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Le centre graffité de Pangalos et Feldmann

Luc Boeegly : Copyright 2019

A Paris, il existe des dizaines de centres d’animation, ces établissements destinés aux « 7 à 77 ans » qui, confiés par la Ville à des associations, proposent des activités comme les arts plastiques, la danse et la musique. Le centre Ken Saro-Wiwa, situé dans le 20e arrondissement, est le seul à avoir élevé les cultures urbaines au rang de thématique principale. Une originalité dont les architectes de l’agence Pangalos, Dugasse et Felmann se sont emparés pour concevoir un bâtiment  « graffitable ».

 
 
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En arrivant par la rue de Buzenval, le centre d’animation Ken Saro-Wiwa, strié de métal déployé, présente une image assez austère. Mais, peu à peu, à mesure que l’on découvre sa partie biaise, le bâtiment dévoile un autre caractère. Les architectes ont en effet ménagé un retrait de façade au-dessus du rez-de-chaussée pour dilater l’espace du carrefour.

Au premier étage, une terrasse partiellement couverte donne la possibilité aux apprentis graffeurs, comme aux artistes confirmés, de s’exprimer sur les murs extérieurs. Ce jour-là, deux grandes mains sur fond noir étaient dessinées sur la hauteur d’un étage. Il s’agissait du quatrième graffiti réalisé sur ce pan de mur depuis l’ouverture du centre d’animation, en janvier dernier.

Plutôt que d’installer un espace dédié sur le toit, comme l’ont fait certains de leurs concurrents lors du concours restreint en 2010, Aghis Pangalos et Anne Feldmann ont préféré inscrire la création au cœur de la vie des habitants du quartier. Le graffiti est un art urbain expressif que les architectes ont assumé comme tel. Grâce à la terrasse et au retrait de la façade, ils ont mis en scène la discipline et ses acteurs, juste à la bonne distance de la rue, ni trop proche d’elle – pour éviter les dégradations -, ni trop loin d’elle – pour permettre aux passants de les admirer.

 

Paris des possibles

 

La démarche ? « Se rapprocher des conditions habituelles de la pratique du graffiti, une pratique extérieure que tout le monde peut découvrir en se promenant », déclare Aghis Pangalos qui s’enthousiasme pour la liberté d’expression permise par l’hétérogénéité du quartier : « Le tissu urbain fragmenté du 20e arrondissement génère des formes urbaines inattendues, des vides entre les bâtiments, des confrontations d’échelles et d’époques différentes. S’inscrire dans ce type de tissu signifie s’intégrer dans la fragmentation, dans la disparité. Nous l’avons considéré comme une chance. Le 20e est le Paris des possibles ! »

A l’intérieur du bâtiment, les architectes se sont sentis suffisamment libres pour proposer d’autres lieux de création inhabituels. Ça et là, dans l’escalier, dans les couloirs ou dans la salle d’art plastique, des murs en béton sont laissés bruts de décoffrage. Non pas pour des raisons esthétiques, mais pour mettre des supports d’expression plastique à la disposition des usagers. Partout ailleurs, les teintes sont unies, blanches ou grises, et les matériaux sont neutres pour que, selon Aghis Pangalos, « le bâtiment puisse être une grande page blanche prête à être utilisée. »

A cause de leur charge symbolique ou de leur traitement particulier, seules les salles de pratique musicale, la salle de spectacle souterraine de 118 places et la salle de danse du dernier étage semblent à l’abri des pochoirs et autres tags. Hormis ces espaces, n’y a-t-il pas un risque que le bâtiment soit entièrement graffité ? « C’est un peu ce que nous souhaitons », confie Anne Feldmann qui, pleine d’humanité, invite le public à se l’approprier et le transformer.

Tristan Cuisinier


Fiche technique :

Maître d’ouvrage : Ville de Paris – Direction du patrimoine et de l’architecture
Architectes : Aghis Pangalos (mandataire) et Anne Feldmann, assistés de David Bricard et Ellen Giai Gianetto (concours), Jérôme Hervé (APS), Renaud Pinet (études APD à DCE), Maxime Sollier (suivi chantier GO)
BET structure : Batiserf Ingénierie
BET fluides + HQE : Louis Choulet
Economiste : Bureau Michel Forgue
Acoustique : Cial
Scénographie : Scène
Sécurité incendie : SLH Île-de-France
Surface SU : 1100 m2
Budget : 4 M€ (valeur sept. 2012)
Calendrier : Décembre 2010 (concours), 2011 (études), 2012 (appel d’offres), 2013-2014 (chantier)

Le centre graffité de Pangalos et Feldmann
Le centre graffité de Pangalos et Feldmann
Le centre graffité de Pangalos et Feldmann
Le centre graffité de Pangalos et Feldmann
Le centre graffité de Pangalos et Feldmann
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Le centre graffité de Pangalos et Feldmann
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