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Le Scarabée de Roanne (42) est un espace multifonctionnel

© Cyberarchi 2019

Un socle noir fortement ancré dans le sol, définit une horizontale à partir de laquelle la découpe de la ligne de ciel entrera en résonance. Il reçoit l'ondulation du drapé doré de la grande salle de spectacle : stabilité et mobilité sont les deux dimensions architecturales du Scarabée qui vibre sous les lumières.

 
 
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L'architecture

L'architecture peut être un attracteur, "un étrange attracteur", surtout s'il s'agit d'un équipement public, si l'établissement est apte à recevoir des manifestations culturelles, sportives, économiques ou tout simplement du divertissement. Alors, la forme, le lieu, par son rayonnement, l'image qu'il donne, produit de l'identité symbolique, il devient support de lien social. C'est ce que propose le Scarabée pour la Communauté Urbaine de Roanne.

Souvent, la rationalité fonctionnelle ou l'exigence technique apparaissent comme un obstacle à la création. Dans le cas de la salle de Roanne, la fonctionnalité a été un point d'appui pour prolonger et développer un système de forme originale.

Comme un immense vaisseau, le bâtiment inaugure une démarche urbaine qui prend en compte l'intrusion de la vitesse dans la ville. Le drapé ondulant aux couleurs changeantes au gré du ciel, des nuages et du soleil, laisse la place à un intérieur qui se développe autour d'un espace central, celui de la grande salle. Le contraste est total entre l'habit de lumière dont se pare le bâtiment et l'obscurité, réservée à la magie de la scène.

A aucun moment, la technique n'est utilisée architecturalement, dans l'expression du projet, elle n'est là que comme un instrument, un outil au service de la dimension métaphorique de l'architecture. La technique est la dernière interface entre l'architecture et la nature ; une nature qui prend des formes différentes, animales, géologiques, végétales, océanes ou célestes, mais n'est-ce pas une façon de mettre l'architecture sur la voie d'une nouvelle modernité... ?

Une salle 'caméléon'

Un tapis d'or s'est posé sur un objet périphérique non identifié. Tombé du ciel, il est venu envelopper le Scarabée de Roanne, une salle 'caméléon' aux multiples usages. Par nature, l'architecture est inscrite, ancrée dans le sol. Elle offre au temps une résistance inaltérable ; du blanc au noir, elle passe parfois par la polychromie. Ici, rien de semblable, l'onde pétrifiée brille de ses feux comme le rouleau atlantique qui capte les rayons du soleil couchant, comme l'écorce protectrice du fût, comme des écailles animales qui miroitent sous les lamparos. L'architecture offre aux regards sa dimension essentielle : protéger, donner envie de partager, un spectacle, des émotions, sous les nuages noirs, sous un soleil de canicule, sous les rayons de la lune, le Scarabée sera un attracteur pour tous, un plaisir qui ignore la morosité, la fausse austérité, un minimalisme maniéré.

J'ai voulu que l'évidence d'une sociabilité et d'une urbanité recherchée se fasse à partir d'un geste, celui de la générosité. C'est sûrement le sens que je veux donner à l'architecture. Retourner les idées reçues, les représentations étriquées ; les équipements publics, comme le logement social, doivent faire l'objet de toute notre attention. Ils seront les témoins de notre temps, de notre vision de la modernité.

Le projet urbain

Une "salle plurifonctionnelle" est devenue aujourd'hui un véritable lieu d'échanges, de rencontres, dont le rôle essentiel est de se substituer à la place du village. Toutes les villes sont soumises aux effets de la vitesse, d'une vitesse de déplacement qui modifie notre perception de l'espace, d'une vitesse liée aux communications ou à l'évolution de la distribution. Il en résulte un nouveau rapport entre le centre ville, quelle que soit la taille de celui-ci et sa périphérie.

L'espace public s'est dilué sous le double effet de l'intrusion de la vitesse et de l'idéologie "de la continuité de l'espace", du sans limite du territoire, de l'urbanisme de "l'open planning". Pourtant, l'avenue, le mail, le boulevard étaient autant de supports de promenade, d'une simple déambulation, mais aussi lieux de rencontres, de socialisation. Le lien social s'est rompu en périphérie d'abord, au centre ensuite. Si l'espace public ne joue plus ce rôle de support du lien social, la nécessité de créer les conditions de développement de ce lien n'en demeure pas moins importante.

Le relais de poste s'est transformé en gare et en aérogare. La rue commerçante a cédé le pas au centre commercial et l'espace public s'est prolongé... en centres aquatiques, en salles plurifonctionnelles ou en médiathèques qui deviennent les emblèmes des intercommunalités et dont la caractéristique principale est de s'adresser à toutes les catégories de populations, à tous les âges, à tous les membres d'une même famille, du grand-père aux petits-enfants. C'est dire à quel point des activités spécifiques doivent se développer en s'appuyant sur les forces locales, sur les associations, sur tout ce que sera la vie des quartiers au-delà des grands spectacles et des manifestations économiques.

Le centre ralentit, devient piétonnier, se ferme à la circulation automobile. La périphérie s'étend et, souvent, avec un manque de lisibilité et de structure. En réalisant le Scarabée, une salle plurifonctionnelle à la périphérie de Roanne, on peut s'attendre et espérer un effet centrifuge. Un équipement public au fort impact visuel invite à structurer un véritable projet urbain aux programmes mixtes. La collectivité joue un rôle économique et social en créant un nouveau territoire ouvert à tous, un peu l'inverse de ce qui se faisait avec les places royales, où le projet était de construire "le plus bel écrin pour accueillir la statue équestre du roi", là on commençait par la périphérie, la façade. Ici, c'est exactement le contraire, inversion du dispositif urbain, c'est le cadre qui reste à faire. Un cadre actif, résidentiel commercial, véritable accompagnement urbain qui deviendra l'écrin, la place moderne de vide est devenue un plein, une nouvelle forme de centre, pour une ville qui affiche sa volonté d'exister culturellement, socialement, économiquement.

Forme et fonctions

L'architecture moderne doit affronter un paradoxe que peu de programmes peuvent résoudre. D'un côté, l'idée largement répandue qu'il y a un rapport entre la forme et la fonction, de l'autre, celle d'un idéal de liberté qui permettrait tous les changements d'affectation, toutes les évolutions. Plus l'idée du "programme", de l'attention à l'usage, prend de l'importance et plus l'architecture semble contingente, dépendante, loin de l'idée d'autonomie, de liberté si habituellement associée à la création, à la beauté.

Pour moi, un bon programme est celui qui va me permettre de trouver ma part de liberté, aussi infime soit-elle. C'est là que l'architecture donne du sens, du jeu, du plaisir et de l'émotion. C'est là que l'architecture existe.

Cette salle plurifonctionnelle, le Scarabée, est la quintessence du paradoxe architectural. Posée en périphérie de la ville de Roanne, sans lien contextuel, elle doit, par son organisation, permettre que se déroulent des expositions, des concerts, des manifestations sportives, des conventions, un marché, ... tout ou presque. Il n'est pas prévu d'y habiter pour le moment, encore, qu'à l'instar du théâtre de Marcellus à Rome, on pourrait imaginer un jour heureux ou une 'couronne' de logements viendrait le compléter pour en faire un "objet urbain".

Aujourd'hui, il s'agit d'un objet technique dans sa conception, du fait de la multiplicité de ses vocations, j'y trouve "ma" liberté architecturale. Donner un sens qui échappe à la seule dimension technique, résister à son omniprésence pour remettre cette architecture "animale" dans sa trajectoire temporelle, celle de la recherche permanente d'un nouveau rapport avec la nature et, comme une évidence, pouvoir dire : "il a toujours été là". Voilà la vraie modernité.

Cette enveloppe tissée, plissée, lamée, ondulée, est là comme un nouvel "ordre" qui permet une échappée polysémique. Dans son organisation, le hall, dont le sol noir prolonge le parvis, distribue les différents services, un peu comme un catamaran, d'un côté l'administration, de l'autre les loges et le traiteur. Au centre, l'accueil distribue les salles de réunions et de réceptions. C'est le grand espace central qui est la pièce maîtresse du programme. Une surface libre de 3.000m² permet la modularité grâce à la continuité spatiale avec le hall. La lisibilité est immédiatement perceptible : 1.000 places en gradins fixes prolongées par 1.500 en gradins mobiles et le parterre qui peut recevoir 1.000 places assises supplémentaires. De 1.000 à 3.500 places assises, on peut atteindre 5.500 debout. L'ensemble est prolongé par un plateau technique de 1.000m² et couvert par un grill technique de 3.000m², l'outil de la multifonctionnalité. Il est équipé de poutres mobiles qui permettent une large utilisation de l'éclairage. La salle noire est recouverte de panneaux de fibralith qui assurent une excellente correction acoustique. Le choix des gradins polychromes est esthétique, les couleurs "remplissent" la salle, mais surtout la répartition aléatoire permettra, au fil du temps, le remplacement commode des sièges endommagés.

La structure générale du bâtiment est constituée par des voiles de béton de 20cm d'épaisseur et haut de 20m. Le choix du béton est lié à l'affaiblissement acoustique souhaité, 65dB ; 10cm d'isolant thermique complètent un dispositif dont l'écorce d'aluminium assure une protection thermique contre le rayonnement solaire. La façade sud, qui abrite l'accès des camions sur l'espace central, est composée de 300m² de panneaux photovoltaïques. La plurifonctionnalité apparaît alors comme une ouverture, celle d'une architecture qui rend sa place aux usages et aux fonctions, sans renoncer à construire du sens à partir d'une poésie de la matière avec la lumière.

Développement durable

Nous avons souhaité que cette réalisation soit irréprochable en matière de développement durable. L'architecture est faite pour durer, être durable est donc sa vocation. Nous pensons que la démarche architecturale, celle qui vise à rendre un bâtiment remarquable, recouvre largement toutes les intentions attachées à l'économie, à l'usage, au rapport au contexte, au fonctionnement, à toutes les formes d'accessibilité, de lisibilité, de symbolicité. L'architecture doit être durable même si, comme le disait Auguste Perret, "... c'est ce qui fait de belles ruines" !

Nous avons voulu, en concevant le Scarabée, que la première des dimensions de la durabilité soit complètement prise en compte et, ici, il s'agit de la flexibilité du changement de fonction, de l'adaptabilité du bâtiment qui permet de passer d'une salle de spectacles à une salle d'exposition en quelques heures. C'est cette qualité que le critique d'architecture R. Banham met en avant pour qualifier non la construction mais l'architecture.

En quoi cette architecture est-elle différente des autres architectures ? C'est qu'elle résulte d'une démarche qui veut que ce bâtiment soit ici et maintenant : Topique.

Dans son contexte :
Il s'agit d'un cadre à venir, c'est donc inséré dans une réflexion urbaine que le projet trouve sa place pour passer d'une situation périphérique à une position centrale, affirmation d'une modernité assumée.

Dans ses principes constructifs et techniques :
C'est d'abord la compacité du bâtiment qui va réduire les échanges thermiques. Le choix des techniques utilisées relève d'une préoccupation constante et nous conduit à privilégier des techniques mixtes béton/acier. Le béton, pour ses qualités acoustiques, nous permet d'avoir une enveloppe qui sera prolongée par des poutres de toitures en acier. Une enveloppe acoustique intérieure permettra une audition de qualité. L'originalité du projet va se trouver, notamment, dans la recherche du confort thermique et acoustique. C'est l'orientation qui a guidé le choix des dispositions architecturales.

La réalisation d'une "double façade" sur trois côtés du bâtiment permet de régulariser les apports thermiques en créant une circulation d'air entre les parois en béton de la salle et la vêture métallique extérieure : En hiver, cet espace tampon fonctionne tout simplement comme une protection thermique avec réduction de l'effet de paroi froide (et en conséquence, économie d'énergie). Celle-ci entraîne une diminution des consommations de chauffage. En été, la configuration géométrique de la peau extérieure (hauteur, resserrement en partie supérieure) permet de favoriser le tirage thermique naturel.

Moyennant une ouverture en partie inférieure ainsi qu'en partie supérieure, le volume fonctionne comme une cheminée thermique sans systèmes actifs consommateurs d'électricité. Cette sur-ventilation naturelle fonctionne de jour comme de nuit et permet une amélioration sensible du confort d'été. La sur-ventilation de nuit permet d'emmagasiner un peu de fraîcheur pour la journée du lendemain. Ainsi, la solution proposée améliore considérablement le confort des usagers et réduit les besoins de climatisation.

La façade sud-ouest du bâtiment, la plus exposée aux rayonnements solaires, intègre dans sa structure des panneaux photovoltaïques installés et orientés de façon à assurer le maximum d'efficacité (puissance maximum de 36.000kW). Le champ photovoltaïque est constitué de 450-550 modules montés en série ou en parallèle puis posés sur une structure en aluminium.

L'énergie produite par ce système sera raccordée au réseau EDF et permettra de financer en partie le surcoût énergétique du bâtiment. L'intégration de ce système n'a pas pour ambition un objectif technique direct, il représente une ouverture pour le développement des hautes technologies.

La conception des façades en "carapace" sert en même temps d'écran acoustique depuis les voiries périphériques vers l'établissement (notamment espaces extérieurs d'exposition), mais aussi depuis l'établissement vers le voisinage, notamment en configuration 'musique amplifiée'.

La géométrie du bâtiment et du site ont été introduits dans une simulation informatique (logiciel de prévision du bruit dans l'environnement) et dans les hypothèses constructives prises et, pour un niveau sonore de 105dB(A) à l'émission, on constate que le niveau propre est inférieur à 30dB(A) au droit des riverains, conformément aux attentes.

C'est en fait l'ensemble du bâtiment qui a été pensé en termes d'isolation phonique. La présence de locaux techniques et administratifs, placés de manière stratégique, renforce les performances d'isolation acoustique de l'enveloppe (espaces tampons entre la rue et la salle). Les équipements techniques ont été traités par des pièges à sons afin de conserver l'isolement acoustique. Les dispositifs de communication entre le volume de salle et les espaces servants sont réalisés par des sas entre les portes, pour éviter la diffusion du son dans les parties administratives.

Dans la finalité de son exploitation fonctionnelle et énergétique :
C'est la lisibilité du plan qui a été essentielle, avec une distribution claire des espaces servants (parties latérales) et de l'espace servi en position centrale. De même, le choix de tous les matériaux relève d'une définition technique et architecturale mais il prend en considération la facilité de l'entretien.

A l'extérieur, le socle noir est recouvert d'une mosaïque de hasard qui assure la pérennité du traitement. De même, l'utilisation du matériau d'enveloppe ne demandera aucun entretien. Le choix des équipements techniques s'est fait afin d'éviter des interventions de maintenance lourde. L'eau a également été au coeur de la préoccupation durable tant à l'extérieur sur le parking, qu'à l'intérieur avec l'installation d'appareils économes.

Pour nous, la conception et la réalisation du Scarabée de Roanne est la démonstration de ce que la démarche architecturale et la démarche de prise en considération du développement durable sont les versants d'une invention et d'une innovation technique et formelle et ne doivent pas conduire à de nouveaux "modèles". C'est à ce prix que l'architecture atteindra sa nouvelle modernité, une modernité attachée à une identité propre, un caractère novateur adapté à sa fonctionnalité.

Alain Sarfati

Lire également notre article 'Une "salle plurifonctionnelle" lieu d'échanges et 'attracteur urbain' à Roanne' et consulter notre album-photos 'Le Scarabée d'Alain Sarfati pour la Communauté urbaine de Roanne (42)'.

Le Scarabée de Roanne (42) est un espace multifonctionnel
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