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Les réponses de Ricciotti au patrimoine bâti

Rene Habermacher : Copyright 2017

Trois projets, une même problématique. Comment doser au mieux son intervention sur le patrimoine bâti, tout en apportant une proposition pertinente ? A Sète avec le Conservatoire, à Caen avec le nouveau Frac ou à Nantes avec la gare mezzanine, Rudy Ricciotti déploie toute son intelligence pour y parvenir. Sans oublier d'y instiller une pincée de poésie.

 

 
 
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Conservatoire de Sète

Projet : requalification des chais des Moulins en Conservatoire intercommunal (architecte local associé Pierre di Tucci) 
Programme : auditorium de 400 places, pôle administratif et antenne de l'école des Beaux-Arts
Livraison : 2019. Coût : 15 M€

 

D'abord il y a l'histoire. Témoins d'une intense activité industrielle, les chais du canal de la Peyrade furent le lieu où transitèrent vins et spiritueux vers l'étranger. Une « image pictorialiste de fin de XIXe siècle » à conserver absolument. Ensuite il y a la poésie. « Ici flotte l'âme, une âme de terroir, un chant plein de sueur et de soleil. Extraite de la terre des garrigues, la "végétale ambroisie" doit dormir pour se métamorphoser, s'ennoblir dans le creuset magique de la pénombre avant le grand voyage ».

 « Le vin rend l'oeil plus clair et l'oreille plus fine »

Dans sa notice de présentation, Rudy Ricciotti devient lyrique. Il l'aime sa Provence. Même à 250 km de Bandol, où il a son atelier, l'architecte ne peut s'empêcher de faire l'éloge fiévreux de son pays méridional, de sa Méditerranée laborieuse et bonne-vivante. L'éloge du breuvage également, ce vin qui « rend l'oeil plus clair et l'oreille plus fine ». « Il est une vraie jouissance à déposer les beaux-arts et le conservatoire de musique si proche du breuvage qui fait chanter ! ». Une sentence qui devrait inspirer les futurs étudiants de ce programme de réhabilitation-extension.

Dès lors l'intervention se veut « effacée » et « intemporelle ». « La trace poétique prévaut (…) Hors de toute utopie imprudente, la volumétrie générale de l'édifice est conservée comme garante de la mémoire ». Objectif : transcender l'existant, comme les futurs étudiants devront transcender leur art. « Lorsque naît le besoin de faire lumière, l'enveloppe du coffre aux secrets – murs et toiture – est délicatement ciselée. Vient l'épiphanie sous la verticalité du mordant du ciel, la clairvoyance des baies, la pénétration d'une nature endogène en tous lieux dont la rugosité est soulignée par l'horizontalité des pare-soleil de pierre. L'édifice a ses garrigues ! »

 

Frac de Caen

Projet : réhabilitation-extension de bâtiments et monastères du XVIIIe et XIXe dans le quartier Lorge (centre-ville)
Programme : construction d'un Fond régional d'art contemporain
Livraison : juin 2017. Coût : 8,92 M€

 

Par un « subtil traitement du point de contact entre l'existant et le nouveau », l'agence bandolaise a voulu apporter « l'âme et l'individualité qui manquent tant aux villes récentes ». Les architectes ont ainsi à nouveau choisi d'intervenir au minimum sur les bâtiments anciens. Une quatrième façade en Bfup, Béton fibré à ultra-hautes performances employé sur la passerelle du MuCEM à Marseille, vient clore le cloître. Longue de 65 m, c'est le « point nodal du projet » qui relie le neuf à l'existant.

 « Il n'y aura pas d'intervention brutale (…) mais beaucoup de fluidité »

Cette « poutre » minérale « vient happer le passant et constitue depuis l'espace public, l'élément signalétique du projet. Un dispositif de vitrines (…) est adossé au mur existant et couronné par l'élément poutre, assurant ainsi la continuité visuelle avec la partie extension enfouie sous le parc. » Rudy Ricciotti : « La ligne directrice est l’effacement et une lecture claire et spatiale du patrimoine existant. Il n’ y aura pas d’intervention brutale, mais, intérieurement, beaucoup de fluidité afin que les espaces d’expositions s’enchaînent. » De quoi laisser la plus grande liberté aux scénographes.

 

Gare de Nantes

Projet : réaménagement et agrandissement de la gare, dont le trafic va passer de 11,6 à 25 millions de voyageurs d'ici 2030
Programme : construction d'une mezzanine reliant le centre ville au quartier d'affaire EuroNantes
Livraison : 2019. Coût : 59 M€

 

Avec un porte-à-faux homogène aux deux extrémités, la nouvelle gare ne veut « privilégier aucun côté ni aucun quartier (…) dans un souci d'offrir la même générosité aux futurs flux de voyageurs ». « L'installation de la gare mezzanine au niveau R+2 permet de préserver les volumes du BV (bâtiment voyageur, ndr), de contourner les problématiques d'adaptation de la structure aux règles sismiques » et de proposer ainsi « 2200 m² de surface de transit (…) sans distinction de départ ou arrivée, la mezzanine devient "salle des pas perdus". »

 « Le volume de la mezzanine, perché au dessus des voies, est conçue comme une allégorie de la cabane dans les arbres renforcée par une structure porteuse arborescente (en Bfup) développant en sous-face de la mezzanine le paysage architecturé d'une canopée formant enveloppe protectrice et filtre solaire. »

 Une fois encore, le talentueux monsieur Ricciotti a su faire preuve de créativité, ce qui lui a permis de remporter ces trois concours, en cherchant le juste équilibre entre présence et effacement.

 

Laurent Perrin

 
Rudy Ricciotti
Conservatoire de Sète
Conservatoire de Sète
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Gare de Nantes
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