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Les réalités du déni

Les Rendez-vous de l'architecture ont proposé, comme prévu, de doctes conférences et colloques dont le quotidien des architectes et étudiants était absent. Les étudiants l'y ont donc fait pénétrer de force. Le syndicat de l'Architecture use d'une voie plus policée : la tribune de CyberArchi. Les critiques n'en sont pas moins virulentes, certes pour des raisons opposées à celles des étudiants. Opinion.

 
 
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Le ministre de la culture et de la communication forme un voeu dans le programme de ces rendez-vous, celui que : «les français comprennent que l'architecture dessine leur environnement quotidien et que les architectes en sont les acteurs incontournables». À considérer l'état persistant des banlieues, l'urbanisme de zonage généralisé et la ségrégation spatiale et sociale croissante qui l'accompagne, la destruction aveugle de notre patrimoine, le mitage continu des zones rurales, bref tout ce qui fait l'environnement réel de vie et de travail de la grande majorité de nos concitoyens, il y a du souci à se faire pour la fonction effective de ces «acteurs incontournables» que les architectes sont censés être.

Le souci se transforme en effarement si l'on considère les intitulés des conférences programmées et l'on se pince pour être certain d'avoir bien lu : «la notion d'ailleurs et les utopies du déni, ville conserve/ville mouvement, l'état naturel/l'état construit, peut-on encore programmer la ville globalement». Tous ces titres mériteraient de figurer dans un bêtisier des figures ampoulées caractéristiques de la rhétorique actuelle de certains de nos communicants s'ils n'avaient pour effet de masquer la réalité de l'opération menée par la DAPA. Ce rassemblement disparate d'intervenants vise en effet à faire croire aux architectes que le Ministère a une politique pour l'architecture. Au-delà de l'évidente superficialité de ces annonces, le décalage n'a jamais été aussi grand entre les discours et la réalité des problèmes auxquels sont confrontés les architectes.

De la question toujours lancinante du logement enjeu social majeur aujourd'hui livré à la spéculation envers lequel l'Etat ne remplit pas son rôle de garant de l'égalité et de la solidarité, et qui a proprement disparu de la pensée architecturale dominante, rien n'est dit.

Du partenariat public/privé qui traduit la nouvelle emprise des majors de la banque et du bâtiment sur la conception, la construction et la gestion des bâtiments publics marginalisant ainsi définitivement le travail sur l'architecture, rien n'est dit.

De la directive européenne sur la libération des services qui n'attend que l'accalmie d'après référendum pour s'appliquer et soumettre nos métiers au dumping social et fiscal de certains états membres, rien n'est dit.

De la réforme de l'enseignement dite LMD, déjà appliquée avant même la validation des décrets, qui brade le titre d'architecte au niveau bac +5 sans que jamais les propositions des organisations professionnelles sur le port du titre et la licence d'exercice n'aient été prises en compte, rien n'est dit.

Des questions posées à l'architecture et aux architectes par les exigences environnementales montantes pour un développement durable et des moyens pour en atteindre les objectifs à long terme rien n'est dit.

Comment dans ces conditions espérer que ces rendez-vous soient autre chose qu'une fois de plus un rendez-vous manqué de l'architecture avec la société ? Le Syndicat de l'Architecture appelle les architectes à réagir devant cet état de fait, à se mobiliser et à le rejoindre pour une véritable politique de l'architecture, pour que soient réunies au quotidien les conditions d'une pratique décente de l'architecture, d'une pratique à l'écoute des besoins qui partout s'expriment pour un environnement et une ville plus juste et plus facile à vivre.

Jean-Paul Scalabre
Syndicat de l'Architecture

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