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Les «nouveaux métiers de l'architecture» déjà délocalisés ?

© Cyberarchi 2019

La notion de «nouveaux métiers de l'architecture», tant vantée par les promoteurs de la réforme de l'enseignement, n'est peut-être pas si pertinente que ça. En effet, les nouveaux débouchés présumés qui y seraient liés, s'ils sont réels, risquent cependant d'échapper, à moyen terme, aux étudiants en France. C'est d'ailleurs bien l'intention de l'architecte moldave Iouri Bujujan.

 
 
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La production d'images de synthèse de qualité est désormais incontournable pour les architectes. Mais elle requiert un savoir-faire qui n'est pas toujours compatible en temps et en qualité avec le souci de rapidité des projets développés par les architectes.

Or, une image peut faire gagner un concours, comme le constatent tous les jours les architectes maîtres d'oeuvre. La partie 'Rendu' de concours ou de projet est donc de plus en plus souvent déléguée, c'est-à-dire externalisée.

Sauf que d'ici que la première classe de ces étudiants arrive sur le marché du travail, d'ici trois à cinq ans, ces nouveaux débouchés risquent d'avoir déjà disparus puisque, de l'externalisation à la délocalisation, il n'y a qu'un pas. Voire un bras de mer en l'occurrence.

Iouri Bujujan, 40 ans, est un architecte Moldave diplômé de l'université d'Odessa (Ukraine) installé au Maroc depuis plus de dix ans. Après avoir longtemps travaillé en agence, il a créé en 2003 sa propre société d'infographie et de «prestations architecturales». Après s'être dans un premier temps tourné vers le Maghreb, son marché naturel, il entreprend désormais de s'attaquer au marché français.

«Ma formation me permet d'évoluer en même temps que le projet de l'architecte», dit-il, avant de louer les avantages de la formule. «Après étude du projet, je fais un devis qui est plus cher que ce que je demanderais pour un client marocain mais qui reste de 25 à 35% moins cher qu'un service équivalent offert par une société française», explique-t-il. Avant de lancer l'un de ses atouts maître : «Je suis toujours disponible et joignable, on bosse», dit-il, riant aux éclats tout en sachant l'intérêt de cette disponibilité pour une agence 'charrette'. Avec Internet et l'ADSL, la communication est aisée, tant pour les courriers que pour la réception et l'envoi des images. En clair, qu'il soit installé à Marseille ou à Rabat ne fait pas grande différence pour une agence parisienne, sinon le prix du service bien sûr.

Comme toute délocalisation, il y a également quelques inconvénients, le moindre étant de trouver sur le site de Iouri Bujujan le mot 'conception' écrit 'conseption'. «Et bien, donnez un réalisme inédite à toutes vos 'rêves' avec le modélisation et le rendue 3D (images de synthèses) que je vous propose», écrit-il dans son mail de prospection. Mais après tout, il n'est pas contracté pour son orthographe (de fait, pour un homme ayant appris le français seul, il communique remarquablement bien). Autre souci, la disponibilité des softs informatiques, les produits étant plus tardivement et moins bien distribués au Maroc qu'en France. Iouri a d'ailleurs transformé cet inconvénient en avantage. «Comme nous sommes toujours obligés de jongler, j'ai dû m'adapter ; du coup je connais tous les logiciels et les maîtrise aussi bien les uns que les autres», assure-t-il. Selon lui, la qualité de son travail n'est «pas loin» de la qualité européenne.

«C'est une question de volume», explique-t-il. A deux titres. Le premier étant que, quand il aura travaillé plus avant avec des agences françaises, il sera mieux à même de fournir le service adéquat. Le second étant qu'il a atteint aujourd'hui une taille critique pour sa société. Il est en effet «surchargé de travail» mais il a encore besoin d'un volume s'affaires encore un peu supérieur pour développer son entreprise dans de bonnes conditions avec du personnel qualifié. D'où son intérêt à prospecter le marché français, tant pour son potentiel quantitatif que pour l'aspect qualitatif du travail. Iouri Bujujan travaille ainsi depuis huit mois avec une société qui produit expositions et salons.

La démarche n'a, au fond, rien d'original. Iouri Bujujan ne fait en cela que suivre l'exemple donné par les 'call centers', depuis longtemps prestataires de service, au Maroc, pour des sociétés françaises. Il semble même au final étonnant que personne n'ait pensé plus tôt à tenter de s'emparer de ce marché. Ce qui permet de supposer qu'il n'est que le premier d'une longue série de prestataires qui vont, à leur tour, se tourner vers les «nouveaux métiers de l'architecture». Avant que les Chinois ou d'autres viennent à leur tour casser les prix.

Si la perspective de substantielles économies est une perspective intéressante pour nombre d'agences et d'architectes déjà établies, les perspectives de débouchés ne sont peut-être pas aussi réjouissantes pour les futurs «diplômés des nouveaux métiers de l'architecture».

Les «nouveaux métiers de l'architecture» déjà délocalisés ?
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