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Les étudiants en grève s'opposent à la réforme de l'enseignement

© Cyberarchi 2019

Le mouvement de grève des étudiants en architecture ne faiblit pas. Leur mobilisation porte sur deux points, la réforme des marchés publics et la réforme de l'enseignement actuellement préparées par Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture. Etat des lieux.

 
 
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Concernant la réforme des marchés publics, les étudiants ont entendu et répondu à l'appel du Conseil National de l'Ordre des Architectes et des organisations syndicales, qui appelaient à manifester le 3 juin dernier. C'est à l'issue de cette manifestation devant l'Assemblée Nationale qu'une coordination, animée par des étudiants des écoles de Paris Belleville et La Villette, s'est mise en place qui appelait immédiatement à la grève. Ce mouvement a été suivi dès le lendemain par l'école de Strasbourg et de Grenoble dont l'école est occupée.

Sauf que l'interprétation qu'en font les étudiants grévistes est sensiblement différente. Ils craignent en particulier que les diplômés en trois ans ne deviennent une main d'oeuvre corvéable à merci car "ils auront acquis juste les compétences dont auront besoin les entreprises dans le cadre de la conception réalisation", explique Nabil Hamdouni, coordinateur du mouvement à Belleville. En clair, cette réforme aurait pour but de formater l'enseignement aux besoins des entreprises. "Une école n'est pas une agence et ne doit pas le devenir", assure Nabil. C'était d'ailleurs, semble-t-il, le sens de l'intervention de Anne-José Arlot (nommée le 14 mai 2003 directrice, adjointe au directeur de l'architecture et du patrimoine), lors du débat organisée par le Mouvement des Architectes le 2 juin dernier, qui estimait que les étudiants doivent se voir doter d'une qualification, "au moins aux métiers de l'architecture". "Il faut arrêter de penser que les 17.000 étudiants seraient tous des petits génies de l'architecture, il faut arrêter d'être autiste", dit-elle pour enfoncer le clou.

Pour ce qui concerne le mastère proposé par le ministre, les étudiants en grève sont tout autant dubitatifs. "Aujourd'hui, les études d'architecture durent 6, voire 7 ou 8 ans", rappelle Nabil. "Comment les faire tenir en cinq ans sinon en faisant une plus grande sélection dans les écoles qui conduirait à terme à la diminution du nombre d'architectes ? Cette réforme est une façon de prévoir un enseignement qui va écrémer le nombre d'architectes".

Concernant le doctorat, ces étudiants n'ont rien contre a priori mais se posent les questions suivantes : Quelle recherche en architecture ? La recherche n'est-elle pas d'abord celle de l'architecte qui construit ? "Il faut arrêter de dire que l'architecte sait tout sur tout", avait expliqué Anne-José Arlot concernant ce doctorat.

Enfin, dernier point d'interrogation : "l'un des objectifs du ministre, avec cette harmonisation européenne, est de permettre plus de mobilité pour les étudiants", explique Nabil. "Mais nous n'avons aucun problème de mobilité aujourd'hui, tant pour nos études à l'étranger que pour l'accueil d'étudiants étrangers", dit-il.

Il reste que les étudiants sont parvenus, avec quelques actions spectaculaires, à se faire entendre puisqu'ils ont été reçus par Jean-Jacques Aillagon, qui a tenté de les rassurer, et par le Premier Ministre et Renaud Dutreuil, son secrétaire d'Etat aux PME, qui leur ont assuré "ne pas vouloir entraver l'indépendance des architectes".

Il reste également que le mouvement est encore très minoritaire et diversement suivi selon les écoles. Charenton multiplie les Assemblées Générales tandis que Marne la Vallée ne bouge pas. Sur le site créé pour l'occasion (www.archi-en-colere.fr), on retrouve ainsi une météo des écoles, du plus chaud (Belleville, Val de Seine, la Villette, Versailles, Strasbourg, Grenoble) au plus frais (Rouen, Nancy, Rennes, Nantes). Le manque d'informations sur les enjeux de cette réforme explique, selon Nabil, en grande partie ce manque d'intérêt de la majorité des étudiants.

Pour finir, les étudiants en grève déplorent le manque de soutien de l'Ordre et des Syndicats. "Nous ne pouvions pas de nouveau remobiliser tous les architectes comme nous l'avons fait début juin, les architectes ne sont pas des fonctionnaires", explique Jean-François Susini, président du CNOA. "En revanche un effort énorme est prévu en octobre lors de la rédaction des ordonnances".

Au final, ce mouvement des architectes est plutôt bon signe, ne serait-ce que par la prise de conscience d'étudiants vis-à-vis des difficultés de leur futur métier. Ils ne sont donc pas "autistes". "Nous ne sommes pas sûrs de l'avenir du mouvement mais ça fait un bien fou de sortir la tête de la charrette. Ce fut surtout l'occasion pour beaucoup d'entre nous de discuter ensemble : on ne pouvait espérer mieux", conclut Nabil.

Christophe Leray

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