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Le WC meublant du troisième millénaire, de la ville à la plage, est une pièce à touristes

© Cyberarchi 2019

C'est pour une histoire peu banale de sanitaire qu'un très jeune architecte, Jean-François Daures, et un industriel - Groupe Maillard Industrie - se sont rencontrés. Et c'est ensemble qu'ils ont proposé, fin novembre 2005, à des élus locaux médusés l'invention géniale que ces derniers attendaient depuis longtemps.

 
 
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Le culot est bien partagé. Il en fallut à Jean-François Daures, architecte montpelliérain tout juste diplômé, pour aller faire du porte à porte auprès de groupes industriels afin de présenter une idée dont il avait finalisé le concept alors même qu'il n'était encore qu'étudiant. Il en fallut autant au Groupe Maillard Industrie, basé en France-Comté et dont l'activité principale consiste à produire des biens d'équipement pour la logistique de pièces automobiles, pour se lancer dans une aventure industrielle - au sens propre du mot - avec un architecte qui tombait du ciel. Pourtant, quatre ans plus tard, l'un et l'autre présentent fièrement au Salon des Maires et Collectivités locales à Paris (en avant-première mondiale a-t-on envie de dire) un sanitaire autonome et auto-nettoyant NOMADE.

Voyons. En 1998, l'étudiant en architecture sait déjà qu'une fois architecte il se spécialisera dans la conception d'architecture ou de dispositif innovant pour la protection de l'environnement. Il tiendra parole avec la création de son agence Vision Architecture en 2000 (nous y reviendrons). Mais, à l'époque, ce qui le tracasse est le défaut de sanitaires publics sur les plages. Une équation effectivement difficile à résoudre pour les communes car les différentes installations disponibles sur le marché ne sont pas ou peu appropriées, soit parce qu'elles sont trop vite souillées soit parce qu'elles nécessitent des travaux de raccordement en eau et en électricité. Ce qui se révèle impossible, d'une part pour raisons légales, - la protection du littoral interdit d'y construire des réseaux d'assainissement - et, d'autre part, cela poserait des problèmes techniques, puisque l'on se situe en dessous du réseau. Or, la concentration estivale de touristes sur la plage nécessite des sanitaires....

Comme l'explique Jean-François Daures, "un design est bon quand il répond à un réel besoin". Le besoin est certes parfaitement établi. Reste le design. L'architecte s'emploie donc à répondre aux contraintes les unes après les autres. L'équipement est perçu comme de la micro architecture c'est-à-dire qu'il doit en intégrer toutes les fonctions (accessibilité notamment). Il doit pouvoir s'insérer dans tous les sites et en conséquence doit pouvoir être personnalisé. Il sera ensuite en matière plastique, un matériau "recyclable et recyclé". Il doit encore être autonome et auto-nettoyant. Et encore économe en eau et en entretien et en usage de produits chimiques. Il doit enfin avoir la particularité d'être transportable, d'où la marque NOMADE d'ailleurs. En 2000, le sanitaire NOMADE est lauréat du Prix du ministère de la Recherche (plus précisément du prix de la création d'entreprise de technologies innovantes parrainé par l'ANVAR).

L'architecte a gagné son pari. Avec le sanitaire NOMADE, pas d'aménagements spécifiques, pas d'alimentation ni en eau ni en électricité, pas d'évacuation des eaux usées et un fonctionnement en toute autonomie sans apport d'énergie. Sauf, comme l'explique Roland Grémion, que si "le design hors du commun est très abouti, reste à définir avec quelles technologies fabriquer la coque du sanitaire et mettre en oeuvre les mécanismes qui lui permettront d'être autonome et auto-nettoyant". Et cela, seul un industriel a les ressources technologiques et techniques permettant un tel développement. Jean-François Daures, 23 ans à l'époque, commence à frapper aux portes.

Pas tout à fait au hasard et pas tout à fait la fleur au fusil cependant. Non seulement il avait conçu un cahier des charges précis mais il avait également utilisé son prix de l'ANVAR pour réaliser une étude de marché. Autant d'arguments qui permettent de passer le barrage des secrétaires. Son projet tombait par ailleurs "à pic" pour le Groupe Maillard Industrie qui avait choisi, depuis quelques années, de se diversifier (à noter à ce sujet qu'il s'agit du premier produit catalogue du groupe) et qui maîtrisait les technologies requises : le rotomoulage pour la coque, le thermoformage pour l'intérieur, la mécano-soudure pour la structure. "Il n'y a que les dalles adhésives de la coque qui viennent d'une imprimerie", se félicite Roland Grémion, fier d'un produit "100% Maillard et 100% Franc-Comtois".

A noter enfin que Jean-François Daures a mis ses tripes là où il avait la tête. "Il a porté ce projet à bout de bras et investi beaucoup d'argent", remarque, admiratif, Roland Grémion. En clair, l'architecte et l'industriel se sont engagés solidairement à proportion égale. Il est aisé de comprendre qui, dans cet accord, prend le plus de risques. Toujours est-il qu'en 2003, ils sortent ensemble un prototype puis, un peu plus tard, une présérie. Après quatre ans de travail, ils ont fait, ensemble, le lancement commercial du sanitaire NOMADE au salon des Maires des 22, 23 et 24 novembre 2005 à Paris. "Les premiers échos sont très positifs", se félicitent de concert Jean-Fançois Daures et Roland Grémion.

Une réussite pour l'architecte qui en appelle d'autres. Il est aujourd'hui à la tête d'une société baptisée Green Wall puisque, "quand je ne trouve pas les matériaux écologiques que je cherche, je les crée" (il construira à Montpellier en 2006 un immeuble avec ces nouveaux matériaux), il a conclu un partenariat avec Pragma, dont le patron Michel Troussin, est l'un des promoteurs les plus innovants du pays et pour lequel il construit actuellement 40 maisons, sans compter le développement de toute une gamme d'équipements sous la marque NOMADE. "Je n'ai pas assez de bras", dit-il en riant.

Christophe Leray

Pour comprendre le mécanisme de cet étonnant sanitaire, consulter l'album photo qui en détaille le fonctionnement en cliquant ici.

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