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Les jeunes architectes français gagnent à l'étranger parce qu'ils rament en France

© Cyberarchi 2018

Trois français au trois premières places du concours Nazca ; une contribution française disproportionnée par rapport à sa population. Ces éléments, loin d'inviter à l'optimisme, incitent plutôt à se demander le pourquoi du comment. Les réponses ne sont pas plaisantes.

 
 
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Lorsque les organisateurs du concours Nazca ont livré les résultats en mars dernier, un élément curieux est apparu. Sur près de 2.500 inscriptions, 450 projets, provenant de 47 pays, ont été soumis au jury. Or, non seulement les trois premiers lauréats sont de jeunes architectes français mais la liste des pays et le nombre de projets correspondants offre une particularité française qui ne lasse pas d'étonner.

En effet, la France, avec 35 projets, est le troisième contributeur derrière les Etats-Unis, qui comptent une population six fois supérieure à celle de l'Hexagone (45) et le Pérou, pays hôte (42). Loin devant d'autres pays de taille et de population grosso modo équivalentes. L'Allemagne ? 18 projets. L'Italie ? 20 projets. L'Angleterre ? 12 projets. Tous les pays du Benelux plus tous les pays scandinaves ? 25 projets. L'Espagne ? 9 projets.

Raphaël Gabrion, jeune architecte de 28 ans, va toucher 5.000 dollars grâce au premier prix obtenu lors de ce concours (2.500 et 1.000 dollars respectivement aux projets classés second et troisième). Il fut par ailleurs primé deux fois au concours Cimbéton. Pourtant, ce nouveau succès lui laisse un goût d'inachevé dans la bouche. "Je commence à me lasser des concours qui nous éloignent de la réalité", dit-il. Il le sait, Nazca restera un projet de papier. Là n'est pas son problème. "Que reste-il aux jeunes architectes quand les grands noms en France s'approprient la moindre médiathèque?", s'interroge-t-il.

Plus gênant encore, ce jeune homme talentueux, à l'instar de nombre de ses compagnons de galère que l'on n'ose pas appeler ici 'confrères' en vient de lui-même à poser un voile pudique sur ses ambitions. "Je ne sais pas comment je vais faire mon trou ; je n'ai pas de grandes ambitions mais j'aimerais bien construire quelque chose", dit-il avant de pointer les conséquences néfastes qui, selon lui, se profilent à l'horizon. "Nous sommes une génération portée sur l'image et, en même temps, nous n'avons pas les moyens de construire, de nous coller à la réalité, alors que l'enseignement sur la construction proprement dite est de plus en plus ténu. Nous perdons doucement notre rôle. Nous faisons beaucoup d'images et, quand on construit, le résultat est souvent décevant par rapport à elles".

Le fiasco du repère olympique est à ses yeux révélateur. "Ne doit-on pas se poser la question du jury et de ceux qui écrivent les programmes et de ceux qui les jugent? Veut-on dire qu'il n'y avait personne à Paris pour anticiper les difficultés posées par le projet lauréat ? Quand je vois le résultat et que l'on considère que plus de 400 projets avaient été présentés, cela me fait mal au coeur", dit-il. Il a bien son opinion sur la façon dont la politique des NAJA (Nouveaux albums des jeunes architectes) est menée mais préfère rester diplomate : "On rentre à ce sujet dans des registres très dangereux qui ne sont plus de l'ordre de l'architecture", dit-il.

Les lauréats du repère olympique étaient estampillés NAJA, lesquels font désormais l'objet d'une telle attention de la part de la DAPA (Direction de l'architecture et du patrimoine) que cela en devient risible. Internet-réalité ou Loft de l'architecture? En effet, il est maintenant possible de tracer en direct le carnet de commande des poulains de la DAPA sur le site mis à leur disposition par le ministère de la Culture (http://www.nouveaux-albums.culture.fr/actu/laureats.php).

En tout état de cause, d'aucun aurait tort de voir dans les remarques de Raphaël Gabrion la seule amertume d'un jeune architecte qui ne parvient pas à faire ses preuves. Hervé Tordjman, jeune architecte de 29 ans, a, en moins d'un an, été 2nd prix pour une tour à Dublin (Irlande), 3ème pour une tour de bureaux à Toronto (Canada), mentionné pour le Musée d'Art et d'Archéologie de Vale do Coa au Portugal, lauréat d'un marché privé à New York (USA) mais, surtout, lauréat du Palais de Justice de Porto (Portugal) et retenu pour le concours restreint d'un projet de plus hautes tours du monde en Chine. Pendant la même période, Hervé Tordjman a tenté sa chance en France sur plus de 120 concours, n'a été retenu que pour un seul.

Ainsi, comme le démontre de nouveau le concours Nazca, dont le jury était composé d'architectes, le talent des jeunes architectes français ne serait perceptible qu'à l'étranger lors de concours (réellement) anonymes. Et ne le serait, en France, que sur dossier, non anonyme, de type NAJA ? Il est permis de se le demander.

Découvrir plus avant le projet Nazca de Raphaël Gabrion en lisant notre article 'L'antichambre de Nazca' et consulter également l'album photo des projets des trois lauréats en cliquant ici.

Les jeunes architectes français gagnent à l'étranger parce qu'ils rament en France
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