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Les architectes sonnent le tocsin. L'Elysée entendra-t-il ce cri d'alerte ?

Dans une lettre ouverte au président de la République, les architectes font part de leurs inquiétudes concernant la légèreté avec laquelle le gouvernement Raffarin se dédouane des obligations de la loi M.O.P. Les motifs d'inquiétude ne manquent pas.

 
 
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Dans un virulent courrier adressé au Président de la République Jacques Chirac et signé par leurs trois organisations représentatives - c'est une première - (lire à ce sujet 'Lettre ouverte au président de la république'), les architectes "veulent croire que l'Etat et les collectivités locales sauront prendre la mesure des risques encourus" avec les dérogations à la loi M.O.P. (Maîtrise d'Ouvrage Publique) que le gouvernement Raffarin, coincé entre exigences budgétaires et promesses, semble vouloir généraliser.

Les présidents du Syndicat de l'Architecture, de L'UNSFA (Union nationale des Syndicats d'Architectes Français) et de l'ordre des architectes ont, en ordre dispersé, tenté d'attirer dès l'été dernier l'attention de leur ministre de tutelle, Jean-Jacques Aillagon, en premier lieu, puis celle de Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, puis enfin celle de Jean-Pierre Raffarin, premier ministre, sur les dangers de l'usage abusif de dérogations à la loi M.O.P. et des procédures de conception-réalisation mises en place pour la construction des prisons. Sans autre résultat apparemment qu'une amicale invitation à aller voir ailleurs si les ministres y étaient.

"Les limites sont dépassées", assure Jean-François Susini, président de l'Ordre. "Inconscience des politiques qui ne se rendent pas compte", ajoute Patrick Colombier, président du Syndicat de l'Architecture. "On privilégie le critère économique au premier degré et l'intérêt privé de quelques grands groupes en mettant la France sous la coupe de ces derniers", précise François Pélegrin, président de l'Unsfa. L'affaire est suffisamment grave pour que les présidents de syndicats rivaux décident de faire cause commune, sans mâcher leurs mots.

Les questions ne manquent pas. En cas de généralisation de la conception-construction, comment les jeunes architectes auront-ils accès aux concours ? "L'avenir des jeunes et de l'architecture est en jeu" (Colombier, Susini). Quid des ingénieurs et des PME qui n'auront plus, eux aussi, accès à la maîtrise d'ouvrage publique ? Il est significatif qu'un précédent courrier de l'Unsfa, cosigné par la CAPEB, abordait déjà ce problème il y a peu. Quid de l'indépendance des architectes ? "Avec la conception-construction, l'architecte est un sous-traitant, un co-traitant au mieux et il doit défendre l'intérêt de l'entreprise" (Pélegrin, Susini). Quid de la fonction de conseil indépendant des architectes ? Quid de l'intérêt public qui n'est pas le même que l'intérêt des actionnaires des quelques grands groupes de construction qui vont se partager ce grand marché ? Quid des situations de monopoles ainsi créées ? Quid du prix incontrôlable de l'entretien quand il est concédé à ces groupes en situation de monopole ? Quid des 'affaires' autour des marchés des lycées d'Ile-de-France, construits selon ce type de commande et au final plus onéreux pour le contribuable ? "Supprimer la maîtrise d'oeuvre permet de faire des affaires ; il est plus facile de s'entendre à cinq que quand il y a des appels d'offres ouverts", déclare François Pélegrin. Une évidence qui ne semble pas effrayer le gouvernement outre mesure. Bref, les motifs d'inquiétude, en effet, ne manquent pas.

Et Jean-François Susini de rappeler, comme François Pélegrin, que s'il s'agit de "gagner du temps" comme semblent le souhaiter les pouvoirs publics, l'Etat pourrait utilement s'employer à réduire les délais administratifs qui minent les projets. Le président de l'Ordre précise, qu'en tant qu'élu, il lui a fallu six ans pour construire un gymnase alors que le temps effectif nécessaire au projet et aux travaux n'était que de deux ans et demi. Or, le gain de temps n'est que de six mois à un an en supprimant les appels d'offres.

Enfin, plus inquiétant encore, il semblerait qu'un groupe d'experts planche en ce moment même à Matignon sur un projet de loi qui permettrait de réformer la loi M.O.P. et de la rendre moins contraignante pour l'Etat, l'argument de l'urgence ne pouvant servir indéfiniment.

Et si Jacques Chirac restait à son tour sourd à leur appel ? "Les architectes dans la rue", s'amuse presque Jean-François Susini. De l'humour certes, mais qui laisse entendre l'étendue du désarroi des architectes et leur ferme volonté de ne pas se laisser marginaliser. Dernier paradoxe, ce courrier a été adressé au président quelques jours à peine avant que Jean-Jacques Aillagon, 'le ministre des architectes', ne donne le coup d'envoi de la première des trois vagues d'affichage qui viendront 'scander' jusqu'en juin la campagne d'intérêt général en faveur de la qualité architecturale. Une coïncidence dont le ministre de la Culture se serait sans doute passée.

Christophe Leray

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