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Les femmes architectes partagées entre vie familiale et ambition professionnelle

Concilier vie familiale et les nombreuses activités liées au métier d'architecte ne sont pas toujours choses faciles pour les femmes. Pourtant, de jeunes professionnelles ainsi que des personnes reconnues parviennent à concilier les deux fronts... Non sans mal. Destins croisés.

 
 
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Centré sur le thème des 'femmes dans le bâtiment', une dizaine de professionnelles ont ainsi démontré qu'il est possible, malgré les préjugés et une perception des difficultés différente, de percer dans le métier, jusqu'à diriger une agence tout en maintenant une vie familiale, même si plusieurs sacrifices sont parfois nécessaires. Morceaux choisis.

Bénédicte Van Wély, architecte DPLG : «Pendant six mois, j'ai d'abord travaillé en agence en tant que salariée où j'ai eu une expérience relativement simple mais insatisfaisante. Une occasion s'est alors présentée de réaliser en tant qu'indépendante une commande pour le compte d'un client. Je n'ai pas tout de suite réfléchi aux conséquences ; ma décision a été en quelques sorte spontanée car il était vraiment intéressant de réaliser l'ouvrage commandé. Depuis, je travaille en tant que libérale dans un atelier avec cinq architectes hommes. Les relations sont bonnes puisque nous venons tous les six de la même école d'architecture et il nous arrive de travailler sur des projets en commun. En règle générale cependant, nous avons nos propres clients.

En tant que jeune architecte, notre travail est moins lié à notre sexe qu'à nos références. Nous avons moins de facilités pour répondre à des concours. Donc nous nous consacrons avant tout aux commandes privées fournies par des clients qui nous ont connus par le bouche-à-oreille. Il s'agit de cette mentalité qu'il faut changer en priorité ».

Patricia Piquionne : «Même si je suis admirative de mes consoeurs libérales, je ne me suis pas engagée dans cette voie lorsque j'ai obtenu mon diplôme en 1998. Tout simplement parce que l'opportunité ne s'est pas présentée. Je reste donc salariée et je continue de développer mes compétences dans la réhabilitation. L'architecture reste essentiellement un monde masculin et si on trouve des commandes, j'ai du faire face quelquefois à des préjugés. Cela conduit donc à trouver moins de réalisations à effectuer».

Ursula Leszkiewicz : «Etant d'origine polonaise, formée dans mon pays d'origine, j'ai tout d'abord travaillé dans plusieurs agences lorsque je suis arrivée en France, dans le but d'apprendre l'architecture française (Depuis l'architecte travaille en tant que libérale pour ses deux pays de prédilection NdR). Mon parcours s'est passé sans anicroches... jusqu'au jour où mon statut de femme me fut rappelé de façon pas très agréable.

Il y a quelques années j'ai été sollicitée pour un projet de logement collectif. Accord avait été passé avec le maître d'ouvrage. Or, entre temps, je suis devenu mère et, maladroitement, mon interlocuteur est revenu sur sa parole. Il est vrai que je concilie très difficilement ma vie familiale et professionnelle car j'ai toujours vécu l'architecture comme une passion. Je ne compte donc pas mes nuits passées sur des projets et j'ai réduit mes loisirs. Enfin, j'ai constaté que j'avais plus de considération en Pologne qu'en France. En France, mes travaux ne sont retenus par les maîtres d'ouvrage que si je suis assistée... Par un homme».

Vénéta Avramova : «N'ayant pas les moyens de payer mes études, j'ai commencé à travailler à l'âge de 20 ans en tant que dessinatrice. Treize ans plus tard, j'ai créé ma propre agence car je gérais des chantiers très importants toute seule. Je pense que les difficultés conjoncturelles que j'ai rencontrées sont les mêmes que pour les hommes. Le problème vient surtout de l'enseignement, notamment en ce qui concerne l'accès aux concours. Personnellement, je pense qu'il n'y a pas encore assez d'égalité d'accès en la matière entre les hommes et les femmes».

Sophie Denissof : «Je me suis associée avec Roland Castro en 1988, association sommes toutes formelle avec quelqu'un qui possède une forte histoire professionnelle, sans oublier la génération de différence. Les apparences semblaient déséquilibrées à l'époque. L'image du couple veut que la femme s'occupe des enfants et l'homme du travail (rires). Belle manière de faire avancer les mentalités.

Il n'empêche qu'être une femme n'est pas un désavantage pour autant. Il s'agit même d'un artifice dont j'ai parfois usé sur des chantiers pour les faire avancer à ma manière (rires). Reste que le stéréotype de l'homme conquérant persiste même s'il n'est pas enviable. L'architecture est un métier dur mais je ne regrette pas un seul instant de l'exercer».

Emmanuelle Colboc : «J'ai créé mon agence en 1987 et je réalise surtout des logements sociaux et des écoles. J'ai assuré l'enseignement de l'architecture jusqu'en 2002. Je suis issue d'une famille d'architectes et j'ai donc plongé très tôt dans cette profession, qui est une profession 'guerrière', avec un rapport de force avec le pouvoir pour décrocher cette fichue commande publique, auquelle j'ai consacré la majorité de ma carrière. Je trouve d'ailleurs anormal que l'on supprime les oraux dans les concours car ils permettent de nous exprimer avec sincérité sur nos projets. Sinon pour ma vie de tous les jours, il a fallu m'adapter en installant mon agence à 3 m de la maison pour être toujours disponible».

Françoise Jourda : «Pour concilier mon travail à la tête d'une agence employant 23 personnes avec la vie de famille, je travaille énormément et je ne fais rien d'autres. Je ne sors pas au cinéma, je lis un livre par an au mieux et je ne participe pas à des soirées ou des dîners car je n'ai absolument aucun sujet de conversation (rires).

En fait, j'aimerais bien en rentrant tous les soirs chez moi avoir quelqu'un qui me verse un verre et qui me dise 'alors chérie ta journée ?' (rires à nouveau). Bref, ce que mes collègues masculins vivent avec leur femme sans la charge de la famille ou de savoir si le réfrigérateur est plein. Cela, j'en ai souffert. De plus j'ai tout de suite travaillé en libéral car je ne supporte pas l'autorité d'une autre personne. Bref, je pense comme mes collègues que le rapport des femmes aux autres architectes doit être réévalué, dans le respect de leurs compétences et leurs responsabilités».

Marie-Christine Gangneux : «Pour ma part, j'aime bien me balader, passer la journée avec ma fille, faire les magasins, alors pourquoi je m'en priverais ? Par ailleurs, je donne des cours dans des amphithéâtres pleins, ce qui m'oblige à lire pleins de livres sur l'histoire de l'architecture. Quant à mon métier, j'achève un bâtiment tous les 4-5 ans. Il s'agit d'un délai long mais c'est avant tout un choix de vie dont je ne vais pas me plaindre.

Dans leur travail, je pense que les femmes donnent une approche conceptuelle de la réalisation de projet. Elles vont disséquer le programme, le rendre plus souple et ainsi créer un concept. De fait que la vie leur est plus rude, elles appliquent une méthode rigoureuse dans leur travail. Il s'agit toutefois d'un métier dont la reconnaissance est difficile. Beaucoup de femmes architectes ont apporté à l'architecture mais qui pourrait en citer une ? Il faudrait prévoir des lieux pour pouvoir organiser des expositions sur les grandes architectes de l'histoire au moins une fois par an, de même qu'il faut promouvoir nos travaux dans le cadre d'un réseau associatif, créer un peu de lien, d'entraide pour nous faire connaître».

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