Rejoignez Cyberarchi : 

Le Gros Paris

© Cyberarchi 2019

L'événement semblait historique, la date notée depuis longtemps. La longue file d'attente ce mardi matin aux portes de la Cité laissait présager l'importance du 17 mars 2009 pour le Grand Paris. Pour la première fois, les projets des dix équipes étaient rendus publics. Une belle affiche, des acteurs connus... Mais une mise en scène ratée. Chronique de J.P. Hugron.

 
 
A+
 
a-
 

Des personnalités aussi prestigieuses que Jean Nouvel, Christian de Portzamparc, Mike Davis, Saskia Sassen et d'autres encore étaient réunies sur la scène du théâtre de Chaillot. Leur présence simultanée relevait de l'ambition proclamée. Cette affiche ne pouvait être manquée sous aucun prétexte.

L'attrait ne se limitait pas seulement aux noms réunis mais à l'enjeu inédit qui les rassemblait : penser et imaginer le Grand Paris. Dix équipes ont été sélectionnées. Curieusement la personnalité de l'architecte a prévalu et si chacune des dix équipes comprenait urbanistes, géographes, sociologues, économistes... seul le nom de l'architecte, vraisemblablement plus médiatique, a été retenu pour les identifier. La salle n'aurait peut-être pas été aussi comble sans ces prestigieux patronymes...

Comment évoquer cette journée ? La chose paraît délicate alors que Michel Desvigne, architecte paysagiste, intervenant lors du dernier débat, accuse les journalistes de ne faire qu'une caricature des riches propositions. Il n'en fallait pas moins pour soulever la polémique.

Certain et convaincu de la richesse des propositions des dix équipes, je n'avais jusqu'à présent pu réellement apprécier l'ampleur du travail. Les propositions n'étaient disponibles que depuis peu sur le site du Ministère de la Culture. La taille volumineuse des fichiers, en plus de mettre à mal le fonctionnement de ma machine, obligeait un temps long d'analyse que tout un chacun ne pouvait s'offrir dans l'immédiat. Il ne restait que quelques synthèses et images qui circulaient ici et là. Cette journée s'annonçait donc comme enrichissante telle une porte d'entrée vers le monumental effort réalisé par les dix équipes.

C'est plein d'attentes que je suis allé assister à cette journée. C'est désillusionné que j'en suis reparti. Que ne peut-on caricaturer après une telle improvisation ?

La Cité de l'Architecture et le Ministère de la Culture n'avaient-ils personne pour animer adroitement les débats ? Aucune question n'a été posée pour souligner la valeur d'une réflexion. Qui peut encore douter que l'avenir de Paris se jouera sur les problématiques urbaines, sociales, environnementales, du logement et des transports ?! Pourquoi en rester à ce niveau de généralités ? Les architectes eux-mêmes ont paru pour certains déconcertés par tant de simplisme.

En quelques dix minutes, il était donc impossible, faute de questions pertinentes, d'accéder à la substance même des propositions. L'exercice court nécessitait un effort de synthèse et, dépourvu de cet esprit de concision, le débat s'est perdu dans les clichés. Les mots sont lancés. Je me suis rappelé alors mes pénibles heures sur les bancs de la faculté de géographie où, pour disserter dans quelques matières qui me déplaisaient, j'alignais les bons mots. Pendant quatre heures, j'ai revécu l'horreur de la salle d'examen.

Il est ressorti du débat une pâle dissertation dont le sujet n'a pas été clairement identifié. On parlait de la ville... mais de quelle ville ?! Il était étonnant de n'entendre jamais prononcé le nom d'un lieu. Pourquoi n'avoir pas souligné et nombre de propositions l'évoquaient pourtant, l'identité, la spécificité, le particularisme, ou l'originalité ?

Je suis triste de voir publiée dans les journaux, comme d'entendre évoquée à plusieurs reprises, lors du débat, la figure de Central Park. Paris n'a pas d'autre prétention que de copier un espace imaginé au XIXe siècle ?! Il est également difficile de ne pas soupirer au regard du monorail dont l'image fait le tour aujourd'hui de Paris, aux propositions de "tours gentilles", aux actuelles ambitions bien "trop mignonne"... En échange, des "transversales vertes", des "super-sorbonne", "un super-parc", une "super-seine",... une rhétorique et une imagerie un peu vieillotte, digne d'un Paris Match des années 60 où Paris imaginait déjà l'aérotrain et dessinait le XIIIe arrondissement dominé par Super Italie. Alors oui, les architectes peuvent être en colère face aux articles réducteurs, mais que dire aujourd'hui d'une manifestation aussi importante que cette journée consacrée au Grand Paris réduisant la réflexion à son minimum et à ses atours les plus polémiques ?

La journée s'est péniblement poursuivie par quelques présentations anecdotiques, vaguement publicitaires de projets urbains, sans qu'aucune logique ne les associe réellement. Aucun vocabulaire commun, aucune volonté de démonstration ou de comparaison. Une simple juxtaposition de cas à différentes échelles qui viennent célébrer l'activité architecturale et urbanistique de Londres, Madrid, Berlin et Rome. Le long exposé consacré à la Randstad répondait largement aux attentes que l'on pouvait se fixer mais paraissait malheureusement incongrus dans ce 'best of'.

Le troisième temps s'est vu plus animé. Quelques réflexions pertinentes et synthétiques sont venues réveiller et chatouiller les esprits que le morne discours final est venu entacher.

En conclusion, il sera difficile à cette journée ennuyeuse de s'imposer comme un élément fondateur. Plus improvisée que réellement construite, elle ne rend pas hommage aux travaux réalisés par les dix équipes et ne semble pas respecter leurs auteurs. Il faudra attendre les prochaines dates annoncées que sont l'inauguration de l'exposition et la série de conférences qui l'accompagnera pour vraisemblablement apprécier la portée de cette commande inédite.

Le 17 mars était donc un rendez-vous manqué.

Jean-Philippe Hugron

Le Gros Paris
Le Gros Paris
Le Gros Paris
Le Gros Paris
Le Gros Paris
Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER