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Livre Blanc : «Aujourd'hui pour travailler, les architectes rampent»

Patrick Colombier, président du Syndicat de l'Architecture et l'un des rédacteurs du Livre Blanc des architectes qui sera officiellement présenté le 7 février prochain, revient sur les motivations et les objectifs de cet ouvrage. Il invite également à la mobilisation. Entretien.

 
 
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CyberArchi : Avec la publication du Livre Blanc en février 2004, un front commun entre les différentes organisations professionnelles est-il en train de se dessiner ?

Patrick Colombier : Les discussions entre les trois organisations représentatives (le Conseil national de l'Ordre des architectes, l'Union nationale des syndicats français d'architectures (UNSFA) et le Syndicat de l'Architecture) ont commencé lors de la réforme avortée de la Loi sur l'architecture en 2001. Malgré nos différents points de vues, nous avions dessiné quelques convergences sur l'avenir de la profession. Les discussions ont continué lors des journées de la maîtrise d'oeuvre au printemps dernier. Le pouvoir politique s'est alors aperçu qu'on pouvait constituer un «lobby» susceptible de casser la mise en place des Partenariats Publics/Privés (PPP). Finalement nous n'avons rien cassé du tout mais nous avons apporté notre contribution. De plus le combat se poursuit car, aujourd'hui, beaucoup d'élus de tous bords se posent des questions sur les réformes en cours.

A quel moment est venue l'idée de rédiger cet ouvrage ?

Nous avons eu l'idée en juin 2003 de préparer en octobre de la même année une manifestation. Nous nous sommes finalement aperçus que le délai d'organisation était trop court. Nous avons donc décidé de différer ces 'Etats généraux' et nous en avons profité pour coucher sur le papier tous les problèmes que rencontre notre profession, ce qui a donné le Livre Blanc des architectes. C'est un travail collectif, de plusieurs mois, qui a permis à nos trois organisations de trouver un terrain d'entente sur des sujets majeurs.

Le Livre Blanc des architectes va être édité à 30.000 exemplaires. Nous avons dans l'idée de le diffuser auprès des élus. Le souci a été de le rendre lisible à tous. Enfin, nous nous réunirons le 7 février à la Mutualité à Paris avant de défiler jusqu'au Ministère de la Culture.

Les concessions et compromis nécessaires entre trois organisations si différentes n'induisent-ils pas «un nivellement par le bas» ?

De même pour ce qui concerne notre position commune concernant le permis de construire que beaucoup d'architectes se contentent de signer sans se préoccuper du reste du projet. Il s'agit de trouver le moyen que l'architecte soit au coeur du projet, du début à la fin, garantissant ainsi aux maîtres d'ouvrages et aux usagers une qualité architecturale correspondant à notre mission telle que le précise la loi de 77. Nous pensons que le débat lancé à ce sujet ouvre des solutions possibles.

Le livre Blanc n'est pas un nivellement par le bas puisque nous avons essayé de mettre en cohérence l'enseignement initial, la pratique professionnelle et l'intérêt de la réalisation d'un projet.

Chaque mot a été pesé car nous souhaitons que l'ensemble des gens concernés - enseignants, professionnels, étudiants - aille dans le même sens. Pour cela, il faut arrêter de tous se regarder en chien de faïence. Nous disons simplement que nous avons constaté des problèmes et qu'il y a un besoin absolu d'y remédier.

Concernant la réforme de l'enseignement et la Licence d'exercice, les étudiants craignent de devenir une main d'oeuvre d'agence corvéable à merci. Ces craintes sont-elles justifiées ?

Arrêtons avec ce fantasme! Les étudiants n'ont pas besoin de cela! Quand ils nous disent qu'on va les exploiter, je leur réponds : «je n'ai pas besoin d'un nègre. J'ai déjà un tireur et il me coûte moins cher». Tenons-nous en au constat de départ. Aujourd'hui pour travailler, les architectes rampent et avec la réforme du code des marchés Publics, entrée en vigueur le 10 janvier 2004, ils vont ramper encore plus. Arrêtons tout cela!

