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Les architectes de la lumière sortent de l'ombre

Un nouveau métier s'ingénie à occuper l'espace situé à mi-chemin entre l'architecture et le paysagisme. Les concepteur-lumières, issus de la mise en scène et du génie civil, revendiquent aujourd'hui leur place dans l'environnement urbain. Tour d'horizon des enjeux.

 
 
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Place des Terraux à Lyon (1994) de Laurent Fachard

Deux évènements concomitants, la Fête des lumières de Lyon (les 6, 7 et 8 décembre) et le Trophée light première du 10 décembre au Parc des expositions Paris Nord Villepinte, démontrent que la conception-lumière, ou mise en scène d'un lieu urbain ou rural par la lumière, atteint l'âge adulte et, avec lui, celui des questionnements.

L'urbanisme lumière, né il y a 15 ans, fut d'abord destiné à embellir le patrimoine. Il était alors, il l'est encore dans de nombreuses villes, l'objet d'une réflexion assez sommaire, les responsables de la voirie héritant souvent de l'illumination de l'église ou de la mairie. Aujourd'hui, ces concepteurs n'attendent de la lumière, respectueuse du site et du paysage, pas moins qu'elle ne soit capable de "retisser des liens entre les quartiers en difficulté". Cette lumière peut désormais être "tapageuse" ou "attentive à l'ombre et à l'environnement", voire éphémère et susceptible de modifier notre regard sur l'image et le sens d'un lieu.

Stratégies urbaines


Place de la Marne à Loches (1998) de Anne Bureau

S'il semble aujourd'hui y avoir profusion de lumières urbaines - on parle même de pollution lumineuse - la vérité est plus nuancée dès que cet éclairage n'a plus pour seule fonction d'éclairer mais d'embellir. D'où l'interrogation suivante : "l'urbanisme lumière peut-il répondre de la même manière à des stratégies urbaines très diverses : mise en scène des centres anciens, recomposition des fragments de la périphérie, échelle territoriale ou échelle de la place de quartier, quête d'identité globale ou diversification des ambiances par quartier ? "

L'embellissement lui-même s'avère être un costume taillé trop court puisque les concepteurs-lumières réunis à Lyon estiment que le rôle de l'urbanisme lumière est " aussi d'intervenir dans les quartiers en difficulté pour structurer et métamorphoser ces territoires, pour offrir de nouvelles images et ambiances nocturnes plus en adéquation avec les pratiques et les usages des habitants. " Peut-elle permettre une meilleure compréhension des enjeux urbains et des transformations proposées ?

Tour St Michel à Bordeaux (1997) de Yon Anton-Olano


Nouveaux enjeux

Ces enjeux sont en pleine évolution et correspondent d'assez prêt aux préoccupations des élus. Ils le savent désormais, un éclairage savant est source de sécurité et un mauvais éclairage source, au contraire, d'angoisse. Olivier Charrier, concepteur-lumière basé à Angers (M&L) raconte l'anecdote suivante. Un élu d'une commune lui avait demandé de réaliser la mise en scène lumière d'un parc. Ce dernier tenait à l'esthétique de cette mise en scène mais redoutait que trop de lumière ne soit une invitation aux jeunes pour y traîner tard le soir. De fait, pour justifier les investissements, on évoque généralement l'amélioration de la sécurité des piétons, l'allongement des activités commerciales, le développement touristique et la revitalisation du quartier. Mais qu'en est-il réellement ?

Il n'existe aujourd'hui, rappellent les organisateurs de la fête de Lyon, quasiment aucun outil d'évaluation des plans lumières susceptibles de nous informer sur la manière dont ces programmes ont réellement répondu aux attentes des élus et des citadins. De plus, les spécialistes sont encore peu nombreux et en mal de reconnaissance. Le plan lumière qu'ils préconisent est-il réellement un levier de développement du tourisme nocturne comme ils l'affirment? Peut-il changer l'image d'une ville, d'un quartier ?

La lumière on le sait, attire. Les commerçants l'ont compris depuis longtemps. Doit-on alors parler de mise en marché des quartiers historiques ? Mais comment peut-on évaluer la notoriété ou l'image de marque d'un secteur ayant été mis en lumière ? Comment définir la limite entre mise en valeur historique et architecturale et mise en scène de type "Disneyland" ?

Ces questions rappellent aussi les origines de ces architectes de la lumière. Issus du Théâtre et du cinéma ou techniciens de voirie, leur vision mêle art et intérêts économiques. Une problématique que reconnaîtront sans doute les... architectes.

Christophe Leray

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