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Les tours des vents de Yazd (Iran) revisitées par Hervé Richard et Shiva Tolouie

© Cyberarchi 2018

Les architectes Hervé Richard (né en 1974) et Shiva Tolouie (née en 1973) sont fascinés par le rapport entre l'architecture et la nature. Ils font partie des lauréats de la Bourse EDF aux jeunes architectes cession 2004-2006. Cette bourse qui finance un voyage à l'étranger leur a permis d'aller étudier sur place les tours des vents de la ville de Yazd en Iran. Découverte.

 
 
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Les maisons traditionnelles de cette région aride et chaude sont rafraîchies par ces tours sans autre énergie que celle du vent. Le résultat de leur étude (à suivre sur www.richard-tolouie.com), est actuellement présenté à l'exposition Alter Architecture (Fondation pour l'Architecture de Bruxelles jusqu'au 26 mars 2006) avant d'être présenté à l'Espace Electra de Paris à partir du mois de juin.

Le texte ci-dessous est signé Hervé Richard et Shiva Tolouie

Ces tours des vents se présentent généralement comme de grandes cheminées rectangulaires d'environ 3 mètres sur 5 et d'une quinzaine de mètres de haut. La partie supérieure de la tour comporte des ouvertures verticales dépassant au-dessus des toits qui attrapent en altitude des vents plus rapides et moins chargés de sable. La partie inférieure s'ouvre dans la pièce à rafraîchir, le plus souvent une vaste loggia toujours à l'ombre. L'intérieur de la tour est recoupé verticalement afin de canaliser séparément flux ascendants et flux descendants. Ces tours contribuent au confort d'été en favorisant les courants d'air, en évacuant l'air chaud au profit de l'air frais venant du jardin ou du sous-sol et en créant de la fraîcheur en accélérant l'évaporation de l'eau des bassins.

Les tours des vents, comme l'ensemble des constructions anciennes de la ville, sont faites de briques de terre séchées au soleil, technique appelée adobe. Les branches dépassant des tours servent à la fois d'échafaudage pour l'entretien régulier que demande la construction et de chaînage en solidarisant entre elles les fines colonnettes des ouvertures afin de les stabiliser.

La tour des vents n'est qu'une des dispositions de la maison traditionnelle servant au confort d'été. Les maisons du centre ancien de la ville de la plus modeste à la plus riche se présentent selon le même principe : les principales pièces de la maison s'organisent autour d'un jardin intérieur, pièces d'été et pièces d'hiver se faisant vis-à-vis. Cette organisation leur vaut le nom de maison 4 saisons. Le jardin intérieur, situé quelques marches en contre-bas de la rue, distribue l'ensemble des pièces de la maison. Il a en son centre un bassin et de part et d'autre des parterres plantés agrémentés de quelques arbres. Parfois une plate-forme en bois enjambe le bassin, on y dormait la nuit. Les pièces principales surélevées par rapport au jardin permettent d'éclairer et de ventiler des pièces semi-enterrée. La principale pièce d'été est une vaste loggia haute de deux hauteurs d'étages grande ouverte sur le jardin. Constituant la façade s'ouvrant au nord de la cour et couverte d'une voûte, cet espace est constamment à l'ombre. Les pièces d'hiver en vis-à-vis des pièces d'été sont closes par des fenêtres au verre multicolore face au sud, recevant le soleil tout au long de la journée. Des pièces semi-enterrées et parfois plusieurs niveaux de sous-sol qui servent de cuisine et au stockage complètent les pièces principales.

Les pluies étant pratiquement inexistantes, l'eau était amenée dans la ville depuis les flancs des montagnes environnantes par des canalisations creusées par l'homme sur plusieurs kilomètres avec une très légère pente. L'eau était alors stockée dans les réservoirs de chaque quartiers de la ville, on descendait un escalier éclairé par des puits de lumière vers une petite fontaine. Ces réservoirs de forme cylindrique profondément enterrés et couverts d'une coupole étaient ventilés par des tours des vents, généralement au nombre de quatre. L'eau y restait fraîche.

Ces dispositifs ne nécessitant d'autre énergie que celle du vent pour rafraîchir les maisons sont présents dans l'architecture vernaculaire des zones arides et chaudes de l'ensemble du Moyen-Orient, depuis l'Egypte jusqu'au Pakistan selon des variantes adaptées aux climats et aux modes de construction (badgir d'Irak et d'Iran, malquaf d'Egypte, bargil des Émirats Arabes Unis, mangh du Pakistan). Le développement des climatiseurs a contribué à ce que ce procédé traditionnel tombe en désuétude au cours du 20e siècle, toutefois les pollutions induites par l'emploi d'énergies fossiles amène à regarder les tours des vents avec une attention renouvelée.

Hervé Richard et Shiva Tolouie, janvier 2006

Consulter à ce sujet notre album-photo 'Fonctionnement et principes des tours des vents de Yazd (Iran)'

Les tours des vents de Yazd (Iran) revisitées par Hervé Richard et Shiva Tolouie
Les tours des vents de Yazd (Iran) revisitées par Hervé Richard et Shiva Tolouie
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