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Les architectes en plein papy-boom ?

Les architectes sont de plus en plus vieux. C'est ce que semble indiquer des statistiques de l'Ordre des Architectes qui montrent que près de 80% des architectes ont aujourd'hui plus de quarante ans quand ils n'étaient que 50% il y a à peine 20 ans. La réalité est plus nuancée.

 
 
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Les statistiques semblent impitoyables : les architectes inscrits à l'Ordre sont de plus en plus vieux. Les moins de 40 ans représentaient en 1983 près de 50% des architectes, ils ne sont plus que 24% en 1998, dont seulement 2% de moins de 30 ans contre environ 10% quinze ans plus tôt. Aujourd'hui, près de 80% des architectes auraient plus de 40 ans dont la moitié a plus de 50 ans. Ainsi y a-t-il désormais près de deux fois plus d'architectes de plus de 70 ans que de moins de 30 ans.

En apparence donc, le papy boom prépare un choc brutal à la profession. Les jeunes architectes sont d'ailleurs les premiers à se plaindre des "mandarins" et déplorer un accès à la commande verrouillé, selon eux, par les anciens. "Je ne me reconnais pas dans une majorité d'anciens architectes qui ont une attitude élitiste et sont très forts sur les problèmes de syntaxe", déclare un architecte de 33 ans. Le problème est réel, au point que Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture, a fait de l'accès des jeunes à la maîtrise d'oeuvre une de ses priorités.

De fait les mandarins tels que la profession les a connus n'existent plus, ou du moins ne sont-ils plus aussi influents sauf sans doute quelques barons ici ou là dans les départements. En revanche, les agences de mieux en mieux structurées, ont proliféré et sont devenues une voie privilégiée par de nombreux jeunes architectes pour finir de se former au sortir de l'école pendant quelques années avant de se lancer dans l'exercice libéral.

D'autant que la structure des études d'architecture a également changé. "Avant le travail à l'université et en agence se faisait de pair, aujourd'hui la formation pratique suit la formation théorique à l'université", explique Jean-François Chenais, vice-président du Syndicat de l'Architecture. Sentiment partagé par M. Picot, architecte de 59 ans en Savoie, qui estime "indispensable de prendre de la bouteille" en agence avant de se lancer en libéral.

Or les études durent environ huit ans et les étudiants eux-mêmes sont de plus en plus âgés quand ils obtiennent leur diplôme. Ainsi, depuis 1997, plus de 20% des étudiants ont déjà plus de 30 ans en sortant de l'école. Sans compter que nombreux sont ceux qui estiment que les écoles d'architecture ne forment pas les étudiants à affronter les réalités du métier. "La gestion d'un client, comment négocier avec lui, le convaincre, défendre ses idées et ses options ne s'apprend pas à l'école", assure J.F. Chenais. "Toute la partie relations publiques joue énormément dans le métier", confirme en écho M. Picot.

C'est en partie la raison des difficultés des jeunes architectes mais pas la seule. La structure des concours en France les désavantage également car au fur et à mesure que la profession se complexifie, les maîtres d'ouvrages sont de plus en plus réticents à choisir de jeunes architectes, non sur la qualité ou non de leurs projets - quand ils peuvent concourir - mais surtout sur leur capacité "inconnue" à gérer le chantier. "Le maître d'ouvrage ne veut pas de soucis : il choisit le projet et la capacité de l'équipe à le mener", explique le président de l'Ordre. Il faut construire pour avoir des références et sans références on ne construit pas. "Il y avait un aspect bon enfant dans la sélection des architectes qui a disparu", déplore M. Picot. Du coup, les jeunes architectes sont nombreux à réclamer des quotas pour les concours, voire carrément des concours réservés aux jeunes.

D'autres éléments jouent enfin au vieillissement des architectes. Par exemple, le fait que nombre de diplômés choisissent d'autres voies que l'exercice libéral et n'apparaissent donc pas dans les statistiques de l'Ordre, qu'il s'agisse des salariés d'agence ou de collectivités publiques ou des fonctionnaires. Sans compter ceux qui sont "sans activité", jusqu'à 5% des effectifs. Sans compter également sur la diversité des champs professionnels aujourd'hui ouverts aux architectes qui sortent ainsi en grand nombre du champ traditionnel de l'exercice libéral.

Il n'en reste pas moins que les architectes libéraux vieillissent, à l'image de la société. Les plus de 60 ans représenteront bientôt un quart de la population et leur poids économique, social et culturel n'en sera que plus marqué. L'influence de cette "gérontocratie" devrait, en toute logique, également se faire sentir sur l'architecture. Maîtres d'ouvrages frileux, clients moins portés sur la fantaisie et l'innovation, complexification du métier, accès difficile aux concours, "les jeunes sont fondés à se plaindre", conclut Jean-François Susini. "A un moment donné, devenir architecte libéral est une question de volonté", assure M. Picot. Pour les jeunes architectes, le coeur à l'ouvrage est leur premier et dernier atout.

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