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Le Serpentin d’Emile Aillaud retrouve des couleurs

Luc Boegly : Copyright 2019

Situé dans la cité des Courtillières, le Serpentin est l’une des œuvres majeures d’Emile Aillaud. Lancée en 2001, sa réhabilitation s’achève enfin sous la direction des architectes de RVA. L’immeuble sinueux, long d’un kilomètre, a été recouvert de 32 millions d’émaux de verre de 20 mm de côté.

 
 
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La réhabilitation du Serpentin, cet ensemble de logements sociaux emblématique de la ville de Pantin, imaginé dans les années 50 par Emile Aillaud, a été un projet de longue haleine. Quatorze années se sont écoulées entre l’étude de définition, en 2001, et la fin des travaux. Mais la tâche était immense : les rez-de-chaussée donnant sur la rue ont été résidentialisés, tous les logements ont été rénovés, près de deux kilomètres de façades ont été retravaillés. Et Philippe Vignaud, architecte associé de RVA, de dresser un état des lieux sans appel avant la réhabilitation : « Tous les clignotants étaient au rouge ! Les logements étaient petits, les revenus faibles et il y avait de la délinquance. »

 

Dans ce secteur difficile de la Seine-Saint-Denis, le changement de statut du vaste jardin central a été l’un des actes fondateurs du projet. Totalisant 4 hectares avec des arbres cinquantenaires, il a été converti en lieu public (l’agence du paysagiste Vincent Pruvost a été chargée de son réaménagement). Le Serpentin a été amputé de 60 logements de manière à créer une percée supplémentaire dans le long ruban de béton, ce qui a également pour effet de désenclaver le quartier des Fonds d’Eaubonne. Les caves, qui avaient été pensées par Emile Aillaud comme des espaces d’atelier de plain-pied avec le parc, ont été occultées. Leur accès se fait désormais par les halls d’entrée qui ont retrouvé leur transparence d’origine sans pour autant être traversables – depuis les halls d’entrée, on ne peut pas accéder au jardin public qui sera fermé la nuit.

 

Intentions colorées

 

Côté avenue, les 53 cages d’escalier bénéficient maintenant d’un adressage avec un vrai numéro de rue. A l’intérieur, les appartements ont été entièrement reconfigurés et agrandis pour être aux normes de confort d’aujourd’hui (des 655 appartements d’origine, il n’en reste plus que 513) malgré une contrainte forte : le Serpentin a été construit avec un mur de refend longitudinal en béton - parallèle aux façades en parpaings - qui joue un rôle de stabilisateur sur l’ensemble du bâtiment.

 

L’équipe de maîtrise d’œuvre a identifié quatre pistes de travail pour réhabiliter les façades : restaurer à l’identique l’œuvre originelle, restaurer « à la manière de », réhabiliter profondément l’ouvrage ou, enfin, innover selon une posture fidèle à l’esprit d’Emile Aillaud. C’est la dernière solution qui a été choisie et c’est vers un aspect coloré que se sont tournés les architectes de RVA qui déclarent : « Sur l’ensemble de son œuvre, Emile Aillaud a accordé une extrême importance à l’aspect esthétique des façades et à leur mise en couleur. Que l’on pense aux tours Nuage à Nanterre, à la grande Borne de Grigny et ses fresques figuratives, ou aux dégradés de rose et de bleu sur le Serpentin, le travail de la couleur est un élément clé de l’architecture d’Aillaud et de sa compréhension. »

 

Façades différenciées

 

Plutôt que de réaliser un simple enduit de façade, les architectes de RVA ont imaginé couvrir l’ensemble du Serpentin par de la mosaïque. Pour ce faire, ils se sont attachés les compétences d’un artiste plasticien, Pierre di Sciullo. Cela a conduit à réaliser des façades différenciées en fonction de leur orientation. Côté rue, l’unité des façades a été préservée au moyen de dégradés très discrets et des tonalités gris clair. Côté jardin, à l’inverse du scénario urbain, les façades ont été rehaussées d’une coloration intense et variée, de l’orange au bleu outremer. L’idée ? Créer des alcôves, des lieux d’intimité, spécifiques et repérables, en rapport avec les espaces végétaux.

 

Au final, l’isolation extérieure existante – rajoutée dans les années 80 - a été renforcée par 80 mm de laine de verre. Le bâtiment est ainsi passé de 8,00 mètres à 8,40 mètres d’épaisseur. 25 000 m2 de mosaïque en émaux de verre, de 11 teintes différentes, ont été collés sur des plaques cintrées en ciment inerte de 12 mm qui viennent se fixer sur les façades existantes par l’intermédiaire d’une ossature bois. Un procédé qui a fait l’objet d’une procédure d’ATEx auprès du CSTB. 

 

Tristan Cuisinier

 

Fiche technique:

 

Maîtrises d’ouvrage : Pantin Habitat OPH

Architectes mandataire : Agence RVA (Dominique Renaud et Philippe Vignaud)

Graphiste : Atelier Pierre di Sciullo

BET / économiste : Arcoba-Artelia

Paysagiste : Agence Vincent Pruvost

Hauteur : R+5 / 16,15 m

Logements : existants : 655 / restructurés : 513 / démolis : 60

SHOB : 50 000 m2

Montant des travaux : N.C

Calendrier : 2001 (consultation marché de définition pour le PRU des Courtillières), 2002 (désignation des lauréats), 2003-2005 (études de maîtrise d’œuvre), 2007 (OS de démarrage du chantier), 2008 (étude des façades), 2010 (témoin de façade), 2011 (lancement du chantier des façades), 2012 (lancement du chantier de la résidentialisation), 2015 (fin de chantier)

 

Le Serpentin d’Emile Aillaud retrouve des couleurs
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