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Les Modernes de La Défense victimes des Anciens

© Cyberarchi 2020

La nouvelle tour de la Société Générale à la Défense, conçue par l'Atelier de Christian de Porzamparc, reliera ensemble en 2006 le quartier d'affaire de Paris avec le nouveau quartier Seine-Arche. Mais elle signe aussi la fin de l'extension de La Défense.

 
 
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Quand la tour T1 des architectes Denis Valode et Jean Pistre sera achevée en 2005, le quartier aura trouvé sa définition finale. Une définition somme toute très parisienne que l'on pourrait résumée ainsi : un quartier haut mais pas trop, dense avec des parcelles étroites, au contenu architectural innovant mais sans folie et finalement, comme le reste de Paris, ouvert pour des siècles au marché de la réhabilitation.

En effet, tous les bâtiments de plus de 200 mètres proposés depuis des décades ont été systématiquement, quelles qu'en soient les raisons, refusés ou abandonnés. Exit et bientôt oubliées les tours Zherfuss (250 m), tour Emeraude (240 m) de Jean-Paul Viguier, tour Lumière (324 m) ou autre Tour sans Fin (425 m) de Jean Nouvel sans parler de la Tour TV de 750 mètres proposée dès 1961 sur le site actuel de la Grande Arche. Pas une tête ne doit dépasser 200 m. Une timidité qui n'est d'ailleurs pas propre à Paris puisque la Tour Suisse à Lyon de l'architecte Denis Bergmann a été retouchée à la baisse afin de ne pas dépasser le "Crayon" de la Part-Dieu.

Ce n'est pas faute de volonté des architectes. La tour Granite de C. de Portzamparc devait initialement culminer à 230 m. Elle n'en fera finalement que 180. Bien qu'aucune réglementation en France n'interdise en théorie de monter plus haut, dans les faits cela s'est avéré impossible. Ainsi, les premières tours de la Défense avaient leur hauteur limitée à 100 m. Puis le plan d'occupation des sols de la commune de Puteaux interdisait dans les faits de dépasser 140 mètres. A Courbevoie, chaque tour voyait sa hauteur discutée au cas par cas et des considérations financières sont entrées en ligne de compte. Enfin, lorsque Jacqueline Fraysse, maire de Nanterre, décida que les 120 hectares désaffectés de Nanterre derrière la Défense ne seraient pas une simple extension de la Défense mais au contraire un projet d'urbanisme "à taille humaine", les dés étaient jetés : il n'y aura pas à Paris d'immeubles de très grande hauteur (par rapport à la nomenclature habituelle d'immeuble de grande hauteur I.G.H).

Cette dernière notion a d'ailleurs constamment animé le débat à la Défense explique Jean-Luc Icole, architecte de l'EPAD. "C'est un vaste problème entre les anciens et les modernes", dit-il. "L'argument est que nous sommes à Paris et qu'il faut garder la ville à taille humaine. Il s'agit selon moi de raisonnements plus sentimentaux qu'objectifs", dit-il.

La France modeste, voire timorée ? Pas seulement. En effet, la taille réduite des tours s'explique également par l'étroitesse des parcelles et la structure des constructions. En effet, plus on monte plus il faut épaissir la tour qui perd ainsi en légèreté et en surface utile. Sans compter que sur une petite parcelle, elle prendrait rapidement un aspect de coffre-fort. Autre raison parfois invoquée, ces tours de très grande hauteur seraient dans les lignes de repérage des aéroports et représenteraient un danger pour l'aviation civile.

Du coup, le quartier de La Défense est presque abouti et peu d'immeubles neufs seront construits à l'avenir une fois les derniers projets en cours achevés. La tour Montparnasse, 210 m, ne devrait plus voire son record de France menacé avant longtemps. De plus, comme le note Daniel Valoatto, Pdg de Sari-Nexity, spécialiste de la maîtrise d'ouvrage d'IGH, les tours anciennes sont déjà démodées et leur réhabilitation représentera les principaux chantiers du futur de La Défense. "L'avenir de la Défense : faire du neuf avec de l'ancien !", dit-il. Retour donc à une spécialité bien française. Sans aucun doute, La Défense, dans quelques années, sera devenue entièrement parisienne et la prochaine génération regrettera à son tour la muséification du quartier. Les anciens semblent donc avoir triomphé des modernes.

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