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Le Galilée, Studio Bellecour, un immeuble de bureaux dans un site aéronautique

© Cyberarchi 2019

L'architecte Wilfrid Bellecour a réalisé Le Galilée, un ensemble de deux immeubles de bureaux, alliant esthétisme et confort. Entretien avec un architecte d'expérience et de convictions architecturales.

 
 
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Dans quel contexte le projet a t-il démarré?

«COGEDIM a lancé ce projet plusieurs mois après avoir lancé un concours pour un autre projet auquel nous n'avions pas été retenu; au moment de faire Le Galilée, elle a demandé à la SEM Constellation un maître d'oeuvre qui s'est rappelé d'un dossier «rouge»... le nôtre! Nous avons été choisi par COGEDIM sans passer par la phase concours.»

Quelles ont été les contraintes du site et comment y avez -vous répondu?

« Même avec des contraintes très importantes, il y a toujours une façon de trouver les choses élégantes et moins classiques, ce n'est pas difficile, c'est le moteur de qualité. L'intégration de toutes les contraintes, contraintes urbaines et contraintes commerciales font qu'on arrive à ce résultat. Les données urbaines de la ZAC et l'enveloppe financière du maître d'ouvrage ont permis le dessin d'un ensemble tertiaire de qualité. La ZAC avait pour volonté d'un renouveau et d'afficher une nouvelle architecture toulousaine. Les contraintes relevant du règlement d'urbanisme étaient telles que le projet se devait d'être urbain et aussi que nous devions tirer partie de la place. Il imposait un front continue de 12 m et en peigne le bâtiment pouvait s'élever jusqu'à 5 étages. Il nous fallait marquer la frontalité tout en tenant compte de l'environnement et des perspectives existantes notamment celle du hangar situé en l'arrière plan du site, lieu de fabrication de A320. Il nous fallait signifier ce qu'il y avait d'existant dans le contexte.»

Le projet est composé de deux immeubles distincts parallèles reliés par un long voile de béton blanc de 12 m de haut, 80 m de long, correspondant à 530 m3 de béton. Construit sur le modèle des ouvrages type «ponts», il est constitué d'une partie verticale dont la structure est liée au bâtiment qui apparaît en surplomb sur la rue. En pied, il fait office de fondation, en tête, il est simplement attaché à la façade en un point. Trente mètres plus loin, il vient recouvrir le second bâtiment.


Comment a été pensé le voile de béton blanc? Il représente une aile d'avion?

«Le voile de béton protège l'ensemble et indique l'entrée. Aile ou hélice, je ne dis jamais rien... c'est un voile vrillé... Ce n'est pas de l'aéronautique, c'est de l'architecture, toute allusion est bonne à prendre et ce n'est pas moi qui le dis. J'ai envie que l'imaginaire y aille tout seul. En fait cette composition n'est pas seule, il y a aussi un galet, sorte de contre point minéral quand on arrive sur le parvis, le galet qui offre l'espace nécessaire au rangement des vélos rappelle le museau d'un avion ou encore un cockpict, il constitue un antipode plastique de cette aile ou hélice tendue, on a là quelque chose de plastiquement équilibré...».
La conception du voile béton a -t-elle été facile?

«C'était une bataille sans nom! La difficulté résidait que l'on n'avait pas l'éxécution... on ne peut pas forcer le maître d'ouvrage à nous confier le suivi de chantier...».

Les deux bâtiments sont bardés d'isolant extérieur et de brise-soleil, on distingue à peine les fenêtres, est-ce une volonté de votre part de cacher la façade?

«La façade ne se cache pas, elle est. Dans les opérations de bureaux, on travaille la fenêtre de façon assurée. On ne peut pas se permettre d'avoir une fenêtre qui n'est pas agréable. Les brise-soleil, on ne les voit pas, on ne les sent pas et en plus on bénéficie de leur ombre et de leur lumière. Un brise-soleil n'est pas que de l'ombre mais il peut être lumière. On a continué les brise-soleil sur toute les façades de manière esthétique pour obtenir un effet moelleux, au niveau des sorties pompiers les brise-soleil ne sont pas coupés mais rentrés, ce qui renforcent ainsi l'effet dilatation et rétraction. Malgré la rigidité linéaire des brise-soleil on obtient une façade moelleuse.»

Comment sont nées les formes des bâtiments?

« Le bâtiment devait être composé de plusieurs plateaux, les scénarios les plus probables nous ont dirigé vers une opération bicéphale, on a pensé à deux bâtiments d'un même air de famille mais à la personnalité différente. La lecture se faisant de gauche à droite, le premier bâtiment vient se transformer en celui de droite.»


A première vue on ne sait pas si les brise-soleil sont en bois, en quel matériau sont-ils?

«Beaucoup se demandent si c'est du bois, du métal, et le vocabulaire est proche du textile. L'utilisation de brise-soleil modulables en aluminium épais a été une volonté et les moyens mis à notre disposition nous a permis ce choix.»

Avez-vous hésiter avec des brises soleil en bois?

«Non jamais! pour le tertiaire pas de bois! L'entretien aurait été trop difficile et le vieillissement exécrable... Le bois ne marche pas en tertiaire, en habitat oui, pour l'entretien...».

Le projet témoigne d'une réflexion visant économie d'énergie et réduction de perte de chaleur : des toitures végétales, la gestion de l'eau, l'arrière du projet est végétalisé, le parking ventilé et éclairé naturellement par un patio. Est-ce que le bâtiment est labellisé HQE?

«Aucun logiciel au moment de la conception de l'immeuble n'était capable de prendre en compte des brise-soleil pour évaluer l'ensoleillement au sein des bâtiments. Et pourtant, l'utilisation de brise-soleil modulés selon l'éclairement et l'isolation extérieure de 160 mm, assurent un bilan énergétique de qualité et confèrent à l'opération des caractéristiques HQE. Un bâtiment bien conçu peut-être HQE. La valeur intrinsèque du bâtiment compte plus que la technique...Les parkings intégrés aux bâtiments sont éclairés et ventilés naturellement par un patio, boussole pour les automobilistes et piétons qui perçoivent sa clarté et peuvent ainsi s'orienter. La lumière attire, guide... Il n'y a pas de discrimination entre ceux qui arrivent en voiture et les piétons, ils doivent tous traverser le patio pour entrer dans les bâtiments.».


Quelles sont les priorités dans un projet de bureaux?

«D'abord l'allège basse est une caractéristique qui correspond à l'homme qui travaille assis à un vitrage durant 90% de son temps. L'allège visuel à 1,10 m n'est pas bonne. Même dans les logements, les percements plus bas ont une qualité énorme pour sentir la lumière; plus que la vue, c'est la sensation et le rapport à l'extérieur qui sont importants. L'échappée visuelle doit être rendue possible, le rapport du corps à la surface vitrée et à l'extérieur sont à prendre en compte. La protection solaire est aussi importante. Il n'y a rien de plus désagréable que le soleil qui tape. Les brise-soleil épais de 40 cm permettent de ne pas avoir de perte lumineuse et d'effet de gêne. Ils constituent des protections solaires permettant de garder la vue. L'épaisseur de la façade est elle aussi importante. Je me suis aperçu en 20 ans de carrière que la qualité architecturale est liée à l'épaisseur de la façade. Lorsqu'on creuse la façade on crée des évènements, on marque l'individualité. Il se passe des choses dans la profondeur, les plus beaux bâtiments sont souvent profonds».


Comment s'est effectué l'aménagement intérieur?

«Les plateaux sont vastes de 18 m et ont une superficie de 850 m2 équipés de planchers techniques. Un noyau central comporte l'infrastructure technique, escaliers et sanitaires. Je tenais à ce que le hall soit de grande qualité. On a travaillé un effet de tapis avec des pierres, des corniches qui éclairent tout autour, des parois de bois avec des essences différentes lorsqu'il s'agit de l'ascenseur où se trouvent des fûts d'arbres différents comme si on était parti des parkings et qui se prolongent, et les toilettes ne sont pas laissées pour compte. Un transit inter-étages dès qu'on passe au R+3 a été traité, il était primordial pour moi de dire que dans les scénarios possibles il peut y avoir une société qui va prendre plusieurs étages, il fallait que ce soit fonctionnel et pratique, qu'il y ait une possibilité d'ouvrir les portes et que l'on soit dans un lieu agréable, un véritable escalier et non pas uniquement des issus de secours.».


Interview de Wilfrid Bellecour par Claire Zobouyan

Crédits Photos : Nicolas Borel, Christophe Picci

Fiche technique

Maître d'ouvrage: Altarea COGEDIM
Proprétaire: Crédit Suisse
Maîtrise d'oeuvre: Architecte de conception : Studio Bellecour, SAS d'architcture
Architecte : Wilfrid Bellecour
Equipe: Vincent Ballion, Julien Franco, Brice Kester, Damien Lamy, Sinda Tobni
Maîtrise d'oeuvre exécution BEFS
Bureau de contrôle SOCOTEC
SPS SOCOTEC
OPC CARI
Gros oeuvre et finitions: CARI
Réseaux, Elec SPIE
VRD SCREG
Menuiseries aluminium : Castel & Fromaget Aluminium
Ascenseur : KONE
PC novembre 2007
SHON: 11 102 m2
Estimation des travaux 20 Meuros HT
Chantier avril 2008
Livraison 2010

Le Galilée, Studio Bellecour, un immeuble de bureaux dans un site aéronautique
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