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Le nouvel hôtel Fouquet's des Champs-Elysées par l'architecte Edouard François

© Cyberarchi 2019

L'hôtel Fouquet's Barrière ouvre ses portes sur les Champs-Élysées à Paris. Ce nouvel hôtel 4 étoiles luxe veut profiter de la renommée internationale du célèbre restaurant "Le Fouquet's" pour offrir ses services à une clientèle ciblée de très haut de gamme. Une visite signée Isabelle Coste et David Orbach.

 
 
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L'auteur, l'architecte Edouard François (l' 'immeuble qui pousse' à Montpellier, la 'Tower Flower' à Paris 17ème) a conçu l'immeuble, mais la décoration intérieure ne lui a pas été confiée.

Mais pourquoi diable François a-t-il dessiné sur son édifice une façade haussmannienne ? Avec sa propre défonceuse numérique, qu'il possède au sein même de son agence, il avait toute liberté pour nous dessiner n'importe quoi d'autre. Et donc pourquoi pas une façade sculptée à la mode d'aujourd'hui?

Edouard François nous explique savamment son choix de reconstruire une façade "Haussmannienne" par une étude approfondie de l'îlot où il intervient. En suivant le rythme d'apparition des immeubles haussmanniens de cet îlot parisien, il détecte un "trou" correspondant à l'endroit où il veut intervenir. Il décide donc de le combler en reconstruisant, mais de manière distanciée et contemporaine, un nouvel immeuble avec moulures, balcons ouvragés et modénatures (1) haussmanniennes.

Et alors, devant cet environnement d'une architecture très passable (alors que l'on se trouve au bord des Champs-Elysées !), on se surprend secrètement et honteusement à rêver d'un bon vieux quartier parisien, avec ses cafés, ses terrasses, ses platanes et... ses immeubles haussmanniens! Et peut-être François a-t-il lui aussi senti cette absence, cet appel, et nous a donc fort logiquement offert "ces têtes de lion, ces anges, ces corniches et une certaine hauteur d'étage." de cette époque que nous aimons tous.

C'est pourquoi nous dirons que François a eu raison de dessiner un "immeuble Haussmannien" non pas parce qu'il y en avait d'autres sur l'îlot comme il nous le déclare, mais au contraire parce qu'il n'y en avait pas dans la rue! Le résultat est très beau parce que cet immeuble en pierre grise est paradoxalement le plus "doux" du carrefour, douceur qui se répand dans la rue et l'embellit toute entière.

Et il y a ces fenêtres aussi fines que des couteaux qui percent la façade à des endroits absolument et résolument indépendants des modénatures. L'effet est stupéfiant : on sent, sous la pierre, une autre logique que celle que l'on voit ; deux sortes de trames qui se superposent sans coïncider et dont le décalage surprend et oblige à l'attention. Les deux matériaux, le verre, cerclé d'acier, et la "pierre grise" s'opposent et se reflètent magnifiquement.

Répondons immédiatement aux critiques pressés que la façade du Fouquet's n'est en aucun cas un pastiche. La preuve? Il suffit d'aller le voir. La couleur, la texture, les vraies fenêtres, les fausses fenêtres : l'immeuble ne cherche à aucun endroit à nous faire croire qu'il est un immeuble haussmannien. Il nous en parle c'est tout. Lorsque l'on est sur place, on n'y pense pas une seconde. Penser que François a voulu faire un pastiche serait comme, en regardant le film "Les dix commandements", imaginer que le réalisateur a voulu nous faire croire qu'il a filmé des scènes d'époque. Il n'en a fait qu'une représentation. Personne n'en doute à aucun moment du film.

Si l'on songe que l'architecte est surtout connu pour ces célèbres et magnifiques façades végétalisées, nous ne comprenons pas pourquoi le maître d'ouvrage a fait appel à lui pour cet ouvrage en ce lieu. Espérait-il un projet plus "végétal" que l'on aurait pu imaginer en effet dans cette rue sans arbre et très urbaine ? Mais c'est le propre des architectes de talent de nous proposer toujours du nouveau, de l'inventif là où nous ne pouvions, nous, qu'imaginer une "façade d'Édouard François" sans vie et sans vérité.

Puis il faut parler de cette incroyable NON-FINITION des revêtements de façade (qui n'est pas de la non-qualité, attention!) que l'architecte nous propose maintenant sur presque tous ses projets. Il s'attache en effet à éviter le plus possible l'uniformité de la matière, signe de froideur industrielle, pour mettre en valeur les différences artisanales de couleurs, de grains, de plans, d'épaisseur, bref les "défauts" que nous appellerons plutôt des "singularités" et que nous adorons tout autant que lui. Ils étaient déjà là sur la façade de son immeuble végétalisé "Tower Flower" de la Zac Porte d'Asnières à Paris, créés par une belle alternance de bétons gris et blancs, mais que l'on ne remarquait pas autant qu'au Fouquet's parce qu'ils étaient cachés par les bambous et ne leurs servaient que de fond. Car François sait bien que, plus que tout, ces effets de matière donnent à ses constructions les plus beaux effets. Ce sera la plus belle chose qui restera de lui quand son oeuvre sera passée de mode et ne brillera plus que par elle-même. Et comme les images, et surtout les images virtuelles, envahissent progressivement notre vie ; la Matière, sa présence et son poids nous séduisent et nous séduiront de plus en plus. Le pari d'Edouard François est donc gagnant.

Le jardin intérieur n'est pas l'Edouard François que nous préfèrons. Sans doute est-il trop sophistiqué pour nous. Mais après tout, nous sommes dans un établissement de luxe! Là encore l'architecte nous surprend en ne cachant pas les murs aveugles de ces anciennes cours d'immeubles qu'un architecte moins bon aurait instinctivement tenté d'occulter. Au contraire, par l'apposition d'une maille de branches argentées, il les révèle, les transforme et les ennoblit pour donner au lieu la féerie souhaitée. On sent en définitive que l'on pourra tirer une table dans ce jardin et y être bien. Dans ce centre d'îlot parisien si dense sur les Champs-Elysées, ce sera extraordinaire.

Le plan de l'hôtel ne semble pas réserver de surprise. Consolons-nous : il ne donne pas envie d'être riche. Mais l'architecte nous a prévenu : tout est dans le service. Cela ne se voit donc pas en plan. Nous n'aurons droit que de le rêver.

Alors si vous allez voir cet hôtel, dites-nous si nous divaguons ou si une tête sculptée sur la façade est celle de l'architecte lui-même!

De tous les bâtiments sur la scène architecturale internationale, celui-ci est le plus innovant.

Coste-Orbach architectes

Le site de l'architecte Edouard François: http://www.edouardfrancois.com/indexp.php
Le Fouquet's Barrière : http://www.fouquets-barriere.com/
(1) Modénature : Elément d'ornement constitué par les profils des moulures d'une corniche.


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