre l'objectif zéro énergie fossile sur un projet de cette envergure, il était impératif de limiter la consommation d'énergie en ayant recours à des solutions bioclimatiques, tout en assurant un confort optimal.

François Gillard (SCAU)

Lire également notre article 'SCAU : société patronyme' et consulter notre album-photos 'La société de conception d'architecture et d'urbanisme réinventée'.

Bilan énergétique

Les consommations de chauffage et eau chaude sanitaire sont réduites à 35kWh/m² par an.
Les consommations électriques sont réduites à 27kWh/m² par an.
Bilan = consommation - énergie renouvelable
Les consommations sont donc compensées par la production d'énergies renouvelables.
Pour arriver aux bilans suivants :
Bilan électrique : 2kWh/m²/an
Bilan chauffage : 7kWh/m²/an

Fiche technique

Lieu : Quartier Saint Eloi, Poitiers
Maître d'ouvrage : Région Poitou-Charentes
Assistance à la maîtrise : d'ouvrage SEP Société d'Equipement du Poitou
Maîtrise d'oeuvre : Architecte SCAU
Paysagiste : Anouk Debarre
Bureaux d'études : Technip TPS
HQE : Cedre
Surface : 18.000m² SHON / 3,5ha
Coût travaux fin de chantier : 32 millions € HT de travaux
Programme : regroupement de deux établissements autour des métiers de la restauration (capacité d'environ 500 élèves et apprentis), internat (54 chambres à 3 lits) et 7 logements de fonction
Livraison : septembre 2009

Lycée Kyoto : Le protocole de la SCAU
Lycée Kyoto : Le protocole de la SCAU
Lycée Kyoto : Le protocole de la SCAU
Lycée Kyoto : Le protocole de la SCAU
Lycée Kyoto : Le protocole de la SCAU
Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER