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Le paysage pour la densité

© Cyberarchi 2019

Définissant le paysage comme nouvelle valeur contemporaine permettant de configurer la densité urbaine, Julie Morel (ENSA Montpellier) imagine un quartier où l'espace public fait office de liant social et où perméabilité et porosité deviennent des principes fondateurs d'urbanisation. Quand le paysage guide l'architecture... Explications.

 
 
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La construction d'un habitat contemporain semble aujourd'hui se constituer de façon unanime autour des notions de diversité, de mixité et de densité. Habiter autrement est avant tout, dans l'idéologie commune, trouver de nouvelles réponses à la problématique de l'étalement urbain : construire plus dense, s'orienter vers une ville plus compacte, minimiser les distances habituellement parcourues entre le lieu de résidence, de travail et d'accès aux services, construire la ville dite durable. La densité apparaît comme une nécessité, une réponse incontournable, un slogan.

Le postulat qu'il s'agit alors de soutenir est le suivant : la notion de densité ne peut avoir de signification que si elle se trouve questionnée et dépassée par de nouvelles valeurs qui la configurent et la soutiennent. La densité n'est plus une valeur purement quantitative mais un véritable dispositif proposant de nouvelles configurations de 'l'être-ensemble' et permettant de valoriser une ressource identitaire : le paysage.

A l'échelle du plan masse, l'une des spécificités de la parcelle est sa localisation entre deux tissus urbains qu'il s'agissait de relier par une morphologie urbaine intermédiaire. La réflexion sur le développement futur de la ville imposait dès lors d'assurer la perméabilité et la porosité urbaine du quartier pour favoriser les échanges de flux et anticiper la densification des zones environnantes.

Trois mails routiers structurent le site et définissent cinq unités résidentielles qui répondent de façon spécifique aux diverses ambiances et tissus urbains environnants, en définissant des étendues de densité, d'intensité et de hauteur de bâti variées. Le choix de limiter la quantité de voirie carrossable trouve son pendant dans la valorisation du réseau piéton. Chaque unité résidentielle comprend une aire de stationnement collective, légèrement décaissée par rapport au niveau de la rue afin d'en limiter l'impact visuel et connectée à un réseau de venelles piétonnes permettant l'accès au domicile.

Les venelles deviennent un élément caractéristique de la pratique des lieux et participent d'une ouverture du quartier vers l'extérieur en constituant un réseau piéton continu qui se trouve renforcé par la mise en place de la promenade piétonne dans l'axe est-ouest qui en récolte tous les flux. L'espace public est traité de façon à en proposer des échelles variées, comprises tant dans la continuité que dans la gradation.

La première échelle considérée est celle du fragment que constitue l'unité de voisinage. L'espace public s'infiltre entre les habitations, constitue une aire de jeux sécurisée pour les enfants, favorise les interactions de voisinage tout en jouant le rôle de filtre visuel entre les habitations. La deuxième échelle est celle du quartier, où l'espace public assure le lien entre les unités résidentielles. Enfin, la promenade piétonne qui se prolonge au-delà des limites de la parcelle répond à une troisième échelle : celle de la ville, laquelle comprend le parc prévu le long des berges de l'Hérault. Cet entrelacement des échelles fait de l'espace public une infrastructure permettant de créer du lien.

La proposition architecturale s'est focalisée sur l'unité de voisinage située au sud de la parcelle. Sa position géographique constitue un élément de connexion stratégique à l'échelle urbaine, un élément de transition entre l'intensité de la ville et celle du quartier. Elle autorisait à penser l'intégration de locaux professionnels pour des commerces de proximité, des professions libérales, de petits équipements de quartier, constituant ainsi la façade urbaine du quartier sur la ville.

Les aspirations des ménages en matière de logement constituent la base de la proposition, induisant en amont la nécessité de penser un logement individualisé, à défaut d'être individuel. Expérimenter la densité à cette échelle conduisait à introduire dans l'unité de voisinage des principes de partage de l'espace en donnant à certains éléments du projet une forte valeur collective.

Entre les espaces privés et les espaces communs, la réflexion menait au besoin d'en déplacer les limites pour conférer à l'ensemble une nouvelle forme d'articulation. Afin de donner à chaque logement une vue longue sur le paysage, le stationnement a été pensé comme une opportunité de modelage du site. L'espace dédié aux voitures est recouvert d'un sol artificiel, accessible, constituant une variable dans le rapport que peuvent entretenir les logements au sol.

Chaque typologie devient, de fait, une conséquence de ce rapport spécifique, permettant une déclinaison d'articulations des logements entre eux, à partir d'un même principe de composition. L'unité de voisinage se constitue à partir de quatre bandes bâties entre lesquelles s'infiltrent des bandes d'espaces publics. Dans chaque bande de logements, les maisons se voient attribuées de spécificités selon le critère de diversité des typologies. Du T2 pour les jeunes couples ou les célibataires au T4 familial, en passant par les maisons à potentiel d'évolution et leurs divers modes de groupement qui laissent envisager de possibles cohabitations inter-générationnelles, l'ensemble considéré offre un éventail de possibilités susceptible d'accueillir une grande diversité de ménages.

Julie Morel

Lire également les articles :

>> 'Un contexte = une architecture' ;
>> 'Une 'utopie pragmatique' pour un habitat durable'.

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