Les jeunes nous disent également qu'ils sont trop nombreux. Je pense au contraire qu'il y a du travail pour tout le monde si, dans ce pays, nous ne faisions pas de lois avec des décrets d'applications qui défont la loi. Le problème principal de l'enseignement est qu'il propose une pédagogie théorique mais peu de mise en pratique. On n'apprend pas la maîtrise d'oeuvre en faisant des simulations ou en un an comme le propose le gouvernement. Il est vrai en revanche qu'il nous faut travailler à l'élaboration d'une convention particulière pour ce qui les concerne dans le cadre de la licence d'exercice. Nous sommes prêts à nous engager sur tous ces points à condition que les architectes s'engagent eux aussi à ne pas faire pour 2% ce qui en vaut 10.

Les problèmes de notre profession sont nombreux. Il s'agit notamment de l'accès des jeunes à la commande, qui est nul aujourd'hui, mais pas seulement. Nous n'avons pas non plus assez parlé des PPP. Aujourd'hui, l'entreprise de BTP peut arriver chez le maître d'ouvrage, proposer son offre et c'est tout. Nous demandons que soit ajoutée dans le décret d'application la nomination de personnes compétentes dans les commissions de réception des dossiers d'appel d'offres. Il faut également inscrire l'architecture comme critère essentiel. Sinon, au bout du compte, les PPP casseront les villes.

Autre problème, le dialogue compétitif dans le nouveau code des Marchés Publics. C'est un grand scandale. Vous pouvez arriver à vos propres conclusions en lisant le Livre Blanc. Nous avons juste voulu lancer un appel pour arrêter de ramper. Ces demandes ne sont pas agressives mais fermes.

La question de la formation continue est aussi abordée dans l'ouvrage.

Il s'agit d'un serpent de mer. Les questions sont simples : comment l'organiser ? Comment la financer ? Comment la sanctionner ? Comment la contrôler ? Deux systèmes de collecte de fonds de formation (le Fond interprofessionnels pour la formation des professionnels libéraux (FIF PL) et l'Organisme paritaire collecteur agréé des professions libérales (OPCA PL)) sont abondés. Mais il faut savoir qu'un tiers des crédits n'est pas consommé et que cette somme est perdue au bout de deux ans, c'est à dire qu'elle repart dans le pot commun à toutes les professions libérales. Pour caricaturer, on pourrait dire que les architectes financent la formation des dentistes.

Notre volonté est de recentrer les formations sur notre coeur de métier car des formations à la maîtrise d'oeuvre, par exemple, sont peu prisées tandis que les gros bataillons se trouvent sur des niches opportunes telles la HQE, l' E.P.S. ou Autocad. De fait, nous devons financer tous les fabricants de logiciels du monde (rires). Le Livre Blanc ne développe pas vraiment ce thème mais puisque nous sommes les maîtres d'oeuvres de notre formation, il existe désormais une volonté de reprendre la main sur cet aspect, qui rejoint en cela la question de la Licence d'exercice.

Le Livre Blanc sera présenté officiellement le 7 février 2004, quelles sont vos attentes ?

Il s'agit maintenant de mobiliser. Nous avons lancé une pétition contre le PPP. Nous avons reçu seulement 485 signatures. Nous avions abordé la question en automne 2002 lors des Rendez-vous de l'architecture puis au printemps 2003 lors des Journées de la Maîtrise d'oeuvre mais notre mobilisation est rapidement retombée comme un soufflet. Nous attendons cette fois que les architectes se prennent enfin en main.

Les chercheurs se sont mobilisés en masse pour manifester leur mécontentement auprès du ministère délégué à la Recherche et ont obtenu plus de 20.000 signatures. Certes il y a plus de chercheurs que d'architectes mais ce n'est pas avec nos 485 signatures que nous allons peser auprès de notre ministère de tutelle. Ce Livre blanc n'est pas parfait mais il a été réalisé pour assurer la qualité du patrimoine de demain et, nous l'espérons, les architectes, les enseignants ou les étudiants doivent pouvoir s'y reconnaître. S'il est porté par les 27.000 architectes français, l'impact de cet ouvrage peut être considérable.

Propos recueillis par Christophe Leray

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