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Les étudiants font le tour des musées, pas pour s'amuser

© Cyberarchi 2019

La mobilisation des étudiants contre la réforme de l'enseignement de l'architecture, plus précisément contre la volonté du ministère de la Culture d'imposer un 'certificat de capacité à exercer la maîtrise d'oeuvre', ne faiblit pas. Au contraire, sa radicalisation porte en germe des risques de dérapages.

 
 
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Lorsque le 9 juin dernier, 150 étudiants de l'école d'architecture de Paris la Villette, se sont réunis vers 15h30 dans le hall du centre Pompidou à Paris, ont bloqué les caisses et "libéré" les accès au musée afin que les gens rentrent gratuitement, la sécurité à immédiatement fermé et évacué le centre. Les étudiants ont donc fait un "siting" dans le hall durant trois heures jusqu'à leur propre évacuation, dans le calme, par les CRS. "Il s'agissait d'une action symbolique, dans le but de montrer que nos revendications sont d'intérêt public et que notre mouvement n'est pas prêt à céder face à la négligence de notre ministère", explique le Comité de presse des étudiants. Le symbole était suffisamment fort pour que l'AFP se fende d'une dépêche.

Les étudiants s'en doutaient mais, tandis que durant tout le printemps, leurs manifestations sont restées "sages", avec demandes d'autorisation préalables, elles sont depuis juin beaucoup plus 'spontanées'. Mardi 7 juin, suite à la fermeture de l'école d'architecture de Paris la Villette par les étudiants, ces derniers investissaient le Musée d'Orsay. Le lendemain, 250 d'entre eux se donnaient rendez-vous dans le hall d'entrée du musée du Louvres sous la grande pyramide. Allongés au sol pour écrire le message SOS ARCHI, ils sont restés trois heures dans l'enceinte du musée en scandant des slogans et en distribuant des tracts. Et puisque ses saints refusaient de les entendre, ils remettaient le couvert au Musée d'Orsay le 14 juin dernier pour aller confronter directement le ministre qui y inaugurait une exposition sur le Brésil.

Renaud Donnedieu de Vabres acceptait de rencontrer deux d'entre eux à l'issue de la cérémonie, les assurant de son "intérêt" pour ce dossier tout en expliquant "ne pas comprendre leurs inquiétudes". Surtout, il leur dit, du moins tel que le Comité de Presse rapporte ces propos, que "le ministère, la DAPA et les syndicats travaillaient ensemble au mieux de leurs intérêts". Une assertion qui, si l'on en juge par les déclarations des représentants des dits syndicats (lire à ce sujet notre article 'Une ordonnance qui rend malade ses patients') a de quoi surprendre, pour le moins.

Bref, la détermination du ministère et de la DAPA à faire passer la réforme telle quelle ne semble qu'encourager la détermination des étudiants à la combattre. Et il n'est pas certain que l'été et les vacances suffisent à calmer les esprits. Le 15 juin par exemple, des représentants de douze écoles se retrouvaient à Rouen à fin d'imaginer une "coordination nationale". Par ailleurs, des professeurs, notablement à Paris La Villette, source de la contestation, mais aussi ailleurs, commencent à prendre position et, eux-mêmes, à s'organiser.

De plus, les soupçons de plus en plus marqués vis-à-vis d'un 'agrément' des agences qui seraient habilitées à recevoir les "stagiaires" dans le cadre du fameux certificat d'aptitude à la maîtrise d'oeuvre risque de mettre le feu aux poudres. En effet, un tel agrément serait synonyme d'une réduction artificielle du nombre d'agences - en gros un numerus clausus destiné à rationaliser le marché au bénéfice des agences installées - qui aurait pour effet d'une part de rendre captifs les étudiants souhaitant se consacrer à la maîtrise d'oeuvre et, d'autre part, de faire disparaître à moyen terme toute notion d'architecture de proximité. Il est d'ores et déjà de notoriété publique que certaines 'grandes' agences font payer les 'stagiaires' l'honneur de travailler chez elles. En clair, pour nombre de prétendants architectes, le seul horizon après cinq ans d'études seraient de devenir le salarié peu onéreux d'une agence agréée ; les petites agences non agréées devant elles, si elles souhaitent embaucher, payer plein pot.

Beaucoup d'éléments semblent donc désormais réunis pour que la situation dégénère. Jouer la montre avec l'espoir que la pression retombe pendant l'été est la solution choisie par le ministère. Mais les manifestations spontanées sont par nature difficiles à contrôler quand l'humeur devient vraiment mauvaise ; il suffit désormais d'un étudiant un peu trop excité ici ou d'un CRS énervé là pour que l'AFP ne soit à nouveau mobilisée. Et, sans doute, pas seulement l'AFP.

Christophe Leray

Lire également à ce sujet la tribune de Jean Magerand 'Quant à la réforme de l'Architecture'.


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